03 juillet 2009
Joëlle Horace : « L’armée doit retrouver la confiance des citoyens»
Du velours dans la voix et dans le sourire, mais une volonté de fer : Joëlle Horace --- Ouuiii, fille de M. Horace Gatien. Parfait sosie de son pôpa --- Ce petit bout de femme déconcerte autant qu’elle force l’admiration. Car elle est médecin militaire et est la première femme parachutiste de Madagascar.
Le premier pas
Pointée du doigt pendant la crise, l’armée a connu un ébranlement alarmant qui n’a pas préservé la jeune médecin militaire. Joëlle Horace met le doigt sur un sujet qui, depuis la crise, préoccupe autant les citoyens que les hommes en uniformes, car oui, l’armée a bien perdu la confiance des citoyens qu’ils sont sensés protéger : « La population ne nous reconnaît pas et il est vrai aujourd’hui que l’armée se doit, en premier, d’aller vers les citoyens et de leur redonner confiance en cette institution. » Matière à réfléchir...
A l’instar de beaucoup de citoyens, Joëlle se dit aussi « frappée par le comportement inhabituel de certains sous-officiers. Mais peut-être fallait-il que cela arrive pour qu’on se rende compte qu’il y a eu un problème de solidarité dans l’armée et qu’il était important d’y remédier. Mais beaucoup d’efforts ont été faits pour rétablir notre cohésion comme les assises par exemple. Aussi, malgré tout, je reste optimiste ».
Mais Joëlle Horace ouvre aussi les réflexions vers une autre réalité : le rôle des médecins militaires dans les affrontements. « A l’étranger, l’armée intervient jusque dans les zones enclavées quand il y a des évènements d’ampleur où on a des blessés, par exemple. Je m’attendais à ce que les médecins et la santé militaire aient une place dans la crise. Or, on a été passif car il y a eu des enjeux politiques, ce qui a amené à un manque d’initiative par peur d’être étiqueté, sans doute. Mais je reconnais aussi que nous sommes limités par un problème d’équipements. »
Une femme dans un monde d’hommes
Du haut de ses dix sauts, Joëlle Horace détient le plus grand nombre de sauts chez la gente féminine. L’entrée des femmes dans l’armée est toute récente et à vrai dire, elles sont encore rares dans cette institution restée foncièrement masculine. « J’étais d’abord étudiante en médecine. Ensuite, en 2005, il y a eu un recrutement de femmes dans l’armée pour devenir médecins militaires : j’ai déposé ma candidature. »
Reçue à ce concours, Joëlle Horace a passé les deux épreuves obligatoires suivies d’une présentation de thèse. Une étape franchie haut la main et qui a conduit notre petite soldate dans le peloton de formation militaire des cadres spécialisés à l’Académie militaire. Un stage au sol au 1er RFI et complété à La Réunion ont achevé la formation de cette jeune femme qui, tout au long de son cursus a suivi les mêmes entraînements que les hommes. Comment vit-on son existence de femme dans un monde d’hommes ? « Pour s’intégrer dans le monde militaire, il ne faut pas s’attendre à ce que les hommes viennent à vous. Il faut qu’on s’adapte, qu’on ne renonce pas à être femme, pour autant », explique Joëlle, avec conviction. Et paradoxalement, « C’est à l’armée que j’ai découvert ma féminité, car auparavant, j’étais vraiment un garçon manqué. C’est à l’armée que je me suis acceptée telle que je suis et je suis une femme, avant tout ».
Propos recueillis par Mialisoa Randriamampianina, également femme avant tout.
20:05 Ecrit par Mialy dans Jeunesse et Leadership | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : yltp
02 juillet 2009
Tahiana Andriananjamanantsoa, la jeunesse qui condamne
Tahiana Andriananjamanantsoa fait partie de la nouvelle crue en politique, étant président de la section Jeunesse du parti Mfm pour la région d’Analamanga, généticien de profession. C’est un jeune qui condamne l’accession au pouvoir d’un autre jeune, Andry Rajoelina : une accession qu’il qualifie de coup d’Etat. « Dans un monde évolué, un putsch n’est pas une pratique admissible. Non seulement le président a été changé mais l’Assemblée nationale qui est composé d’élus a été dissoute. En 2002 et en 2006, il y a eu des élections, et ce sont les résultats de ces élections qui ont été discutés. Ce qui n’est pas le cas, aujourd’hui » selon Tahiana Andriananjamanantsoa. Malgré la présence de ce jeune homme de 35 ans au pouvoir, il reste perplexe sur la place accordée ou prise par la nouvelle génération dans la vie nationale : « Il n’y a pas vraiment de place pour les jeunes, malgré les apparences. La récente conférence de la jeunesse n’a été qu’une opération de séduction au cours de laquelle les uns et les autres essayaient de s’attirer les bonnes grâces des jeunes, en vue des élections. Il n’y a pas eu de résolutions tangibles. Il y aurait dû y avoir des points saillants qui auraient menés vers de vrais débats, au lieu des propositions préparées à l’avance ! » Et Tahiana Andriananjamanantsoa ne croit pas au bien fondé de la théorie du « présidentiable à 35 ans » : « Il faut une certaine expérience et beaucoup de maturité pour être un président ».
Pour ce benjamin de la politique, mais cependant très actif, le retour à la table des négociations est une condition incontournable pour une solution viable à la crise : « Aucune des mouvances ne doit rester intransigeante parce qu’il ne s’agit pas d’affaires personnelles mais d’une affaire d’Etat. A l’évidence, rien ne fonctionne dans le pays, il n’y a aucune transparence ni communication dans les décisions prises et la grogne se fait déjà sentir. Le retour vers les négociations est seul garant d’une issue à la crise. »
Propos recueillis par Mialisoa Randriamampianina, mpizara sira vaingany.
22:13 Ecrit par Mialy dans Jeunesse et Leadership | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : mfm, yltp
Mijasoa Andriamarovololona: " Un regard tourné vers le pays"
Ecologiste convaincue, Mijasoa Andriamarovololona est aussi une globetrotteuse confirmée. Originaire de Manakambahiny, à Ambatondrazaka, capitale de l’Alaotra Mangoro, Mija s’est spécialisée dans l’agronomie et la foresterie et a créé une Ong verte : « Vokatry ny ala ». Perfectionnant son cursus, elle a décroché une bourse pour continuer ses études en Grande Bretagne. Mais c’est avec un regard résolument tourné vers le pays qu’elle continue son chemin : raison pour laquelle Mija a décidé de créer une école primaire à Manakambahiny. « Je viens d’une petite ville où très peu de jeunes atteignent ou terminent l’enseignement supérieur. Moi, qui ai poursuivi ma formation à l’étranger, je suis un symbole de réussite pour eux. Or, je sais que cette réussite ou toute chose en fait, est à la portée de tous mais il faut s’en donner les moyens » explique l’écologiste.
Et Mijasoa Andriamarovololona crée ces moyens. Son école devrait accueillir 180 élèves dont la moitié bénéficierait d’une scolarité gratuite, parce que parrainée par des bonnes volontés. « Je vais faire appel à la contribution des gens qui m’entourent pour parrainer leurs études. Pour assurer la scolarité d’un enfant en classe primaire, il faut 70 000 Ar. Je crois que beaucoup ont les moyens de faire ce parrainage. » Et elle donne l’exemple : c’est en économisant le dixième de sa bourse d’études pendant deux, soit trois millions d’Ar, qu’elle a financé la création de cette école qui va ouvrir ses portes dès la rentrée prochaine. « L’idée est de donner aux enfants une solide base d’éducation primaire pour qu’ils puissent assurer en secondaire. Mais je voudrais aussi leur transmettre une certaine confiance en soi, car les idées reçues font aujourd’hui que les jeunes croient qu’il y a des choses qui ne sont faites que pour les riches. Ainsi, dès qu’il y a une bonne occasion comme une bourse internationale ou un concours par exemple, ils ne postulent pas parce qu’ils pensent que ce n’est pas pour eux. »
La culture est « un agent de changement » soutient Andriamarovololona et pour que ce changement soit, « il faut que les jeunes prennent leur responsabilité, selon ce qui leur est possible ».
Propos recueillis par Mialisoa Randriamampianina, future marraîne d'écoliers.
PS : Je vous communiquerai le système de parrainage, pour que vous puissiez contribuer. Car vous allez contribuer, nan mais.
21:56 Ecrit par Mialy dans Jeunesse et Leadership | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : yltp