17 juillet 2008
Nosy Be, l'île de la tentation
Torride. C’est sans doute le mot pour parler de Nosy Be. Sous le soleil des tropiques, cette île du nord de Madagascar invite à l’évasion. Argent, sexe et plaisir, ce cocktail explosif a de quoi impressionner et se demander comment sera l’avenir de la jeunesse locale. Au-delà des discours officiels, voici Nosy Be tel que le vivent ses habitants.

Soirée dans un bar-restaurant. À n’en pas douter, la plupart des jeunes filles qui remplissent la salle ont au moins le tiers de l’âge des Vazaha qui les accompagnent. Les gestes sont lascifs, les intentions sans équivoques, mais c’est, pour Nosy Be, un scénario banal, qui est même encouragé par certains : « C’est parce que les filles sont là que le business tourne », plaisante Roberto, malicieux. La trentaine fière, chemise hawaïenne ouverte sur de lourdes chaînes en or, bermuda blanc, Roberto est l’archétype du self made man de Nosy Be. Autodidacte du monde des affaires, Roberto reconnaît que les filles représentent un bon filon. D’ailleurs, son travail est de « trouver de jolies partenaires pour les étrangers ». Rien d’étonnant : le mécénat du sexe est un business juteux à Nosy Be. Et si Robert est satisfait de son travail d’intermédiaire, c’est aussi parce que du côté des jeunes filles comme celui des étrangers, c’est la loi de l’offre et de la demande. Combien touche-t-il par « transaction » ? Notre homme reste discret mais par bribes de conversation téléphonique, on peut comprendre l’ampleur de l’opération : Robert dispose d’un réseau bien tissé et ses services se facturent en euro.
Proxénétisme et prostitution
Ailleurs qu’à Nosy Be, on appellera cela proxénétisme et prostitution. Mais ici, la situation est considérée comme une issue pour une jeunesse qui fait face à de conditions d’existence difficiles. « Pour s’en sortir à Nosy Be, il faut un genre de système D qui peut aider à joindre les deux bouts. Les hommes font leurs affaires et les femmes ont les leurs» commente Roberto.
Mais il est plutôt un cas classique car aujourd’hui, avec la révolution technologique, la prostitution atteint une autre sphère. Mario, 25 ans, est au cœur de cette nouvelle dimension. Né à Antsiranana et vivant sur l’île depuis plus de dix ans, il est un Gavroche de Nosy Be. : il connaît tout le monde et tout le monde le connaît. Grâce au web, son réseau de connaissances s’étend outre mer : « Je sais qui va débarquer, où il loge, combien de temps il compte rester et ce qu’il va faire à Nosy Be. Je sais le genre de filles qui lui plaît, l’âge, le teint, les cheveux, le corps…Donc, je cherche pour lui. Parfois, c’est l’histoire d’une soirée ou d’une semaine, mais si la fille prend bien soin de son partenaire, ils se marient ou au moins deviennent un vrai couple. Bien sûr, ils ne m’oublient pas et me donnent une petite récompense. »
Les critères de choix sont de plus en plus rigoureux. Les demandes se focalisent sur les plus jeunes, les relations non protégées sont sollicitées, l’approbation parentale serait un atout. « Je dirais que les 16-17 ans sont les plus appréciées », selon Mario. « Les filles sont alors moins vulnérables face aux infections sexuelles car la plupart des cas, elles en sont à leur première relation sexuelle et peuvent se permettre de se passer du préservatif. Elles se contentent d’une bonne contraception. » Mario a tout faux. Mais malheureusement, cette idée fait tâche d’huile et devient une source d’inquiétude pour les médecins. Estelle Moanazara, responsable de la santé de la reproduction de l’hôpital de Nosy Be explique : « Généralement, les contraceptifs sont bien connus dans l’île mais les jeunes sont les plus réticents à les utiliser. On a beaucoup de mal à les sensibiliser, à les amener à se prémunir des grossesses non désirées. De plus, notre site dédié à la santé de la reproduction des adolescents n’est pas fonctionnel. »
Invulnérables ?
Le sentiment d’invulnérabilité face aux IST et au sida est très présent chez les jeunes filles et cette idée reçue les amène à perdre totalement le contrôle de leur sexualité : c’est la mise aux enchères ! « Plus le vazaha paie, plus la fille se lâche », d’après Mario. « Elle ira aussi loin que l’argent le lui permettra d’aller. Si la fille prouve qu’elle mérite son cachet, sa réputation est faite, elle est la favorite ! ». Conséquence : Nosy Be est exposé aux IST avec 5,7% de ses jeunes ayant contracté la syphilis contre 3,8% dans l’ensemble de l’île, d’après les estimations du ministère de la Santé.
Paradoxalement, la contraction d’une IST est loin de rebuter les candidates. « Bien sûr, une fois victimes, elles se protègent. Mais elles ont une étiquette qu’elles ne cachent pas : avoir une IST, c’est donner la preuve de jusqu’où elles peuvent aller… »
17:37 Ecrit par Mialy dans Entre chien et loup | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : nosy be, madagascar, tourisme sexuel, ist