28 janvier 2009

Pilate s’en lave les mains

La débâcle tananarivienne est absolue et aux dernières nouvelles, le piège est en train de s’étendre dans l’île : la situation a échappé aux autorités. Qui paiera les pots cassés ? Car manifestement, Pilate, tous les Pilate s’en lavent les mains.

L’orgueil a toujours été un allié dangereux. Mais il l’est encore plus quand on l'associe à la rue, cette toute-puissante jungle qui ne souffre pas d’être contrariée. Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina se défendent de toute responsabilité face à cette incroyable débandade : cela ne les dédouanera pas d’avoir allumé la mèche sur une poudrière. En même temps, l’audace de se croire «innocents» devant ce chaos général relève d’une impressionnante mauvaise foi, d’un côté comme de l’autre. Et laisser les pourparlers à la traîne est encore une erreur monumentale. Était-il impossible aux protagonistes de négocier autour d’une table, en vrais gentlemen et en bons diplomates ? Ce si petit pas aurait alors fait une énorme différence.

Mais encore, l’implosion a-t-elle été une surprise ? Rien ne laissait-il prévoir que cette dynamite allait nous exploser en pleine figure ? Si une menace aussi claire a échappé au discernement des leaders, c’est bien la preuve que dans les deux camps, l’irresponsabilité est un art maîtrisé. À moins que l’orgueil suicidaire les ait empêchés de décider au mieux ? Ou alors étaient-ils déterminés à jouer le tout pour le tout pour qu’explose l’éternel «sarom-bilany» ? Dans ce cas, rendons-leur les lauriers de la bêtise, ils les ont bien mérités.

L’autre coupable est une grande muette qui pour l’occasion a aussi été une grande paralysée. Alors même que la ville baigne dans l’insécurité la plus totale, l’Armée a brillé par son absence. Les forces de l’ordre n’ont été visibles qu’une fois la confusion bien avancée, en bons docteurs après la mort. Quelles que soient les pressions subies et d’où qu’elles viennent, cette désertion est aussi une irresponsabilité qui ne s’excuse pas. Ironiquement, la politique de défense et de sécurité a été réformée pour être… «plus proche» de la population. Mais aux plus fortes heures de la curée, les civils se retrouvent seuls et impuissants face à une meute de pillards incontrôlables.

Des civils impuissants ? Lesquels, finalement ? Ce «vahoaka» qui veut se targuer d’une démocratie en spéculant avec l’anarchie ? Bien évidemment, des casseurs ont ouvert la vanne. Mais il est clair aussi que M. et Mme Tout le Monde se sont servis à la même enseigne que la horde. Que dire quand des individus à l’apparence «honnête et soignée» trimbalent, en toute allégresse et impunité, des paquets douteux et des marchandises volées ? Que dire, quand au lendemain des pillages, des articles High-tech circulent de main en main à des prix défiant toute concurrence, sans l’ombre d’un scrupule ? Que dire aussi quand le marché noir des produits de première nécessité s’est imposé en deux temps trois mouvements ? Que dire sinon que nous sommes un peuple qui a les dirigeants qu’il mérite !

L’autre mystère reste entier : À qui profite le crime ? Car il y a bien un nom qu’on ne dit pas mais que l’on sent planer comme une épée de Damoclès. Ce troisième larron fera, à n’en pas douter, la belle récolte et jouera le rôle d’un sauveur après le déluge. Et celui-là, comme tous les autres, se dira aussi innocent. Pilate s’en lave les mains, la honte est bien nôtre.




Mialisoa Randriamampianina