12 février 2009

Bris de silence

Ce qui suit est paru dans "Les Nouvelles" le 18.10.08, au plus fort de l'Obamania. Au regard des ennuis que nous avons aujourd'hui, c'est peut-être un édito prémonitoire? Extrait.

"...Ce fut en tout cas une campagne ( électorale ) superbement pêchue, succulente d’insolence et tapageuse à souhait : seul le silence aurait été encombrant. Exactement ce qu’à Madagascar, nous n’aurons pas avant longtemps. Le contexte de la campagne a sans doute exacerbé les jugements, mais il est clair que l’Amérique n’est pas aphasique. Il y a aussi tout un antipode de tempéraments entre District de Columbia (DC) et Antananarivo : l’un est nerveux, démonstratif et même spectaculaire, l’autre tranquille, réservé, un peu comateux. Car DC est pionnier, Antananarivo, insulaire. Mais si autant d’implication individuelle et collective dans la vie nationale nous est encore impossible ou impensable, c’est aussi le fruit de nos décennies de désistement. L’Opposition est taxée de fragilité, le pouvoir est étiqueté de dictateur : c’est là, assez d’arbres pour cacher la forêt de nos désengagements de citoyens. Après tout, si une démocratie aussi bancale peut exister, c’est que le silence est assez assourdissant pour la couvrir.

Et viendra un temps rude où le «sarom-bilany» voudra exploser au cœur d’une marée humaine, place du 13 mai. Les espoirs évanouis et les colères refoulées seront catapultés d’un coup, au nom de tous les idéaux et avec assez de violence pour venger l’omerta volontaire. La fuite de nos engagements d’aujourd’hui voudrait excuser, demain, que l’on fasse sauter bruyamment le bâillon qu’on s’est gentiment accordé. Et on appellera cela la démocratie…

S’il y a une leçon à tirer de cette campagne américaine, ce serait celle des prises de positions de l’homme de la rue : qu’elles soient justes, qu’elles soient osées, qu’elles soient insolentes mais qu’elles soient. Des positions qui ne seront plus seulement celles d’une Opposition qui roule cahin-caha ni celles d’une mouvance séide, mais celles d’un citoyen, d’une société civile et surtout d’une jeunesse. C’est une utopie qui fera des vieux os tant qu’à la base, l’éducation citoyenne, reste poreuse. La réforme des écoles aurait été plus inspirée, si à long terme elle transformait cet aspect de l’éducation. Pour que, dans quelques années, on ait enfin de simples Vous-et-moi, libres mais concernés, pour balayer les bris de silence."

"Bris de silence"

Les Nouvelles

18.10.08