28 mars 2008
Caïn ou la promesse divine
J’ai toujours eu beaucoup de mal avec la foi, en général. Si aujourd’hui je vous dis que je suis une chrétienne confirmée et irréversible, c’est toujours en mesurant la somme de doutes et de questions que suppose l’idée de « s’abandonner dans la foi ». Mais nous sommes une très grande famille chrétienne depuis six générations. Je suis sœur, fille, petite-fille, arrière arrière-petite-fille et arrière arrière arrière-petite-fille de diacres, de pasteurs, de prêtres, de théologiens, d’évangélistes, de fondateurs de missions et de « Fifohazana ». Et j’ai fréquenté un établissement confessionnel …jusqu’à la fac !!! C’est un cocon très résistant qui laisse en soi, toujours et malgré tout, une part de « foi inamovible » et… une assez bonne connaissance des « anecdotes » de la Bible. Pour le reste, peuh…. :)))
Mon histoire préférée dans la Bible est celle de Caïn. Il me semble que, de tous les personnages du Livre, Caïn est celui qui se rapproche le plus de nous ; son histoire est l’éternelle histoire de l’humanité. Malheureusement, c’est un personnage qui ne retient l’esprit que par son côté sombre. Caïn, le faux frère, le meurtrier fratricide, le jaloux, le mauvais parmi les mauvais… Et pourtant, c’est à ce gueux-là et à celui-là seulement que Dieu a fait cette très belle promesse.
L’histoire du faux frère est très courte. 16 versets et tout est dit. Mais sa saveur réside dans la subtilité des mots. Depuis 2006, un comité formé de linguistes, de théologiens et d’éminents savants du Livre et de la littérature chrétienne revisite la traduction de la Bible en malgache pour en faire un texte plus lisible. Certaines tournures de phrases et certains mots sont parfois très difficiles dans notre langue, la mission du comité est donc d’élaguer les paragraphes lourds. L’évangile selon Luc en version light est déjà en librairie. Je vous en parle parce que pour suivre ce que je vais vous raconter sur Caïn, il faudra surtout se baser sur la traduction.
La Bible courante en malgache que nous lisons actuellement tient encore essentiellement de celle, révisée par le Révérend William Cousins et les Roambinifolololahy en 1872. Dans cette « version », voici la traduction de ce que Dieu dit à Caïn, alors que ce dernier était en colère contre son frère : ( Genèse, chapitre 4, verset 7) : « Raha tsara toetra hianao, moa tsy ho miramirana va ? Fa raha ratsy toetra kosa hianao, dia mamitsaka eo am-baravarana ny ota, ary hianao no kendren’ny faniriany, kanefa hianao no tokony hanapaka azy. » Dans la traduction française de la Bible du King James, la « version » commandée en l’an 1604 par le roi Jacques Stuart ( Jacques VI ou Jacques 1er, comme vous le sentez), voici ce qu’on peut lire à la place de « kanefa hianao no tokony hanapaka azy » : « mais toi, tu le domineras ». Dans la Bible de Louis Second révisée au début du 20ème siècle et qui est la traduction protestante la plus répandue dans le monde, voici ce que vous lirez : « Domine sur lui ». Pour venir d’un « tu le domineras » à un « domine sur lui », il faut passer par un sacré détour, n’est-ce pas ? La traduction de l’Ancien Testament quelle qu’elle soit, et, à moins que je ne me trompe, se base essentiellement sur l’hébreux. « Timshel », c’est ce que vous trouverez dans le Tanakh, la Bible hébraïque, à la place de cette bribe de verset. « Timshel » : tu peux.
Tu le domineras. Domine sur lui. Tu peux le dominer…Timshel. La promesse divine, la grande chance de Caïn, est là. Ce n’est pas un « tu le domineras » qui promet que oui, sûrement, on s’imposera face au mal. Ce n’est pas un « domine sur lui » qui ordonne de le vaincre. C’est un « timshel » qui donne le choix entre un « tu peux le dominer » et un « tu peux…ne pas le dominer ». C’est le libre-arbitre. Le pouvoir de décider. La chance d’être libre. Et qui est l’homme libre, si ce n’est celui qui a le choix ? Et c’est Caïn. Et nous tous. Une telle promesse ne se fait pas à la légère, vous pensez bien que le Bon Dieu n’aurait pas donné patte blanche sans prendre ses précautions, té pas fou ! Il promet sa protection à celui qui utilise son « timshel » à bon escient. Il fit marquer Caïn et si quiconque le tue, il sera vengé sept fois. Ainsi, le faux frère partit refaire sa vie sur les terres de Nod, la terre de l’errance, en homme libre et protégé de Dieu.
Maintenant, si vous croyez que Caïn est toujours un beau salaud, et bien vous saurez aussi qu’il est le premier détenteur de la promesse divine. Cette promesse est aujourd’hui la dernière mais la très grande lumière de ma propre foi, la part « inamovible » qui me tient en vie et qui me permet de dire que oui, je suis chrétienne. Une gueuse, mauvaise parmi les mauvais, aussi. Mais, j’ai ma promesse et je suis partie sur les terres de Nod en femme libre et protégée de Dieu. Et vous aussi, si vous y croyez.
Cette histoire est racontée dans le très beau livre de John Steinbeck, « A l’Est d’Eden ». Les Bibles traduites que je vous cite viennent de la bibliothèque de mon dadabe, le pasteur Samuel Razafindrakoto qui est l’un des fondateurs de la Mission évangélique de Tananarive ( MET). Vous les trouverez au Mampiely Baiboly et à la librairie St Paul si vous êtes à Antananarivo ( sauf pour la Bible hébraïque. Il faut avoir un dadade pasitera pour avoir une vieillerie pareille chez soi a-hahahahaha). Il n’est peut-être pas très facile de trouver un King James à Tanà mais le Louis Second est assez courant et mieux connu sous le nom de la Bible du Semeur. Cependant, si comme moi, lire la Bible vous est parfois difficile, piochez donc dans la lecture des autres…Une merveille vous y attend, sûrement.
Et n'oubliez pas...TIMSHEL !!!
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