14 septembre 2007

La République des incantations

Dans un pays de grands orateurs, élevés à la subtilité des mots et à la finesse du verbe, il est toujours curieux de constater que le discours devient de plus en plus plat. Aux grandes joutes verbales succèdent des slogans fades qui vous rappellent que, oui, on en est vraiment là.

On a eu le coup du verset biblique qui vire parfois au prosélytisme religieux plus ou moins conscient dans cet Etat, réputé laïc. Saint-Marc n’aurait pas idée des mille et une transformations, parfois douteuses, de ses propres mots, repris, touillés, mélangés à toutes les sauces. On a eu aussi la formule chauvine : « Madagasikara tsy mandohalika », usée et abusée à qui mieux mieux. De la campagne électorale des présidentielles à celle des législatives, en passant par le « Livre rouge », le DSRP , le Map, tout tient dans quatre ou cinq mots. Ceux qui n’auront pas lu ou ne sentent pas l’utilité de lire ces documents en entier ou même partiellement en auront forcément entendu parler. Comme les spams, ils envahissent même ceux qui n’en veulent pas!

C’est une marque de fabrique qui s’immisce insidieusement dans les esprits. Tant et si bien que lorsqu’un candidat énumère son programme, il faudra, s’il veut capter l’attention de son public, qu’il sorte « le » slogan. Le discours, même sans intérêt, suscitera l’ovation lorsque la formule est bien placée. Car plus qu’une idée innovante, bien mieux qu’un projet révolutionnaire, l’ « incantation » est un électron fédérateur. Une petite subtilité qui dénivelle la campagne en une « prospection » d’électeurs sans trop de façon.

Rien de bien méchant, mais un tantinet vulgaire, quand on y pense. Car ces sésames n’ouvrent pas toujours les portes de l’échange d’idées. Au contraire, la manière de les marteler à tout va ressemble étrangement à un propagandisme agaçant. A force de s’investir dans cette technique, la relation entre le politicien et l’électorat est devenue le « bureau des plaintes ». Le premier, assigné à l’écoute des attentes du second. Le second, dans la peau d’une victime, à la recherche d’une épaule amie sur laquelle s’épandre en doléances…Un échange vertical qui perpétue le déséquilibre, assimilant l’élu et son électeur au statut du père et son fils. Un paternalisme usé jusqu’à la trame, d’autant plus mal approprié qu’à ce tournant important où la société civile réclame son droit au dialogue, on lui sert un discours « congelé », adapté et adaptable à tous les contextes

Les « incantations politiques » ne sont pas une nouveauté. Il y en a eu un bien avant et il y en aura bien après. Et malheureusement pour nous, ces…mantras d’un autre genre supplantent le débat politique que l’on n’a toujours pas.



Mialisoa Randriamampianina