06 octobre 2009
Les déesses des dieux
Les louves de la meute
La marée humaine gravissait comme un seul homme le flanc de la Haute ville, vers le palais. C’est le flot de toutes les colères, de toutes les déceptions, de toutes les désillusions. Une marée de têtes noires, de mains noires, de bouches noires. Dans la chaleur moite de février, les sueurs se mêlent aux larmes, ce sont les eaux tumultueuses des âmes en peine, l’instinct de combat qui s’éveille de part en part.
Le temps flotte. Un battement.
La vieille ouvre les yeux et me fixe, intensément. Ses yeux gris brillent d’une lueur imprécise. Je vois chaque pulsation de son cœur, emportée par une veine turbulente, sillonnant le long de son coup blanc. Entend-t-elle ce vacarme violent qui s’empare de la ville ? Sent-elle ce danger qui louvoie dans nos murs ?
- La foule… me souffle-t-elle et sa voix perce à peine le tumulte qui s’élève des hauteurs de la vieille cité. Je me précipite à la fenêtre mais elle me rattrapa prestement, sa petite main m’empoignant fermement le bras. Je fais volte-face, ses yeux étincellent.
- La foule…reprend-t-elle. Ils vont tirer. Tirer, tu entends ? Et son murmure était le crépitement d’une braise qui bientôt allait enflammer la forêt. Ils vont tirer sur la foule.
Le temps s’arrête. Un battement.
Une rafale. Des hurlements. De rage. De douleur. De haine. De mort. Un geyser de sang éclabousse l’avenue, tandis que les corps s’abattent sans résistance. Une autre rafale. D’autres hurlements. La marée noire se disperse, aspergée d’une volée meurtrière. L’odeur de brûlé empoigne la gorge. Un instant, une seconde. Un battement.
Je fixe la vieille. La vieille me fixe. Nous sommes sur les deux rives du temps, entre nous jaillit la marée humaine. Ses ongles s’enfoncent dans ma chaire et j'ai su, dans ce subit flux de haine, que la vieille savait. Clairement, dans son regard, je lis l’effroi de ceux qui détiennent la vérité. C’est une confession qu’elle me fait malgré elle. Soudain, elle baisse les yeux, blême. Soudain, elle a su que je savais. A cet instant, nous étions deux femmes, louves de la meute, puissantes et colossales.
Le temps s’envole. Un battement.
La vieille lâcha son emprise, mon bras saignait. Ma respiration s’arrête brusquement, un silence lourd me happe le cerveau tandis que les pièces du puzzle se mettent en place. La fresque se dessine très nettement…
Des voix précédèrent aux pas, escaladant les marches de l’étage. Ulysse apparut à la porte.
- Le président vous demande, madame…
Le carillon du téléphone retentit. Ulysse décrocha. Un grésillement. Une voix.
- Le jeune homme vous demande, madame…
Le temps, un battement…
A suivre…
20:32 Ecrit par Mialy | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : roman
Commentaires
Ecrit par : Salma | 06 octobre 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : klem | 06 octobre 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Rijiva | 07 octobre 2009
Répondre à ce commentaireContinue, continue.
Ecrit par : Dadacoul | 07 octobre 2009
Répondre à ce commentairePS : Mon cerveau est très bien comme il est. Le tien me parait légèrement borné. :)))
Ecrit par : Mialy s'en fout | 07 octobre 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Anna | 07 octobre 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Mialy s'en fout | 07 octobre 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Ianja | 07 octobre 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Anna | 07 octobre 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Ianja | 07 octobre 2009
Répondre à ce commentaireTapahako ny accès an'i Anna sy Ianja hatramin'ny rahampitso amin'ny 10 maraina fa je sens que vous allez polluer le billet de vos sottises. Déjà, le blog ploie sous les miennes. Aza tezitra a :)))))
Veloma tafandriamandry tompoko :)
Ecrit par : Mialy s'en fout | 07 octobre 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Ianja | 08 octobre 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Rajiosy | 08 octobre 2009
Répondre à ce commentaireDe fil en aiguille rss, j'ai aussi découvert ce blog : http://annearchet.wordpress.com/ , que je te recommande. Ses idées se discutent mais son coup de plume est remarquable.
Ecrit par : Rondro | 09 octobre 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Anna | 09 octobre 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Anna | 09 octobre 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Anna | 09 octobre 2009
Répondre à ce commentairemisy boky teny @ Haute ville koa t@ 1996 an'i Jean ZERLAUTH "le casse des affreux ou le feu au Rova de Madagascar" afaka ampindramiko rehefa mifanena isika (tsy de tena misy fitia firy fa vazaha tonga no ao de intrigues vitsivitsy)...
tohizo moa, tiako be, miandry ny version complète ny mpankafy
Ecrit par : isaievitch | 10 octobre 2009
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