02 mars 2008
Syndicats et réseau des travailleurs
Dr Hanta ANDRIANASY
"Le syndicalisme malgaches a besoin de l'éveil des travailleurs"
La Friedrich Ebert Stiftung et les syndicats de Madagascar initient cette année le réseau des jeunes travailleurs qui réunira 16 personnes
engagées dans le mouvement syndical ou dans des activités sociales et citoyennes. Les membres du réseau bénéficieront d’une formation d’un an. Ce programme se veut être un nouveau souffle pour le syndicalisme malgache mais aussi et surtout une remise en question des mécanismes liés au travail et au monde des travailleurs. Explications du Dr Hanta Andrianasy, responsable de ce nouveau programme au sein de la FES.
engagées dans le mouvement syndical ou dans des activités sociales et citoyennes. Les membres du réseau bénéficieront d’une formation d’un an. Ce programme se veut être un nouveau souffle pour le syndicalisme malgache mais aussi et surtout une remise en question des mécanismes liés au travail et au monde des travailleurs. Explications du Dr Hanta Andrianasy, responsable de ce nouveau programme au sein de la FES.• La FES et les syndicats lancent cette année le premier réseau des travailleurs. Pourquoi ?
- Dr Hanta Andrianasy : La FES a déjà mis au point le Youth Leadership Training Program (YLTP) qui en est à sa quatrième édition cette année. Cependant, les critères de sélection pour participer à cette formation destinée aux jeunes leaders sont assez durs et demandent un certain niveau. Ce sont des critères qui excluent les ouvriers, par exemple, et pourtant ceux-ci sont une véritable force motrice du monde du travail. Nous avons donc élaboré le réseau des jeunes travailleurs pour promouvoir les travailleurs et des syndicalistes et renforcer leur capacité. Bien évidemment, le réseau sera plus tourné vers le monde du travail, cependant on y parlera de thèmes d’actualité comme l’énergie, le développement, l’égalité des genres, mais avec une dimension sociale de manière à percevoir les atouts et les faiblesses du monde du travail.
• Qu’est-ce qui handicape le mouvement des travailleurs malgaches actuellement ?
- Le phénomène de la dérèglementation, d’abord. Maintenant avec la mondialisation, on voit un laisser aller sur l’application des lois et des normes, une tendance à simplifier les choses, à préférer un code de conduite, un minimum simplifié plutôt que d’avoir recours aux textes légaux. Ce qui handicape fortement les travailleurs. Ensuite, la mise à jour des compétences qui est assez lente. Pour lutter contre la pauvreté, Madagascar doit s’appuyer sur ses travailleurs. Or certains secteurs porteurs comme la télécommunication par exemple évoluent rapidement. Celle-ci, après sa modernisation, sa privatisation et sa libéralisation, se tourne vers des ressources humaines plus jeunes et plus compétentes. Mais souvent les postulants n’ont pas été assez bien formés pour cela. Enfin, il manque surtout au mouvement des travailleurs cette alliance entre les syndicats et la société civile, à travers la coopération avec les experts, les juristes par exemple. Une collaboration qui, à coup sûr, apportera un bon argumentaire et bon plaidoyer en faveur des travailleurs.
• De quelle façon ce réseau des jeunes travailleurs comblera-t-il ces lacunes ?
- Trois entités constituent les partenaires sociaux : les travailleurs, les employeurs et l’Etat. Tous trois sont représentés dans le conseil national du travail. Donc, le réseau agira comme un lien du mouvement des travailleurs avec ces décideurs et avec le Parlement qui propose et vote les lois. Bien sûr, cela prendra certainement du temps mais les choses iront dans ce sens car tout mouvement syndical doit avoir nécessairement une ouverture au Parlement et aux décideurs, sinon il n’a aucune issue. C’est certainement un nouveau souffle pour le syndicalisme et d’ailleurs le seul moyen d’éviter la désyndicalisation, c’est de faire en sorte que le renouveau vienne des travailleurs. Ainsi, nous souhaitons surtout contribuer à l’émergence de nouvelles générations de leaders syndicaux, hommes et femmes, préparés à mener à bien un dialogue social et politique.
• Comment ce réseau appuiera-t-il la promotion des femmes dans le mouvement syndical ?
- La sélection des membres de ce réseau ne suivra pas un quota prédéfini mais elle aura une sensibilité au genre. Les femmes représentent 50% de la population active malgache. Seulement, beaucoup d’entre elles sont du secteur informel. Ce qui rend la sensibilisation plus fastidieuse, car ces femmes bien que nombreuses sont invisibles. Une bonne partie d’entre elles travaillent aussi dans les zones franches mais ces dernières, bien que conscientes de leur potentiel, sont aussi peu disponibles pour appuyer le mouvement syndical. En effet, ce sont généralement des mères de famille qui doivent s’occuper de leur foyer et des besoins quotidiens de leur famille ; cela prend du temps, de l’énergie et de l’argent. L’un des grands défis des syndicats, c’est aussi de considérer la problématique du genre. Il faut comprendre que même en milieu syndical, la place de la femme est encore dictée par des idées reçues qui font par exemple que la femme soit la secrétaire et l’homme, le président. Mais les leaders féminins sont là, mais disons que l’absence de démocratie interne dans les syndicats les met sur la touche.
•C’est donc aussi une remise en question des problèmes internes du syndicat malgache ?
- En effet. On croit à tort que seules « les grosses voix » et les « poings sur la table » sont capables de négocier. Or, les femmes ont une très forte capacité à négocier parce qu’elles savent parler de détails qui touchent les employeurs et cela, les leaders syndicaux doivent l’admettre. Dans le monde du travail, la solidarité est une force mais le vrai talent, c’est la négociation. Et les femmes ont ce talent. Le réseau sera donc également une manière de rétablir le juste équilibre qui remettra le mouvement syndical dans un contexte plus démocratique. Il y a déjà une grande remise en question, dans la mesure où les syndicats sont un peu plus engagés sur la question du genre, mais il y a du chemin à faire. Enfin, le problème de la relève syndicale se pose aussi, entre les jeunes membres et les plus âgés. Le dialogue n’est pas facile, les uns et les autres ayant des vues différentes sur les stratégies à mener. Ce dialogue, nous voulons aussi le rétablir et faire en sorte qu’il ait une cohérence entre les membres des syndicats.
Propos recueillis par Mialisoa Randriamampianina.