02 décembre 2008

Blog d'Afrique

C’est en pleine « semaine malgacho-indonésienne » à grands renforts d’analogies culturelles et linguistiques que je me vois répondre à la question ici posée : « Pourquoi bloguer sur l’Afrique » qui m’amènera inévitablement à l’une des plus belles parts de mon moi malgache, l’Afrique.

La Malgache que je suis, « femme et Merina » comme voudrait le préciser un commentaire savant, ici, est une petite Afrique en fleurs. Ce n’est pas une question d’origine, ce n’est plus une question de passé, ce ne sera jamais une question de couleur. Je suis Africaine de cœur et rien de plus beau et de plus généreux ne m’est venu de ce monde qui ne m’ait été donné par ce Gondwana dont je me suis détachée, par dérive. Si je choisis de ne voir qu’un continent en guerre alors ce sera un continent en guerre. Si je choisis de ne voir que ces enfants affamés, alors ce sera ces enfants affamés. Si je choisis de ne voir que la terreur et la pauvreté, alors ce sera la terreur et la pauvreté. Mais j’ai choisi de voir ce petit village perdu au fin fonds du « berceau du monde », ces jacarandas qui tapissent d’un mauve printanier une allée étendue à perte de vue, le rire des enfants heureux se baignant dans la rivière. Je choisis de voir les nuits de musique endiablée et les couleurs chatoyantes des boubous, le fumet délicieux de la viande de bœuf affûtée et les légendes immortelles de la savane. Je choisis le marché bruyant de Merkato et les fines étoles de lin des vieilles dames. Je choisis ces longues jambes d’ébène et ces magnifiques tresses brillantes, et ce rire tonitruant qui vole en éclats, en rugissement, en clameur. Je choisis ton regard qui me dit « à bientôt ». Je choisis l’espoir de la paix et l’idée du bonheur dans ce qu’il a de plus simple et de plus résistant : un instant mais quel instant… Et je dis que c'est possible.

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Indonésienne ? Malaisienne ? Austronésienne ? L’Afrique que j’aime emmerde les grandes théories. Je serai toujours ce que mon cœur me dira d’être. Alors, pourquoi bloguer sur l’Afrique ? Parce que c’est moi. :)))

23 octobre 2007

On est tous Africains

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« Tintin au Congo » n’est plus dans les librairies, du moins dans les rayons pour enfants. Motif : La B.D donnait une image de « sous-hommes » aux Africains. La première version, en noir et blanc a été publiée en 1931. 16 ans plus tard, Hergé a gommé des détails qui frisaient le colonialisme dans la seconde version, en couleurs. Une rectification qui ne suffit plus au XXI ème siècle qui se veut plus civilisé : « Tintin au Congo » est donc tombé en disgrâce. Mais le syndrome persiste…

 
Abonné aux déclarations provocatrices, le prix Nobel de médecine (1962) américain James Watson a récemment créé une polémique dans le Sunday Times. Se déclarant  « foncièrement pessimiste sur l’avenir de l’Afrique », ce scientifique a ouvertement contesté l’intelligence des Africains. Le Dr Watson s’est excusé mais le syndrome de « Tintin au Congo » retrouve dans ses préjugés toute sa gravité.

 
Dans un autre registre, tout aussi stupéfiant : le discours de Nicolas Sarkozy au Sénégal. Donneur de leçon, de « leçon de français », le président a sidéré lors de son passage à Dakar. La colonisation n’était «pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux, des génocides, des dictateurs, du fanatisme, de la corruption…», expliquait le n°1 français. La colonisation, cette « grande faute»  n’aurait donc pas été aussi sombre, si l’on s’en tient à Sarkozy : «Le colonisateur a pris, mais il a aussi donné…Il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des écoles.»  Une petite « révision » qui met un point d’honneur à oublier certaines « coopérations » peu recommandables autour de la période coloniale… 

Et de tels propos, on ne les dit qu’aux Africains. Oserait-on dire cela aux Américains ? aux Japonais ? aux Européens ? Les « héros » de l’Histoire, entrés dans les annales de la mémoire collective en vainqueurs, sont encensés. Mais, on donne des leçons aux perdants, on les ramène à leur niveau de « pays pauvres », ceux de ce continent noir. Ainsi, par exemple, lorsque Madagascar passe dans les journaux télévisés occidentaux, on voit les mêmes images de la précarité et on entend « la » phrase consacrée: « Ce pays, parmi les plus pauvres du monde… ».

Bien sûr, l’Afrique est pauvre. Bien sûr, le niveau d’éducation y est faible et les enfants peuvent encore y mourir de faim, de diarrhée, ou de paludisme. Mais tout cela, ce ne sont pas des problèmes « africains », ce sont des problèmes humains. On ne le voit peut-être pas, du haut de leur soi-disant piédestal de vainqueurs, mais l’Afrique est en train de se battre pour son avenir. On ne le voit peut-être pas, mais l’Afrique d’aujourd’hui est aussi un continent actif, qui forme des leaders, qui veut sortir « vainqueur ». Dans la vision tacitement approuvée de ce qu’est le développement, enfermée dans le carcan manichéen de ceux qui réussissent et de ceux qui échouent, on ne voit de ce continent que son visage défait. Si la « bienséance morale » voudrait que « l’homme pauvre à l’avenir sombre » soit un Africain, alors on a tous été, à un moment ou un autre de nos vies, des Africains…

Mialisoa Randriamampianina.


20:35 Ecrit par Mialy | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note | Tags : AFRIQUE