10 mars 2008

Nanisme insulaire

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C'est connu, les Malgaches ne sont généralement pas des géants. Généralement, nos femmes mesurent aux environs du mètre 55 au mètre 65, nos hommes peuvent atteindre 1,75 m. Mon frère Rasanjy qui caracole sur son 1,80m fait sans doute partie des spécimens rares, tandis que moi, avec mon 1,56m, ne suis rien de plus qu’une pièce ordinaire.

    Il y a une explication. En 2007, je me souviens d’avoir écrit un article où il était question des travaux de quelques chercheurs britanniques sur le phénomène du « nanisme insulaire ». C’est à partir des primates de Madagascar que ces scientifiques ont basé leurs recherches en tentant d’éclaircir le mystère de la petite taille des peuples insulaires. La mer, rempart frontalier plutôt coriace, a largement limité les migrations si bien que les occasions « d’améliorer » la race ont été assez réduites. L’alimentation et le mode de vie en général dans les régions enclavées conditionneraient le développement physique. Ce serait, entre autres, la raison de notre "nanisme" national.

    Ce qui est très bien, à mon avis. J’aime beaucoup les grandes filles mais je suis une orientale : je préfère les petites, les menues, celles que les hommes peuvent regarder sans jamais devoir se demander s’ils devront porter des talonnettes, celles dont ils peuvent tenir les mains enfermées dans leurs poignées et celles qu’ils peuvent appeler « Piso » ( châton) sans se demander tout bas si « girafon » ne serait pas plus approprié. D’ailleurs, et fort heureusement, nos canons de beauté n’ont rien à voir avec ceux que l’on voit en Occident.
 
    Les hommes malgaches n’aiment pas les grandes filles aux longues jambes. Parce qu’eux-mêmes ne sont généralement pas très hauts perchés, mais aussi parce que dans la vision malgache de ce qui est beau, « l’énorme » est une horreur. Ainsi, on apprécie les « kelikely maorimaorina », petite et bien proportionnée ou bien les « taviny sy volony », ronde à la chevelure soyeuse. Une fille qui chausse du 40 ou qui a de grandes mains ou qui dépasse 1,75m est, par exemple, un insolite. Et contre toute attente, des Kate Moss n’auront aucune chance chez nous, on n’aime pas les maigres. A plus forte raison, les grandes maigres. Donc, si vous avez un début d’anorexie, restez chez vous. Mais si vous avez un peu d’embonpoint (je dis bien un peu), bienvenue chez nous. Contrairement à l’Occident où les rondes sont moins regardées, les Malgaches ont une petite tendresse pour les pulpeuses. 

    Les femmes de leur côté ne font généralement pas trop de fixette sur la taille de leurs partenaires. J’imagine que quand on mesure 1,50m, on peut difficilement trouver plus petit que soi. Mais une chose est sûre, les grands garçons l’emporteront toujours sur les petits. C'est une question très physique voire sensuelle : être une fée clochette dans les bras d’un géant, c’est une expérience à vivre (mmmmhhhhh). Quoi que, une fée clochette dans les bras d’un schtroumpf, c’est très sympathique aussi. 

    Mais bien sûr, notre taille a évolué. Pour vous dire. Ma paroisse ( où je vais une fois l’an et un dimanche au pif, mais
1325296450.2.gif c’est un autre débat ), est l’une des plus anciennes d’Antananarivo et ses banlieues. Inaugurée par Rainilairivony en 1861, elle a gardé quelque uns de ses tout premiers bancs : les fidèles n’aiment pas trop l’idée de muséifier l’église. Malheureusement, seuls les enfants peuvent encore utiliser ces bancs séculaires, parce qu’ils sont étrangement petits. Un genre d’ankalana qui peut être très embarrassant pour les dames en robe. À moins de plier les jambes de côté, ce qui est très fatigant. Encore plus poilant, si un jour vous visitez le palais d’Ambohimanga. Demandez à voir un lit royal : c’est un berceau en futon…Je dirais donc, à la lumière de ces petites anecdotes, qu’il y a eu une progression de 15 à 20 cm sur notre taille. Dieu merci, il nous faudra sûrement encore quelques siècles pour avoir une moyenne nationale de, disons 1,75m ? Je suis heureuse d’être déjà morte à ce moment, il n’est pas question que je chausse du 38.
  


02 mars 2008

Syndicats et réseau des travailleurs

Dr Hanta ANDRIANASY
"Le syndicalisme malgaches a besoin de l'éveil des travailleurs" 
 
La Friedrich Ebert Stiftung et les syndicats de Madagascar initient cette année le réseau des jeunes travailleurs qui réunira  16 personnes1209536907.jpg engagées dans le mouvement syndical ou dans des activités sociales et citoyennes. Les membres du réseau bénéficieront d’une formation d’un an.  Ce programme se veut être un nouveau souffle pour le syndicalisme malgache mais aussi et surtout une remise en question des mécanismes liés au travail et au monde des travailleurs. Explications du Dr Hanta Andrianasy, responsable de ce nouveau programme au sein de la FES.


• La FES et les syndicats lancent cette année le premier réseau des travailleurs. Pourquoi ?

- Dr Hanta Andrianasy : La FES a déjà mis au point le Youth Leadership Training Program (YLTP) qui en est à sa quatrième édition cette année. Cependant,  les critères de sélection pour participer à cette formation destinée aux jeunes leaders sont assez durs et demandent un certain niveau. Ce sont des critères qui excluent les ouvriers, par exemple, et pourtant ceux-ci  sont une véritable force motrice du monde du travail. Nous avons donc élaboré le réseau des jeunes travailleurs pour promouvoir les travailleurs et des syndicalistes et renforcer leur capacité. Bien évidemment, le réseau sera plus tourné vers le monde du travail, cependant on y parlera de thèmes d’actualité comme l’énergie, le développement, l’égalité des genres, mais avec une dimension sociale de manière à percevoir les atouts et les faiblesses du monde du travail.

 • Qu’est-ce qui handicape le mouvement des travailleurs malgaches actuellement ?

- Le phénomène de la dérèglementation, d’abord. Maintenant avec la mondialisation, on voit un laisser aller sur l’application des lois et des normes, une tendance à simplifier les choses, à préférer un code de conduite, un minimum simplifié plutôt que d’avoir recours aux textes légaux. Ce qui handicape fortement les travailleurs. Ensuite, la mise à jour des compétences qui est assez lente.  Pour lutter contre la pauvreté, Madagascar doit s’appuyer sur ses travailleurs. Or certains secteurs porteurs comme la télécommunication par exemple évoluent rapidement. Celle-ci, après sa modernisation, sa privatisation et sa libéralisation, se tourne vers des ressources humaines plus jeunes et plus compétentes. Mais souvent les postulants n’ont pas été assez bien formés pour cela. Enfin, il manque surtout au mouvement des travailleurs cette alliance entre les syndicats et la société civile, à travers la coopération avec les experts, les juristes par exemple. Une collaboration qui, à coup sûr, apportera un bon argumentaire et bon plaidoyer en faveur des travailleurs.

• De quelle façon ce réseau des jeunes travailleurs  comblera-t-il ces lacunes ?
- Trois entités constituent les partenaires sociaux : les travailleurs, les employeurs et l’Etat. Tous trois sont représentés dans le conseil national du travail. Donc, le réseau agira comme un lien du mouvement des travailleurs avec ces décideurs et avec le Parlement qui propose et vote les lois. Bien sûr, cela prendra certainement du temps mais les choses iront dans ce sens car tout mouvement syndical doit avoir nécessairement une ouverture au Parlement et aux décideurs, sinon il n’a aucune issue. C’est certainement un nouveau souffle pour le syndicalisme et d’ailleurs le seul moyen d’éviter la désyndicalisation, c’est de faire en sorte que le renouveau vienne des travailleurs. Ainsi, nous souhaitons surtout contribuer à l’émergence de nouvelles générations de leaders syndicaux, hommes et femmes, préparés à mener à bien un dialogue social et politique.

•  Comment ce réseau appuiera-t-il la promotion des femmes dans le mouvement syndical ?
 - La sélection des membres de ce réseau ne suivra pas un quota prédéfini mais elle aura une sensibilité au genre. Les femmes représentent 50% de la population active malgache. Seulement, beaucoup d’entre elles sont du secteur informel. Ce qui rend la sensibilisation plus fastidieuse, car ces femmes bien que nombreuses sont invisibles. Une bonne partie d’entre elles travaillent aussi dans les zones franches mais ces dernières, bien que conscientes de leur potentiel, sont aussi peu disponibles pour appuyer le mouvement syndical. En effet, ce sont généralement des mères de famille qui doivent s’occuper de leur foyer et des besoins quotidiens de leur famille ; cela prend du temps, de l’énergie et de l’argent. L’un des grands défis des syndicats, c’est  aussi de considérer la problématique du genre. Il faut comprendre que même en milieu syndical, la place de la femme est encore dictée par des idées reçues qui font par exemple que la femme soit la secrétaire et l’homme, le président. Mais les leaders féminins sont là, mais disons que l’absence de démocratie interne dans les syndicats les met sur la touche.

•C’est donc aussi une remise en question des problèmes internes du syndicat malgache ?
- En effet. On croit à tort que seules « les grosses voix » et les « poings sur la table » sont capables de négocier. Or, les femmes ont une très forte capacité à négocier parce qu’elles savent parler de détails qui touchent les employeurs et cela, les leaders syndicaux doivent l’admettre. Dans le monde du travail, la solidarité est une force mais le vrai talent, c’est la négociation. Et les femmes ont ce talent. Le réseau sera donc également une manière de rétablir le juste  équilibre qui remettra le mouvement syndical dans un contexte plus démocratique. Il y a déjà une grande remise en question, dans la mesure où les syndicats sont un peu plus engagés sur la question du genre, mais il y a du chemin à faire.  Enfin, le problème de la relève syndicale se pose aussi, entre les jeunes membres et les plus âgés. Le dialogue n’est pas facile, les uns et les autres ayant des vues différentes sur les stratégies à mener. Ce dialogue, nous voulons aussi le rétablir et faire en sorte qu’il ait une cohérence entre les membres des syndicats.


Propos recueillis par Mialisoa Randriamampianina.
pour L.N.


19 février 2008

Ampitapitao!!!

L'autorité pour la protection contres les inondations de la plaine d'Antananarivo (Apipa) a annoncé un "danger déclaré dans la plaine d'Antananarivo pour les rivières Ikopa, Sisaony et Mamba." En malgache, c'est le "loza mihatra!". Je vous mets un diapo des photos sur Tanà, je n'ai pas encore de nouvelles des régions mais pour sûr, je vous montrerai dès que. Et après, ma séance d'ampitapitao. Jinkelinjinkelinjinkelin ( jingle io)

Antananarivo- Lorsque l'Apipa annonce que le danger est déclaré, cela veut dire  que les cotes d'alerte sont atteintes à Anosizato (pour Ikopa), à Bevomanga ( pour Sisaony) et à Ambohidroa ( pour Mamba). Les quartiers situés en basse altitude et à proximité des rivières sont inondés ( Anosizato, Ampitatafika, Ankasina, Andranoambo, Tanjombato). Mais les hauteurs de la capitale sont encore au sec tant que l'Apipa ne demande pas que toutes les pompes de draînage soient  activées. Depuis aujourd'hui cependant, l'une des trois stations de pompage est déjà opérationnelle pour "draîner" le lac d’Andriantany. Interviewé dans la journée, Philippe Rateloson, le DG de l'Apipa a précisé que le "danger déclaré persiste sur la plaine d'Antananarivo jusqu’à ce que les pluies cessent de tomber."

La crue ne cessera pas dans les 12 prochains jours. Rateloson précise qu'il sera "difficile de réparer les digues tant que la pression des eaux en provenance d’Andramasina et Antelomita qui se déversent sur la rive gauche de l’Ikopa ne baissera pas. " Si vous voulez mon avis, l'Apipa n'est peut-être pas aussi fiable que ça. Intérrogée par les journalistes volà deux ou trois mois sur les questions cruciales à chaque saison de pluies, ( c'est-à-dire : Ou en est exactement la protection de la plaine? Oui ou non, serons-nous protégés de l'inondation? Quels travaux faire dans l'immédiat et quels travaux dans le long terme? ) l'Apipa affiche toujours un optimisme certain. Et à chaque fois...

La majorité des sinistrés sont d'Antananarivo. Sur un peu moins de 10.400 sans abri  et sinistrés, plus de 8.600 sont tananariviens, dont la majorité se trouvent dans l'Atsimondrano.

Ste Marie- les neuf personnes ensevelies dans les décombres de l'hôtel Antsara sont saines et sauves. Un grand ouf de soulagement donc. Malheureusement, Ste Marie affiche 700 sans-abri. Toutes les écoles, accueillant un peu moins de 3.000 enfants, ont été détruites. 

Toamasina-  Le président Ravalomanana s'est rendu à Toamasina, aujourd'hui. En treillis, avec bottes et tout l'attirail militaire, en passant. Un milliard d'ariary a été accordé par le chef de l'Etat aux sinistrés du Grand Port, outre les vivres et médicaments et autres enveloppes destinées à réhabiliter des établissements scolaires. Ravalomanana est attendu à Fénérive Est aujourd'hui. Dans cette région d'Analanjirofo, quelques 270 sinistrés ont été recensés. ( Tous les chiffres sont ceux du BNRGC)

Routes nationales-  La RN2 reste impraticable. Le transbordement se fait à Brickaville. C'est aussi le cas de la RN4 ( Antananarivo-Mahajanga) qui, depuis ce matin est inondée. La RN7 est coupée à l'entrée d'Ambositra, un pont Bailey a cédé face au torrent toujours sur cette axe. Enfin, la station thermale de Ranomafana est inaccessible depuis lundi, toutes les voies sont submergées par les eaux.  

Voilà ou nous en sommes, ce 19 février.

18 février 2008

Bulletin météorologique

49669acfd7a6bde1f223ab7a6ff32c35.jpgIvan ( le terrible?) est entré en terre malgache dimanche matin, par le nord-est, via Ste Marie. C'est un début de saison plutôt inquiétant, quatre autres cyclones sont attendus jusqu'à ce que la période des pluies ne s'achève, comme l'annonce la station météorologique d'Ampasapito.
 
Ste Marie est ravagée "à 90%". Elle est complètement enclavée. A l'heure où je vous écris ( 12h.00) radio, BLU, internet et électricité sont encore coupés. Le réseau des téléphones mobiles reste aléatoire. Neuf personnes ont été ensevelies dans les décombres d'un hôtel situé à Ankirihiry qui s'est effondré: je ne suis pas en mesure de vous en dire plus long sur ce sujet, le Bureau national de la gestion des risques et catastrophes (BNGRC) et le chef de région sont injoignables. Et la ville est inondée.
 
La partie Est de Madagascar est fortement touchée: Atsinanana, Analanjirofo, Alaotra Mangoro. Cette dernière avance un bilan provisoire d'un peu moins de 500 sinistrés ce matin, principalement dans le district d'Andasibe à cause de la crue des eaux. Aux dernières nouvelles relayées par la radio nationale grâce à son fameux "Ampitapitao" ( oui, l'émission existe toujours), la route nationale 2 qui joint la capitale à Toamasina est inondée, aucune navette n'est possible. Ce matin, certaines coopératives de transport régional à Ambodivona ont annulé provisoirement les liaisons. Ivan est attendu aujourd'hui à Anjozorobe, au nord d'Antananarivo après avoir traversé Tsaratanana hier soir à une vitesse de 15km à l'heure et des rafales de vent de 150 km/h. 11 districts sont encore frappés d'un avis de danger imminent.
 
Le cyclone s'affaiblit mais la pluie persiste. Antananarivo boit la tasse ( comme vache qui pisse, me dit Anselme ) depuis samedi, vers 1h du matin. Aucune éclaircie en vue, la capitale est ses environs passent leur temps entre petite pluie et averses hargneux, coups de vents, coups de froid, boue et flaques. Tôt ce matin, j'ai pris le bus pour me rendre au pont d'Anosizato d'où l'on peut voir l'Ikopa et je suis passée par la digue, du côté d'Andohatapenaka où, il y a un an, on recensait le plus grand nombre de sinistrés de la capitale. Si l'autorité pour la protection contre les inondations des plaines d'Antananarivo ( Apipa) annonce qu'Ikopa, Sisaony et Imamba ne sortiront pas de leurs lits, les habitants sont sur le qui vive. "L'eau monte à vue d'oeil", me confie un riverain, "pas besoin d'averse, mais rien q'une fine pluie et dès demain, on y est". Comme quelques uns de ses voisins, il est candidat aux premiers déménagements qui ont commencé depuis samedi soir du côté d'Anosizato. Plus téméraires, les habitants d'Andohatapenaka ne semblent pas vraiment disposés à quitter les lieux. C'est d'autant plus dangereux que leurs habitations, des maisons de torchis batis au milieu des rizières, seront sans nul doute les premières victimes de la crue menaçante...
 
Bref. Nous en sommes là, en ce matin du 18 février.  
 
 
Pour vous dire. J'ai une peur panique des cyclones. Fille de famille "nomade" ( à cause du travail de Dada), une bonne partie de mon enfance a été traversé par les tempêtes tropicales. J'ai vu le jour à Ambatondrazaka, dans l'Alaotra. Ensuite on a vécu un bout de temps à Brickaville, puis Morondava, puis Antsiranana. Et entre chaque escale, Dada nous trimbalait dans chacune de ses missions à des kilomètres et des kilomètres, si bien qu'à dix ans, j'avais déjà une assez bonne vision des régions côtières de l'île. Et comme vous le savez, le littoral est la trajectoire privilégiée des cyclones de l'océan Indien. On a vu passer Camus le sans-pitié, Honorine la furie, Géralda l'hystérique et entre temps, plusieurs "petits" cyclones, cléments envers toutes les régions, sauf celle  où nous habitons. Une fixette, je vous le dis! Aujourd'hui, les secours sont plus ou moins mieux organisés que dans les années 80-90 où ils étaient nos pires cauchemars. En 1988, à Morondava, un cyclone a frappé si fort que la ville s'en était trouvée pratiquement terrassée. Les petites habitations étaient inondées, inhabitables et détruites pour une bonne partie. Les rues jonchées de troncs cocotiers, de toitures, de briques et de parpaings. Les seules maisons épargnées étaient la bâtisse de la BTM où nous vivions ( Andakabe), celle de la Cnaps ( juste en face), celle de la BFV ( vers la cité des Travaux) et l'église luthérienne ( Andabatoara). La mairie s'est trouvée submergé de demandes de logements, si bien qu'il a fallu mettre les maisons de particuliers en dur et à étages à contribution pour accueillir les sinistrés. Pendant une semaine, nous avons donc hébérgé nos voisins qui du haut de notre véranda pouvaient regarder les tristes ruines de leurs maisons : une expérience hallucinante. A l'époque, Morondava avait véritablment une allergie aux intempéries. Dès qu'une faible pluie pointe son nez, les écoles et les bureaux administratifs ferment leurs portes de peur d'une intempérie. On a chômé pas mal à cause d'un orage de début de journée ! Mais cela se comprend: Les plaines de Namahora et Ankisirasira ne mettaient pas longtemps à s'inonder, on n'était jamais certain d'avoir une pirogue disponible pour rentre chez soi. S'il y a une raison pour laquelle je refuse de vivre en province, c'est vraiment celle-la. Brrr!!!
 

20 janvier 2008

La première salope???

Depuis quelques semaines, j'ai mis tout le monde en stand by pour me consacrer à un lobbying. La dépenalisation de l'avortement. En décembre 2007, le comité des droits de l'homme a demandé à Madagascar de revoir la loi en la matière et de penser à dépenaliser l'intervention. Sensibilisation, débats, spamming en tout genre, j'y suis à fond, alors:
 
OUI, A LA DEPENALISATION DE L'AVORTEMENT, OUI A UNE IVG LEGALE, OUI AU LIBRE CHOIX.  
 
 Té, pas trop tôt hé! Cette prise de position m'a valu le qualificatif de "salope", suite à un petit débat houleux autour d'un café. Ok alors, je suis une salope. Mais j'espère qu'il ne faudra pas 343 salopes pour vous ouvrir les yeux.
 
 
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Les chiffres officiels (ministère de la Santé/ Unpfa/Focus/Fisa 2006-2007):
  • 75 000 avortements chaque année.
  • 40% de décès soit 30 000 femmes, décédées au cours ou après l'intervention.
  • Les 15-39 ans sont les principales candidates à l'avortement, mais la majorité ont un niveau de vie et d'instruction acceptables ( bacc et plus).
  • 24% de couverture contraceptive.
  • 25% de naissances non désirées.
  • 5,2 enfants par femme ( mais qui peut aller jusqu'à 7-12 enfants dans certaines régions reculées)
  • A Madagascar, l'avortement est interdit même en cas de danger pour la santé ou la vie de la mère, même en cas de viol et même en cas d'inceste. Avec une peine allant d'un à cinq ans d'emprisonnement et une amende de 360 000 à 10 800 000 Ar.
 
 
 
Ce qui m'agace un peu sinon beaucoup sur les débats autour de l'avortement à Madagascar du moins à Antananarivo où je vis, c'est que les arguments et commentaires sur le sujet sont de moins en moins dignes et même assez bas de gamme. Depuis trois semaines-un mois que j'ai décidé de lancer le débat autour de moi, j'ai eu l'occasion d'en mesurer l'ampleur:
 
- " C'est peut-être une expérience vécue et vous trouvez l'avortement banal", claironne T. " 30 000 mortes? Elles n'ont que ce qu'elles méritent!" remet-il plus tard.
- " Avorte de ton gosse et viens m'en parler", fustige H, "On en rira même ensemble, si tu veux"
- " Ta chrétienneté, c'est de la merde. ", ricane M.
- " De toute façon, les viols, trois fois sur cinq, ce sont les filles qui l'ont provoqué alors..." lance F. 

Ok. Nous autres qui voulons un avortement libre, on est casé parmi les immoraux et les moins que rien. On a l'habitude qu'on nous attribue la paternité des "gros scandales". Ok, nous en assumons la responsabilité, on est bâti pour ça. Mais épargnez-nous de vos sarcasmes minables et stériles: vous valez mieux que ça, nous en sommes convaincus !!! 

 

La situation des femmes malgaches n'est pas une exception. Nous vivons ce que vivent toutes les femmes du monde. Ici, la couverture contraceptive est encore très en-deçà de la demande. Et c'est un vrai souci dans une société à la sexualité debridée ( c'est une affirmation, pas une critique haha) où les premières relations sexuelles se font de plus en plus tôt, les préventions sont encore très maladroites et les cas d'avortements, de plus en plus nombreux. Parce qu'ils sont interdits, les avortements se font clandestinement et généralement dans des conditions hygiéniques et sanitaires déplorables et rarement par la personne compétente. Ces 30 000 décès, nous avons le pouvoir de les éviter si la loi autorise que l'intervention se fasse dans un centre hospitalier et par des médecins et bien sûr, dans un délai strict  et rigoureux fixé par la loi. 

Je comprends très bien les préoccupations morales autour de l'avortement. Mais je voudrais aussi que l'on comprenne ceci: De quel bord que l'on soit, pro-avortement ou pro-naissance, les faits sont les faits. Ces 75 000 candidates à l'avortement, ce n'est pas avec nos litanies qu'elles vont vouloir changer d'avis. Ce n'est pas parce que nous hurlons au meurtre qu'elles n'avorteront pas. Elles vont le faire et elles seront de plus en plus nombreuses, malheureusement. Et malheureusement, nous en perdrons plus du tiers chaque année. Alors va-t-on alors défendre des "générations à venir", des embryons et des zygotes, quand les enjeux sont aussi importants? 30 000 mortes, c'est trop. Déjà, une morte, c'est trop. Je voudrais pouvoir leur dire "Non, ne faites pas ça", mais en même temps, ce n'est pas à moi , ni à personne d'autre qu'elles-mêmes, de décider à leur place si oui ou non, l'arrivée d'un enfant leur est opportun. Parce que  pouvoir choisir sa vie devrait-être un droit. Parce que disposer de son corps devrait l'être également et parce que l'enfantement n'est pas une obligation.

L'autre grande raison propre à Madagascar pour laquelle il faut voter cette réforme, c'est aussi celle-ci. Depuis les dix dernières années, on retrouve  des bébés morts et dont les cadavres sont jetés ( dans les wc, latrines, bacs à ordures, caniveaux) par leurs mères -généralement sans le sou- . C'est un véritable phénomène, inquiétant et sordide. Pourquoi? Parce qu'elles savent qu'il y a de forts risques qu'elles ne s'en sortent pas en avortant ( mourrir? trop cher? stérilité? infections? ) et que les "dangers" sont moins lourds en mettant l'enfant au monde. Alors, elles mènent leur grossesse à terme et tuent le bébé à la naissance. C'est un crime horrible que l'on peut arrêter si on permet que l'avortement puisse se faire légalement dans les délais fixés par la loi
 

Des deux choses l'une: soit nous campons derrière nos magnifiques convictions d'un monde parfait. C'est très beau et ça ne résoud rien. Soit on choisit d'agir et faire en sorte que toutes les naissances soient le fruit d'un choix et non d'une contrainte. Faire en sorte que les femmes violées ou victimes d'une inceste n'aient pas à porter le fruit de leur humiliation. Faire en sorte que la loi permet aux femmes dont la grossesse menace la vie puisse de bénéficier d'un avortement thérapeuthique. ( actuellement, l'ITG est reconnue par la déontologie médicale malgache en cas de problème de santé mais la loi ne la reconnaît pas. )

 

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Ceci étant, je dis oui à une campagne intensive sur la planification familiale et sur les préventions. Je plaide pour une meilleure information des jeunes dans les écoles et dans chaque famille, la vulgarisation au maximum des préventifs et surtout l'accès facile et gratuits des contraceptifs. Dès que les filles demandent des contraceptifs, dès que les gars demandent des préservatifs, IL FAUT LEUR DONNER et EXPLIQUER COMMENT CELA FONCTIONNE!!!  Oui, on peut toujours discuter, convaincre, "faire l'éducation" des gens ( à Mada? c'est faisable ????) mais on n'est jamais sûr de rien. Mieux vaut prévenir que guérirAvoir un bébé à 17 ans, c'est une connerie. Mourrir d'un avortement, c'est une connerie. Attraper une IST  ou le sida, c'est une connerie. Une bonne information le plus tôt possible, c'est ça aussi par ce moyen là que nous réduirons les 75 000 cas d'avortements par an.  

28 octobre 2007

Oiseaux de Madagascar

Fait rare, un oiseau s'est posé sur ma fenêtre samedi matin. Très petit. Fody ve? Je n'en sais rien mais son apparition furtive m'a gardé un joli sourire  toute la journée. Je commence à exceller dans l'art du sourire idiot. Mais ma boule de plumes me rappelle qu'il y a des choses à raconter sur les oiseaux malgaches et ceux de l'océan Indien. L'encyclopédie sonore par exemple. Et le birdwatching aussi. 

3a6c41835c9a5d9abff1c872863ee196.jpgUn son rugueux. Six à huit notes sifflées en série, portant loin, émises alors que l'oiseau est dans son envol. C'est le chant du Ganga masqué de Madagascar, oiseau endémique connu sous le nom de Katakara. Le chant du Ganga a été capté en fin d'un après-midi de septembre 1983, à Ambararata, près de Morondava, par un passionné de l'avifaune, Pierre Huguet. Il enregistre les oiesaux depuis 30 ans. Cet enregistrement figure parmi les chants de 327 espèces d'oiseaux de Madagascar et des îles soeurs, regroupés dans la toute première encyclopédie sonore des oiseaux de l'océan Indien. Cette encyclopédie, un coffret de quatre compacts disques complété par un livret, a été présenté par WWF Madagascar à l'occasion de Birdfair, une manifestation consacrée aux oiseaux.Ces 327 espèces font partie des 344 dont le son a été scientifiquement déterminé. Il s'agit d'espèces nicheuses, de passage, introduites ou hivernantes à Madagascar, sur les îles Comores, Seychelles et La Réunion.

 

2df8a86ca115128f055ada9c59ca80c3.jpg A ce jour, aucune banque de données exhaustives n'est encore disponible en matière d'ornithologie dans l'Ouest de l'océan Indien. Ce guide sonore établit donc une classification affinée des espèces, une historique approfondie de l'évolution migratoire et morphologique ainsi que des mécanismes de transport des oiseaux sur une longue distance. Cette encyclopédie est d'ailleurs, pour l'avifaune malgache, un outil de référence. En effet, parmi les îles de l'océan Indien, Madagascar est la seule, dérivée du Gondwana: comparé aux oiseaux de Maurice, La Réunion ou les Seychelles, des îles nées de récentes formations volcaniques, le patrimoine ornithologique malgache est donc l'un des plus anciens et des plus authentiques.

 Birdwatching day 2007 

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Et sachez aussi que si vous êtes dans les parages, à partir du 30 octobre et pour quatre jours, vous pourrez découvrir et/ou redécouvrir les oiseaux de Madagascar. Ce sera à Taolanaro ( ou Taolagnaro, je ne sais plus, que quelqu'un me corrige) durant le « Birdwatching Day 2007 »  organisé, depuis 2001 dans cette région, par Qit Madagascar Minerals (QMM), Rio Tinto et Birdlife International.L'observation se fera au coeur de ce qu'on appelle « zone importante pour la conservation des oiseaux » (Zico), à  Tsitongambarika et Mandena.

 

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Mais c'est dans le village d'Ivorona ( le cas de le dire, n'est-ce pas?) que les organisateurs prévoient des séances d’observation d'oiseaux; amateurs et passionnés pourront se délecter du spectacle, appareil photos et jumelles en mains.Les birdwatchers auront aussi l'occasion d'explorer les forêts environnantes qui abritent  certaines espèces... Pô mal, nan?

 

 
Aaaaah, ireo vorona amin'ny sary faharoa sy fahatelo ireo dia hitanareo eny @ delta de Mahavavy. Ilay sary faharoa no atao hoe Sarcelle de Bernier izay tsy fahita afa-tsy eto Madagasikara. Ireo fahatelo kosa dia flamants roses, izay karazana vano betsaka indrindra. Fa tena tsy nahita sary aho, ho an'ilay ao Taolanaro. Sa Taolagnaro e? ( nisy niteny tamiko hoe efa misy fomba fanoratra raikitra io tanàna io fa tsy tadidiko hoe iza amin'ireo ilay marina...) Fa soloiko ilay sary, rehefa e. :))) 

14 septembre 2007

La République des incantations

Dans un pays de grands orateurs, élevés à la subtilité des mots et à la finesse du verbe, il est toujours curieux de constater que le discours devient de plus en plus plat. Aux grandes joutes verbales succèdent des slogans fades qui vous rappellent que, oui, on en est vraiment là.

On a eu le coup du verset biblique qui vire parfois au prosélytisme religieux plus ou moins conscient dans cet Etat, réputé laïc. Saint-Marc n’aurait pas idée des mille et une transformations, parfois douteuses, de ses propres mots, repris, touillés, mélangés à toutes les sauces. On a eu aussi la formule chauvine : « Madagasikara tsy mandohalika », usée et abusée à qui mieux mieux. De la campagne électorale des présidentielles à celle des législatives, en passant par le « Livre rouge », le DSRP , le Map, tout tient dans quatre ou cinq mots. Ceux qui n’auront pas lu ou ne sentent pas l’utilité de lire ces documents en entier ou même partiellement en auront forcément entendu parler. Comme les spams, ils envahissent même ceux qui n’en veulent pas!

C’est une marque de fabrique qui s’immisce insidieusement dans les esprits. Tant et si bien que lorsqu’un candidat énumère son programme, il faudra, s’il veut capter l’attention de son public, qu’il sorte « le » slogan. Le discours, même sans intérêt, suscitera l’ovation lorsque la formule est bien placée. Car plus qu’une idée innovante, bien mieux qu’un projet révolutionnaire, l’ « incantation » est un électron fédérateur. Une petite subtilité qui dénivelle la campagne en une « prospection » d’électeurs sans trop de façon.

Rien de bien méchant, mais un tantinet vulgaire, quand on y pense. Car ces sésames n’ouvrent pas toujours les portes de l’échange d’idées. Au contraire, la manière de les marteler à tout va ressemble étrangement à un propagandisme agaçant. A force de s’investir dans cette technique, la relation entre le politicien et l’électorat est devenue le « bureau des plaintes ». Le premier, assigné à l’écoute des attentes du second. Le second, dans la peau d’une victime, à la recherche d’une épaule amie sur laquelle s’épandre en doléances…Un échange vertical qui perpétue le déséquilibre, assimilant l’élu et son électeur au statut du père et son fils. Un paternalisme usé jusqu’à la trame, d’autant plus mal approprié qu’à ce tournant important où la société civile réclame son droit au dialogue, on lui sert un discours « congelé », adapté et adaptable à tous les contextes

Les « incantations politiques » ne sont pas une nouveauté. Il y en a eu un bien avant et il y en aura bien après. Et malheureusement pour nous, ces…mantras d’un autre genre supplantent le débat politique que l’on n’a toujours pas.



Mialisoa Randriamampianina

16 septembre 2006

Sauvons les baobabs de Morondava!

Six sur les neuf espèces de baobabs dans le monde sont endémiques de Madagascar. Dans la région de Morondava, ces arbres géants sont actuellement menacés tant par la population que par les aléas climatiques.

Les touristes ne se rendent pas dans le Sud sans s’arrêter dans la fameuse allée des baobabs pour admirer le Renala, la plus imposante des espèces de baobabs de l’île : une moyenne de 25 m de hauteur et 3 m de diamètre. Mais le climat et l’exploitation par la population menacent  ces arbres géants, comme le démontrent des études effectuées par des étudiants en tourisme et environnement de l’Institut supérieur de polytechnique de Madagascar (INSPM), en collaboration avec l’Angap, l’Ong Fanamby, la commune de Morondava et le ministère du Tourisme et de l’environnement.

Les pieds dans l’eau

medium_IMG_0161.JPGDe novembre à mai, les crues de la rivière Tandila affectent les troncs de ces baobabs. Ces arbres qui demandent un sol calcaire à très faible humidité se retrouvent « les pieds dans l’eau ». Des problèmes d’infrastructures routières et d’entretien s’ajoutent à ces crues dévastatrices, inondant les régions environnant les baobabs. En saison sèche, ces arbres souffrent de la mauvaise gestion  des eaux usées d’une société voisine. En effet, bien que celle-ci ait mis en place un circuit fermé pour l’évacuation suivant les recommandations en matière d’environnement, la population locale soutire ces eaux usées et les utilise dans la riziculture. Ces eaux riches en éléments organiques favorisent le riz mais font pourrir les baobabs, subissant un excès d’humidité. Epargné de la coupe, contrairement aux bois utilisés pour le chauffage et la construction, à cause de la structure spongieuse de son tronc, ainsi que des défrichements en raison de l’épaisseur de son écorce, le baobab n’en sort cependant pas indemne. Les feux de brousse répétés affaiblissent l’écorce et rendent l’arbre vulnérable aux insectes et au vent. Les cyclones sont alors les plus redoutés.

Recommandations

Des plans de reforestation et de protection, d’infrastructures d’évacuation d’eau et de sécurisation de la zone des baobabs ont été appliqués. Mais la conservation inclura nécessairement la participation de la population locale. Outre l’éducation environnementale, ces enquêtes évoquent la nécessité d’assurer la regénération de l’environnement à travers l’agroforesterie . Il s’agit d’un système de conservation à travers l’association de culture vivrière et la plantation d’arbres, l’association de culture d’arbres et du pâturage qui est un système réservé aux petits cheptels, et enfin, l’association de la culture et de l’élevage en zone forestière. Il faut savoir que si le baobab atteint son âge adulte en plusieurs siècles, quelques années suffisent pour le rendre vulnérable.

 

Mialy Randriamampianina.  

Photo: Mamy Ramparany.