19 mars 2009

Ceci n’est pas la victoire

Au milieu de nos ruines commence un travail draconien qui sera notre tâche, à tous, pour les décennies à venir. Cela s’appelle « un engagement » : il est urgent, important et colossal. Le moment n’est ni à la liesse d’une investiture  superflue, ni à l’amertume écoeurée des perdants.  Il est à la remise en question et au travail. Devant le chemin cahoteux qui nous attend, le « V » victorieux paraît aussi dérisoire qu’insolent. Car, ceci n’est pas la victoire. Le vrai combat ne fait que commencer et il sera dur, il demandera des sacrifices, une abnégation et beaucoup de temps. 

La démocratie, ce n’est pas un rosaire que l’on récite sur une place publique comme un mantra creux. On ne se contente pas d’annoncer qu’elle sera désormais « une réalité » quand on n’a pas encore commencé le moindre effort pour cela. Car elle doit se bâtir, elle doit se vivre et chaque jour doit la faire grandir. On ne l’affûte pas avec les armes d’une dictature et cela est vrai autant pour « l’ère Ravalomanana » et ces prédécesseurs que pour cette nouvelle que nous venons d’inaugurer, bon gré, mal gré.

Madagascar est arrivé à un point où certaines erreurs ne peuvent plus se rééditer ; « alterner » le pouvoir au forcing, preuve flagrante d’une démocratie flageolante et hasardeuse ; s’accorder le luxe de mettre l’économie aux abois quand on est soi-même un pays nécessiteux ; s’autoproclamer « porte-parole » de tout un pays quand, finalement, on ne l’est que de son propre camp ; dédaigner l’avis de ses concitoyens pour s’enfermer, obtus, dans sa tour d’ivoire de dirigeant ; administrer le pays comme on gère son entreprise ; et avoir la prétention de  se croire infaillible.

Le deal, aujourd’hui, c’est de briser la crise chronique qui occulte les idées pour ne faire valoir que des démonstrations de force. Rassembler sur son sillage tout une foule, comme ce fût le cas en 1991, en 2002 et maintenant en 2009, est une prouesse que très peu pourront espérer réaliser.  Mais c’est une prouesse qui ne remplacera pas les vrais débats d’opinions : entrer au pouvoir par la puissance du nombre, ce n’est pas entrer dans l’Histoire par la force des idées.

Au troisième millénaire, nous sommes sensés être un pays évolué qui se nourrit d’échanges citoyens. Nos enfants sont sensés être éduqués pour devenir, demain, des  hommes et des femmes responsables qui assument leurs choix, leurs forces autant que leurs faiblesses. Et qui les assument sans mauvaise foi ni vanité, parce qu’ils sauront que certains échecs comme certaines réussites ne peuvent pas être l’œuvre d’une seule personne. Nos électeurs sont censés avoir le droit d’exiger des aspirants au pouvoir qu’ils aient des programmes solides et qui aillent au-delà des traditionnels laïus, usés jusqu’à la trame pour avoir servi d’échelle aux précédents. Nos leaders sont censés dépasser  les promesses grandiloquentes sur la place publique, qui n’innovent en rien puisqu’ils se servent des mêmes mots, pour les mêmes idées et au final, les mêmes ratés. Alors non, ceci n’est pas « la » victoire. Ce pays mérite mieux et la tâche commence maintenant.