11 janvier 2008
Rasanjy, le magnifique
Pour être honnête, je ne connais Ombalahivelo Rasanjy que comme beaucoup doivent le connaître : Rasanjy, le traitre (à tort ou à raison). Ce personnage de la cour royale de l'Imerina s'est "incrusté" dans ma vie, à cause de Monsieur, mon frère. Qui aurait pensé que près d'un siècle plus tard -Cette nouvelle année commémore les 90 ans de la disparition de Rasanjy (1861-1918)-, son nom serait toujours au beau milieu d'un grand blibladenimportekwa?

Ici, on parle des prénoms malgaches. Parmi ces millions de prénoms, je crois bien que Rasanjy ou Sanjy est l'un des moins populaires de chez nous. Même maintenant, je ne connais aucun(e) Malgache qui porte ce nom. J'imagine que ce patronyme a hérité du sombre passé qui entoure le personnage de Rasanjy. C'est le genre de nom qui "tsy misy mpaka, tsy misy mpandova"... Rasanjy serait -il heureux de savoir que quelques décennies après lui, un jeune malgache de 31 ans voue un culte à son nom? Car Monsieur est passé outre les on-dit et les appréhensions.
Tant et si bien qu'en 2005, Monsieur fit de Rasanjy son pseudonyme légalisé (il écrit un peu, avec une excellente plume d'ailleurs, et compose sa propre musique, à mi-chemin entre Murat/Boutonnat - wi, on est très Farmerien dans la famille- et Oakenfold ( pour soirée techtonique lol). Ah, il est resté un temps chez un canard du coin -en signant d'ailleurs ses articles par "Rasanjy"- et s'est tiré vite fait en me disant au passage : "Non-non-non, impossible, ce truc de fous!" ). Et c'est sous ce même pseudo qu'il a aussi créé la musique ( baptisée..."Spleenotronique") du défilé du jeune styliste Vida, "Icônes", qui a été présenté au Centre culturel Albert Camus. A l'époque, j'étais journaliste chez RTA et me suis occupée du reportage sur Monsieur. D'un côté, je tenais à respecter les choix de l'artiste, de l'autre côté, j'imaginais Dada devant la télé à 19h, un tantinet déçu de voir le patronyme familial ainsi troqué ("Oadray! Dia tena Rasanjy mpivaro-tanindrazana mihintsy ve?") et puis je trouvais vraiment que Rasanjy était moche... Mais le reportage est passé et le sujet été repris par les journaux et radio de la place. Une émission locale de mode qui s'appelle "Tendances" lui a même consacré une édition. Pour vous dire qu'en fait de Rasanjisme, on a eu tout un ras-de-marée.
Et donc, l'an dernier, Monsieur a insisté pour que l'on baptise "Rasanjy" une ligne de vêtements "familiale" qu'on voulait créer ensemble, pour le fun ( qu'on n'a jamais fait, parce qu'on a trouvé un autre projet plus marrant, et puis un autre et puis un autre...) Et je me suis escrimée sur les variantes possibles, dans le but d'atténuer les conséquences d'un choix aussi controversé : Rasanjy Style, Rasanjy Way of life, Wearing Rasanjy, Living Rasanjy, Men and women by Rasanjy, Rasanjy's eye view, Rasanjy or not to be...J'analysais chacune de mes trouvailles, histoire de vérifier si elles accrochent ou non et surtout, si elles arrivaient à détourner l'attention. Ce fut presque une question existentielle, j'étais jusqu'à pondre des jeux de mots idiots du genre: "Rasanjy, raha sahy ndry" ( à lire très vite, pour avoir "Rasanjy, Rasànjy". Wi, c con). Mais d'un côté, Monsieur resiste et reste très à cheval sur "son" Rasanjy et moi, très emmerdée par cette préférence si peu facile à assumer.
"L'obsession" de Monsieur m'a amené à m'intéresser au personnage et j'ai écumé des rayons d'Ambohijatovo "L'Éminence grise" de Guy Ravelomanantsoa ( Ed. Tsipika, 2001). Ravelomanantsoa tente de repeindre son aieül ( il en est l'arrière-petit fils, si je ne me trompe) sous un jour plus positif, convaincu que Rasanjy a été effectivement un incompris. Je ne peux pas vraiment vous dire que je suis convaincue de l'innocence d'Ombalahivelo, parce que justement, le peu de documents en mains fait qu'il y a plus de spéculation que de vérités. Je lui accorde le bénéfice du doute et je me dis que sans doute avait-il fait les choix qui s'imposaient selon les donnes du moment. Ou peut-être, n'avait-il pas le choix? C'est armée de cet hypothèse que je me présente devant Monsieur, quoi qu'avec beaucoup d'appréhensions aussi. Tout d'un trait: "Pourquoi s'acharner avec ce nom? On a mieux que Rasanjy et d'ailleurs le peu de "contre-preuve" qu'on ait pu trouver sur lui est assez discutable. Je ne sais pas moi, on ne s'appelle pas Pétain ou Collabo, merde, alors pourquoi Rasanjy?"
Regard flinguant de l'artiste las. "Tu n'as rien compris? Je choisis Rasanjy, parce que ce nom est magnifique. Tout simplement." Et voilà. A vouloir rendre les choses difficiles, on oublie qu'elles peuvent être aussi simples. Et wi, bin, heureusement, qu'il ya des gens qui se souviennent qu'on peut aimer juste parce qu'on trouve beau. Je n'ai pas vu les choses sous cet angle, Dieu, ce que je me sens nulle.
05:25 Publié dans Izahay | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : ombalahivelo rasanjy, vida, icÔnes

