12 septembre 2008
Mamalan-kira?
Que n'ai je pas entendu sur Vanf et ses chroniques, ces dix dernières années? En Terminale, un des mes professeurs avaient vu dans ses lignes les rémanences d'un..."racisme identitaire" tandis que d'autres y voyaient le salut...du sang royal. Plus tard, lorsqu'on avait décidé, avec quelques amis, de "fonder" un journal pour ados, j'ai écrit ma première prose sur "mon moi merina": c'était très épidermique, presque "tsalo": du vanfisme raté, épais et crétin. J'avais 17 ans et n'avais aucune idée que dix ans plus tard, je me sentirai plus Mainty et francophone qu' "aostronezianina". En 2002, pendant la crise, mes condisciples de la faculté, comme le tout Tanà alors emporté par une étrange énergie, m'avaient vertement réprimandé ma "manie" de lire L'Express de Madagascar: "tellement Arema", et par extension, les chroniques de Vanf " tellement may vava "... Un jour, au beau milieu de la crise, ces mêmes condisciples grondaient sur les hauteurs d'Antaninarenina, harranguant la multitude en pleine fièvre patriotique la chose qu'ils devaient muremurer en catimini : "Andevo, andevo daholo izay tsy miara-mitolona"... Dans l'anonymat de la foule, sous la "tutelle" de la rue, toutes les bassesses sont permises. Un an est passé, j'ai claqué les portes de la faculté et décidai que plus jamais, je ne "miara- mitolona".
La Chronique du jour de Vanf me rappelle cette époque. En bas, l'extrait de la chronique, l'intégral se trouve sur www.lexpressmada.com
"...Halako ny olona mitangorongorona : na tsy manan-katao etsy Anosibe, na mpanera eny amin’ny «Fasan’ny Karana» na mpitolona manemitra ny kianjan’ny 13 mey (...) Fiara mifandona, trano may, olona maty an-drano : mailaka ny Gasy mirohotra, tsy zaza tsy lehibe, «vahoaka» tsy manan-katao. Ireo anefa no tonga mifidy ; ireo ihany koa no lamboina hoe mivelona malalaka na eny afovoan’ny arabe aza mandritra ny fampielezan-kevitra ; ireo ihany indray no korontan-dava manome sorisory ny olom-boafidy nahazo seza. Ireo no mbola atao hoe «vahoaka», ilay mpitolona nisesisesy tamin’ny 1972, tamin’ny 1991, tamin’ny 2002 : mpihaino ny kabary sy mpijery ny fihetsiketsehana an-dampihazo eo amin’ny kianjan’ny 13 mey.
Olon’ny fo, hono, mitsetsetra ny «madinika» sady mialona-matahotra ihany ny Lehibe. Ny mpanao politika be taraindraina ihany no midina an-dalambe miantsoantso ilay atao hoe «vahoaka» : zarao ny Fahefana, sokafy ny Governemanta, ny vahoaka no Andriamanjaka. Olon’ny fo, hono, mihinana amam-bolony : «tsy rariny kosa, didiko fe lehibe, jadona». Mpifidy anjambany, manao antsapaka, sady tsy mahalala no tsy mahay nefa tsy hay atoro tsy hita anarina. Manao halako bika dia tsy tiako tarehy fotsiny, rehefa tsy Mainty dia Fotsy, izay misalasala dia fahavalo.
«Vahoaka» kamboty tsy nisy nitaiza : rehefa tsy kabarin’ny mpanao kobaka am-bava dia toriteny any am-piangonana no hany kolontsainy. Fidio ny Olom-baovao raha leo ny Raikalahy taloha. Olom-baovao dia vaovao tokoa satria tsy misy foto-kevitra fantatra aminy : izany anefa tsy manakana ilay «vahoaka» hifidy anjambany. Olon’ny fo, hono, leom-boan’anana, tia vao, mitonantonana amin’ny hazo tsy fantatra. Velo-nenina faingana, arahin-datsa doria.
Sady mandrava hefa no manimba toe-tsaina ny politika an-dalambe miaraka amin’ny «vahoaka». Politika ankalamanjana, demokrasia anelakelan-trano, fanjakan’ny madinika : tangorongorona tontolo andro, rotaka mandrakariva. Tabataba, horakoraka, savorovoro, tsihibelambana, dia mifandrorona am-pitoerana eo. Tandremo, fadio, sanatriavo."
15:36 Ecrit par Mialy dans Entre chien et loup | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : vanf, l'express de madagascar, 2002
11 juillet 2007
Soherina, ma chrysalide
Derrière nous s’en est allée une année laborieuse. Espoirs et désillusions se sont succédés, enfouis dans une colère sourde qui éclatait souvent au grand jour sans que l’on ne sache comment l’arrêter. Une année de colère étalée sous un ciel indifférent. Le coeur de la vieille cité surpportait avec patience cette colère qu'elle connaissait bien, pour l'avoir vu dans son coeur. Là, où d’autres colères avaient déposé leurs larmes il y a dix, vingt, trente, quarante ans.Et c’était ici, où tout a commencé, que tout finit. Une foule par milliers, sans doute la même qui jour après jour, des mois durant, était debout. Ce soir, ils allaient oublier. Ils allaient ignorer leur fatigue et ils attendraient avec impatience cette nouvelle année, comme d’autres attendent une nouvelle chance, un nouveau départ. Et quand les douze coups de minuit avaient sonné, ils levèrent les yeux au ciel, accueillirent les premières minutes de l’année nouvelle. C'est la bénédiction d’un dieu inconnu qui les avait pris sous son aile. Nous étions en 2003.
Ma première pensée était pour Soherina que je n’avais pas revue depuis un mois. Elle devait être
quelque part, parmi cette foule dense, en train d’exorciser ses propres colères, elle aussi. Un soir de juin, je la vis, assise au milieu des fleurs, ses grands yeux d’enfant perdus dans le vague. Petite chose fragile, égarée au milieu d’une vie qu’elle n'avait sans doute pas choisi. Je n’osais m’approcher. Je ne connaissais pas de mots qui pouvaient adoucir sa peine sans écorcher le cœur. Que dit-on dans ces cas là ? Aujourd’hui encore, je ne le sais pas. A vrai dire, je n’y avais jamais vraiment pensé, avant cette soirée. Jusque là, seule la nuée de têtes noires au-dessous des banderoles me parvenait de cette crise. Je savais cette colère, pour l’avoir côtoyé comme une sœur, pour l’avoir rencontré dans tous les recoins de la ville, dans la violence et dans le silence. Mais de l’avoir vue sur le visage de Soherina ce soir-là me fit un choc. Sa colère ne s’imprimait pas en lettres noires sur des étendards blancs. Elle ne hurlait pas de ces grands mots qui vous faisaient tourner la tête et que beaucoup ne devait vraiment comprendre. Elle n’était pas de ce calme inquiétant, menaçant d’exploser à tout moment, où pire, s'entasser dans un coin de soi pour ne devenir qu’aigreur et dégoût.
La colère de Soherina était celle d’une petite fille qui refuse de toutes ses forces de briser le sceau du monde de son enfance. Impitoyable, irrationnelle et à la fois si fabuleuse d’une grande foi et d’une simplicité. Elle voulait la vie de toutes les fibres de son être, s’accrochait à la lune avec une volonté déconcertante, presque animale. La sève coulait dans ses veines avec la puissance d’un volcan, sans jamais ébranler ses pieds de môme. Mon cœur l’étreignait, prenait son image, pure comme la Vierge. Mes pensées l’enlaçaient, jusqu’à ne plus la quitter. Voilà comment j’ai rencontré Soherina. Voilà comment je fus tombée d’amour pour cette fille que je n’avais jamais vue. Ces instants me sont chers, je les garde précieusement, un havre de paix où me réfugier quand le soleil brûle ou que le vent souffle trop fort. Ce soir encore, je suis revenue à ces premiers moments. Un peu comme ce pays qui, le temps d’une nuit, ferme les yeux pour revenir à d’autres époques plus heureuses, je ferme mes yeux dans l’espoir de retrouver son regard dans ma mémoire.
18:20 Ecrit par Mialy | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Miss Van, Soherina, Chrysalide, 2002