12 février 2009

Bris de silence

Ce qui suit est paru dans "Les Nouvelles" le 18.10.08, au plus fort de l'Obamania. Au regard des ennuis que nous avons aujourd'hui, c'est peut-être un édito prémonitoire? Extrait.

"...Ce fut en tout cas une campagne ( électorale ) superbement pêchue, succulente d’insolence et tapageuse à souhait : seul le silence aurait été encombrant. Exactement ce qu’à Madagascar, nous n’aurons pas avant longtemps. Le contexte de la campagne a sans doute exacerbé les jugements, mais il est clair que l’Amérique n’est pas aphasique. Il y a aussi tout un antipode de tempéraments entre District de Columbia (DC) et Antananarivo : l’un est nerveux, démonstratif et même spectaculaire, l’autre tranquille, réservé, un peu comateux. Car DC est pionnier, Antananarivo, insulaire. Mais si autant d’implication individuelle et collective dans la vie nationale nous est encore impossible ou impensable, c’est aussi le fruit de nos décennies de désistement. L’Opposition est taxée de fragilité, le pouvoir est étiqueté de dictateur : c’est là, assez d’arbres pour cacher la forêt de nos désengagements de citoyens. Après tout, si une démocratie aussi bancale peut exister, c’est que le silence est assez assourdissant pour la couvrir.

Et viendra un temps rude où le «sarom-bilany» voudra exploser au cœur d’une marée humaine, place du 13 mai. Les espoirs évanouis et les colères refoulées seront catapultés d’un coup, au nom de tous les idéaux et avec assez de violence pour venger l’omerta volontaire. La fuite de nos engagements d’aujourd’hui voudrait excuser, demain, que l’on fasse sauter bruyamment le bâillon qu’on s’est gentiment accordé. Et on appellera cela la démocratie…

S’il y a une leçon à tirer de cette campagne américaine, ce serait celle des prises de positions de l’homme de la rue : qu’elles soient justes, qu’elles soient osées, qu’elles soient insolentes mais qu’elles soient. Des positions qui ne seront plus seulement celles d’une Opposition qui roule cahin-caha ni celles d’une mouvance séide, mais celles d’un citoyen, d’une société civile et surtout d’une jeunesse. C’est une utopie qui fera des vieux os tant qu’à la base, l’éducation citoyenne, reste poreuse. La réforme des écoles aurait été plus inspirée, si à long terme elle transformait cet aspect de l’éducation. Pour que, dans quelques années, on ait enfin de simples Vous-et-moi, libres mais concernés, pour balayer les bris de silence."

"Bris de silence"

Les Nouvelles

18.10.08



Commentaires

clap clap clap clap clap clap clap clap clap clap clap clap clap clap clap vclap clap clap clap
prends soin de toi mialy ;)

Ecrit par : joan | 12 février 2009

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tena maha tonga saina e!!!!, misaotra nanisy fouet kely dans la vie de tous

Ecrit par : sipagasy | 12 février 2009

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C'est bien ce que je disais: on n'écoute jamais ni les journalistes sérieux ni les intellectuels, jusqu'à ce que les choses aillent mal, et même lorsque les choses vont mal on les écoute encore à peine. Peut-être parlons nous un langage trop abscons ??? C'est pourquoi je continue à prêcher l'anarchie à défaut de communication efficace.

Si vis pacem para bellum,
Ny tolona tsy maintsy mandresyyy !!!!!!

Ecrit par : Ariel | 12 février 2009

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Moi, on ne m'écoute pas. On n'a pas vraiment tort, parce que je ne suis ni journaliste sérieuse, ni intello. Je dis trois âneries sur deux. Pour le coup, miara-diso daholo isika 21 tapitrisa, za voalohany ( satria raha mba nisaina kely aho dia tokony nikiakiaka mafy ny fanahiako fa tsy nosoratako fotsiny). Dia Ra8 sy TGV diso manaraka ahy :)))

Ecrit par : Mialy s'en fout | 12 février 2009

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Je remercie Jogany pour le lien. C'est une claque que nous méritons tous !!!

Ecrit par : Mia | 12 février 2009

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miaraka faute marina ... jerem-potsiny ohatran'ny tany nalavoana ?

Ecrit par : jerem-potsiny | 12 février 2009

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Une autre lecture des événements:
http://temoignagesmalgaches.org/2009/02/08/a-qui-la-faute/

Ecrit par : Ariel | 12 février 2009

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merci pour cet extrait mialy, édito édifiant, qui l'a écrit ?

Ecrit par : Laura | 12 février 2009

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c SON édito à elle, c une voyante, cette fille! ;))) sao dia nikonokonona izao rehetra izao ary indry ry Mialy ?
allez, biz. Je vais rentrer au pays dans une semaine, je ne sais pas ce qui m'attend!!!

Ecrit par : Anna | 13 février 2009

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Oui, visiblement Mialy est une journaliste très sérieuse et visionnaire qui plus est, mais qui arrive sans peine à se prendre à la légère. J'ajouterai juste que les journalistes de l'Express de Madagascar et même Jean-Eric Rakotoarisoa avaient déjà aussi prédit cette crise à peu près à la même date que cet édito mais eux aussi, on ne les a pas écoutés. Bon bref.

Ecrit par : Ariel | 13 février 2009

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Je me suis toujours dit que tu écrivais très bien, mais là, franchement chapeau. Tu ne voudrais pas créer une école de journalisme, histoire de tirer vers le haut tant au niveau analyse qu'au niveau style (et verve), tes quelques autres collègues qui s'expriment tant bien que mal dans les quotidiens ?
Encore bravo.

Ecrit par : galasax | 17 février 2009

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Bonjour,
Il'y a une Communiqué qui propose une autre solutions pour améliorer la participation politique à l'avenir.
Que pensez-vous? A nous de discuter...


Amélioration de la participation politique par l'internet
Pour soutenir la paix et le progrès à Madagascar nous proposons les idées suivantes:
www.madagaskar-vision.de/communique.html

Ecrit par : ParticipationDemocratique | 17 février 2009

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Hmm, je ne vois pas trop comment concrétiser un tel projet, mais pourquoi pas ! En tout cas l'idée m'enchante...

Ecrit par : Ariel | 17 février 2009

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il y'en a déjà des examples dans des autres pays: Kenya (www.mzalendo.com), Allemagne (www.abgeordnetenwatch.de), USA (www.opencongress.org), Autriche (www.meinparlament.at, etc,.etc.) Ca marche sans problèmes. La technique existe, on a besoin d'un peu d'argent (on peut très probablement organiser ca) et on a besoin des citoyens qui veulent s'engager avec un peu de temps. C'est le principe de Internet: Tout le monde donne un peu de temps pour une grande chose.

Ecrit par : ParticipationDemocratique | 17 février 2009

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Bjr. Juse passé pour vous mettre ceci au cas où vous ne l'aurez pas encore lu.
MADAGASCAR: Déconstruction d’une crise - Première partie

JOHANNESBOURG, 18 février 2009 (IRIN) - Le bras de fer entre Marc Ravalomanana, président de Madagascar, et le charismatique Andry Rajoelina, maire destitué d’Antananarivo, la capitale, a déjà fait plus d'une centaine de morts depuis le 26 janvier : que cachent ces violences et que va-t-il se passer à présent ?

Dans cette série en deux volets, IRIN a demandé à trois analystes d’examiner cette dangereuse impasse politique, au cours de laquelle M. Rajoelina a su inciter ses partisans à descendre dans les rues d’Antananarivo pour réclamer la destitution de M. Ravalomanana, dont ils dénoncent les méthodes de gouvernance « autocratiques ».

Les trois analystes sont :
• Richard Marcus (RM), directeur du programme d’études internationales de la California State University, aux Etats-Unis.
• Solofo Randrianja (SR), professeur d’histoire politique à l’université de Toamasina, à Madagascar.
• Stephen Ellis (SE), professeur à la faculté des sciences sociales de l’Université libre d’Amsterdam et chercheur principal au Centre d’étude sur l’Afrique, à Leyde, aux Pays-Bas.

Les racines

Stephen Ellis : « Marc Ravalomanana lui-même a utilisé la mairie d’Antananarivo comme tremplin pour mener son opposition en 2001 [lorsqu’il a gagné les élections présidentielles, mettant ainsi un terme aux 23 années de régime de Didier Ratsiraka]. De plus, depuis les années 1960, la tradition veut qu’Antananarivo soit le siège de l’opposition nationale. Andry Rajoelina agit dans le respect d’une tradition établie.

« Les événements de 2001-02 portaient à croire que le [caractère communautaire] avait perdu l’attrait politique qu’il avait depuis les années 1950 [les politiciens de Madagascar ont souvent exploité l’ethnicité, opposant les "Merina" des hautes terres, aux "Côtiers", majoritaires dans les régions du littoral]. Le fait que les deux hommes [MM. Ravalomanana et Rajoelina] viennent des hautes terres laisse penser que [ce facteur] continue de perdre de l’importance ».

Richard Marcus : « Il y a là quelque chose d’important, pour deux raisons : la base de soutien de M. Rajoelina s’est créée au cœur même de celle du président Ravalomanana, d’un point de vue ethnique, mais aussi, et c’est peut-être encore plus important, d’un point de vue géographique. M. Rajoelina a su rassembler d’anciens partisans mécontents de M. Ravalomanana dans la sphère politique.

« Il a également rassemblé les anciens partisans insatisfaits du Président dans le secteur des affaires [les opposants du Président dénoncent un conflit d’intérêt entre les activités personnelles de M. Ravalomanana dans le monde des affaires et son rôle de président], qui sont extrêmement mécontents du groupe Tiko [le plus grand conglomérat alimentaire de l’île, qui appartient à M. Ravalomanana].

« M. Ravalomanana a été l’un des premiers politiciens malgaches à transcender le clivage Merina/Côtiers. Il l’a fait en se servant de ses ressources personnelles pour transformer son réseau national d’affaires en un réseau politique. Célèbre à l’échelle régionale, il s’est hissé très rapidement, grâce à cela, au premier plan national, en 2001. M. Rajoelina est un chef d’entreprise, mais il ne dispose pas d’un tel réseau national ; il n’a pas les fonds personnels nécessaires et, à 34 ans, il n’a pas l’expérience ni l’habileté qu’il faut pour réussir cela ».

Solofo Randrianja : « L’élection de M. Rajoelina à la mairie de la capitale était un avertissement pour M. Ravalomanana et son régime, il y a un an. La ville d’Antananarivo et ses provinces abritent la majorité des électeurs... donc, c’est un facteur important. M. Ravalomanana et son régime avaient été avertis sur certains aspects de [leurs antécédents en termes de gouvernance]. Alors, derrière l’élection de [M. Rajoelina], il y avait une aspiration au changement démocratique ».

L’armée n’intervient pas

RM : « C’est merveilleux de voir à quel point l’armée a été disciplinée, à Madagascar, au fil des années. Les mouvements sociaux ne peuvent avoir lieu que parce que l’armée reste dans ses casernes. Bien sûr, en 2002, un clivage s’est formé au sein de l’armée entre les partisans de M. Ravalomanana et ceux de M. Ratsiraka... Mais le bilan des morts, relativement léger compte tenu de l’ampleur du conflit, a montré à quel point l’armée pouvait se contenir. [Sept mois de violences avaient suivi les élections présidentielles de décembre 2001, jusqu’à ce que la Cour suprême soutienne la victoire de M. Ravalomanana et que M. Ratsiraka fuie en France].

« La possibilité d’une "troisième voie" avait été brièvement évoquée en 2002 – en gros, un coup d’Etat qui aurait stabilisé le pays jusqu’à ce que de nouvelles élections puissent être organisées. Ce sont les dirigeants de l’armée eux-mêmes qui avaient rejeté cette option. Cette retenue militaire est bien visible aujourd’hui ».

SR : « [Le gouvernement veut] réformer l’armée : en retirant les généraux vieillissants, dont bon nombre demandent à partir à la retraite. Un colonel gagne autant qu’un simple policier, par exemple. Cela explique pourquoi l’armée n’a rien fait le 26 janvier, lorsque [des manifestants] ont commencé à se livrer à des pillages. L’armée est profondément divisée ».

Exploiter le désespoir des Malgaches

RM : « Un grand nombre de mes collègues ont soulevé des questions importantes sur la pauvreté qui continue de régner dans le pays et le programme de réforme économique. Ce n’est pas que je ne sois pas d’accord, mais je voudrais juste nuancer ces propos. Madagascar n’est pas en plus mauvaise posture qu’en 2002. La pauvreté a même diminué, et les indicateurs économiques globaux ont considérablement augmenté. Mais le facteur de déstabilisation, c’est la répartition.

« Le MAP [Plan d’action Madagascar, la stratégie nationale de réduction de la pauvreté] était un point de la ligne politique adoptée par le TIM [le parti "Tiako-I-Madagasikara" – "J’aime Madagascar" – de M. Ravalomanana] et un programme caractéristique de M. Ravalomanana. Cette approche descendante peut faire du Président un héros, s’il réussit.

« En revanche, si les résultats tardent à venir, étant donné, en particulier, que [la population a] l’impression que certaines personnes importantes s’enrichissent ou que cette approche sert les intérêts de certains dans le secteur privé, le mécontentement va croître. M. Ravalomanana a passé une très longue lune de miel. C’est terminé. Il n’y a pas eu de résultats tangibles pour le citoyen moyen, et la population est terriblement mécontente de cela ».

SR : « M. Rajoelina manipule le prolétariat d’Antananarivo. [Il exploite] cette misère, réelle, qui [touche] en particulier les jeunes. Chaque année, 500 000 personnes arrivent sur le marché du travail. Elles ne profitent pas des avantages des politiques d’ultra-libéralisation que [M. Ravalomanana] a choisies pour développer l’économie ».

Un manque de choix

SR : « M. Rajoelina est de plus en plus isolé, et ses fonds s’amenuisent. Il a désormais été contraint d’adopter une position extrême. M. Ravalomanana n’a pas besoin de négocier, M. Rajoelina est isolé. M. Ravalomanana tente de répondre à des griefs légitimes sur la corruption, etc. Pour les gens qui vivent [à Madagascar], il y a une grande différence entre aujourd’hui et les précédents régimes ; mais la corruption ne disparaîtra pas du jour au lendemain ».

SE : « On ne sait pas vraiment ce que M. Rajoelina va pouvoir faire à présent ; dans un sens, M. Ravalomanana et lui vont tous deux sortir perdants de la crise actuelle. Des violences pourraient aisément éclater dans les chefs-lieux des provinces, à Mahajanga [ouest] ou à [Antsiranana, nord], par exemple.

« En ce qui concerne M. Rajoelina, on ne sait pas s’il jouit d’un soutien international ; les puissances étrangères semblent soutenir le Président actuel, qui après tout a été légitimement élu et qui en outre ne risque guère d’être renversé, à court terme, semble-t-il ».

RM : « À la fin du mois de janvier, [M. Rajoelina] réalisait des avancées considérables. On aurait dit qu’il allait peut-être pouvoir s’appuyer sur l’opposition modérée pour se créer une base [de soutien] nationale. D’ailleurs, il semblait tenter de reprendre un grand nombre de tactiques déjà utilisées par M. Ravalomanana en 2001.

« Stratégiquement, M. Ravalomanana a donc dû agir rapidement. Il ne pouvait pas arrêter M. Rajoelina, car cela aurait fait de lui un martyre et lui aurait donné raison [de dénoncer « l’autocratisme » de M. Ravalomanana], mais il l’a destitué [M. Rajoelina a été démis de ses fonctions de maire le 3 février]. M. Rajoelina, pour sa part, a trop présumé de sa situation.

« Le tournant a eu lieu lorsqu’il s’est décrété "responsable" [du gouvernement] après avoir répété pendant plusieurs semaines qu’il ne souhaitait pas diriger le pays, mais plutôt défendre les populations pour apporter des changements au gouvernement de M. Ravalomanana, ou pour créer un gouvernement de transition dirigé par quelqu’un d’autre. Du jour au lendemain, il a perdu les trois quarts du soutien dont il jouissait de la part du peuple. La construction d’une base [de soutien] nationale viable était désormais compromise.

« Ce qui est important, ici, bien que les choix qui s’offrent à M. Rajoelina soient aujourd’hui de plus en plus limités, c’est que celui-ci a exploité un malaise vaste et croissant. Même les partisans de M. Ravalomanana le voient comme une force centrifuge. [M. Ravalomanana] est un réformateur, mais la transparence de la gouvernance s’est émoussée, les libertés politiques ont diminué, et il a amalgamé les secteurs privé et public de manières novatrices qui ne sont pas profitables pour Madagascar, ni ne sont perçues comme telles.

« Ces questions de gouvernance ont amené l’Union européenne et la Banque mondiale à suspendre leur soutien budgétaire à M. Ravalomanana en décembre. C’est très important, parce qu’une bonne partie de la force acquise par M. Ravalomanana ces quelques dernières années lui venait du soutien international indéfectible dont il jouissait. M. Rajoelina, quant à lui, jouit d’un très large soutien dans ses critiques envers le gouvernement ; mais il ne peut tout simplement pas mettre l’alternative à exécution. En revanche, il a ouvert la voie, pour que quelqu’un le fasse.

« En deux mots, les choix qui s’offrent à M. Rajoelina sont en train de disparaître rapidement, mais il a acculé M. Ravalomanana. Soit M. Ravalomanana va devoir commencer à changer ses méthodes de gouvernance [de façon à assurer à la fois plus d’inclusivité et plus de transparence], soit il va devoir centraliser davantage, à un point qui équivaudra à une régression démocratique considérable ».


Ici le lien :
http://www.irinnews.org/fr/ReportFrench.aspx?ReportId=82999

Ecrit par : Mialy s'en fout | 23 février 2009

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Et encore ceci :

MADAGASCAR: Déconstruction d’une crise - Deuxième partie

JOHANNESBOURG, 20 février 2009 (IRIN) - Le bras de fer entre Marc Ravalomanana, président de Madagascar, et le charismatique Andry Rajoelina, maire destitué d’Antananarivo, la capitale, a déjà fait plus d'une centaine de morts depuis le 26 janvier : que cachent ces violences et que va-t-il se passer à présent ? Cet article est la dernière partie d’une série en deux volets, dans le cadre de laquelle IRIN a demandé à trois analystes d’examiner l’impasse politique malgache.

Pour lire la première partie, cliquez ici.

Les trois analystes sont :
• Richard Marcus (RM), directeur du programme d’études internationales de la California State University, aux Etats-Unis.
• Solofo Randrianja (SR), professeur d’histoire politique à l’université de Toamasina, à Madagascar.
• Stephen Ellis (SE), professeur à la faculté des sciences sociales de l’Université libre d’Amsterdam et chercheur principal au Centre d’étude sur l’Afrique, à Leyde, aux Pays-Bas.

Andry Rajoelina a-t-il trop présumé de sa situation ?

Richard Marcus : « M. Rajoelina semblait bien placé pour lancer un mouvement social. A Madagascar, il est possible de mesurer le changement politique avec les mouvements sociaux, petits et grands. Mais la grosse différence entre 2002 [année d’arrivée au pouvoir de M. Ravalomanana, à la suite d’une victoire électorale chaotique] d’une part, et 2009, d’autre part, c’est que M. Rajoelina a commencé à éroder la viabilité du gouvernement sans offrir d’alternative véritable.

« Il ne cesse de réclamer la formation d’un “gouvernement de transition”, mais on ignore vers quoi doit mener cette transition. M. Rajoelina est jeune, sa base de soutien n’est pas assez importante dans la capitale, et il n’a presque pas de base en dehors de la capitale ; il n’a pas les ressources dont disposait M. Ravalomanana en 2002, ni l’expérience nécessaire pour mener un mouvement.

« Là où il y a une vraie contestation du régime, en particulier dans la capitale, les germes d’un coup d’Etat ont été semés. Cela n’est pas arrivé. Il est fort peu probable que cela arrive ».

Stephen Ellis : « Il devient difficile d’envisager une issue dans les circonstances actuelles. Les derniers événements ont gravement sapé la légitimité du président M. Ravalomanana. Mais à mon sens, [M. Rajoelina] n’a presque aucune chance de prendre le pouvoir, à moins qu’un processus électoral ne soit engagé. S’il devait quitter la scène politique, avec le temps, la grogne finirait certainement par trouver un autre moyen ou un autre leader pour s’exprimer ».

Solofo Randrianja : « M. Ravalomanana négocie avec différents partenaires sur la manière de neutraliser un mouvement social [confiné à] certains quartiers de la capitale. Maintenant, pour avoir la paix et la tranquillité, la majorité de la population est prête à donner carte blanche à M. Ravalomanana ».

Chronologie d’une impasse politique



26 janvier (2009) : Andry Rajoelina, maire d’Antananarivo, mène des manifestations contre le gouvernement. Les violences et les pillages qui s’ensuivent font jusqu’à 40 morts.

28 janvier : Des milliers de partisans de l’opposition descendent dans la rue une nouvelle fois pour protester contre le président Marc Ravalomanana.

3 février : M. Rajoelina est démis de ses fonctions de maire d’Antananarivo.

4 février : Les foules manifestent pour protester contre la destitution du maire. M. Rajoelina réitère ses plans d’instaurer un gouvernement de transition.

7 février : La garde présidentielle ouvre le feu sur des milliers de partisans de l’opposition, mobilisés par les appels de M. Rajoelina à la formation d’un gouvernement de transition. L’incident fait au moins 28 morts et plusieurs centaines de blessés.

10 février : MM. Ravalomanana et Rajoelina consentent à engager des pourparlers sous les auspices des Nations Unies.

16 février : Les forces de sécurité déployées dans la ville interdisent à des milliers de manifestants l’accès aux ministères.

17 février : L’armée s’engage à ne pas s’emparer du pouvoir.
19 février : Les représentants de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) arrivent à Madagascar pour faciliter les négociations entre le président et son rival.

Derrière le mouvement

RM : « Il n’est pas surprenant que M. Rajoelina ait pu mobiliser 40 000 partisans, le 17 janvier. Ce qui est surprenant, en revanche, ce sont les violences qui se sont ensuivies. Pour que le mouvement de M. Rajoelina devienne plus violent au-delà des portes d’Antananarivo, celui-ci devrait pouvoir se bâtir une base de soutien rapidement, tout en esquivant le soutien populaire croissant en faveur de son arrestation. Cela semble peu probable.

« M. Rajoelina a essayé de rejouer janvier 2002 en janvier 2009, mais avec M. Ravalomanana dans le rôle de l’ancien président Didier Ratsiraka [évincé par M. Ravalomanana après 23 années de régime] : l’antidémocrate, l’oppresseur, un fléau pour le peuple. Mais il y a des différences de taille : M. Rajoelina ne jouit d’aucune légitimité électorale, et avant tout, M. Rajoelina n’est pas un leader national. Il est l’aimant qui attire une multitude de leaders et de petites gens qui n’ont guère d’autre point commun que leur mécontentement.

« M. Rajoelina a formé un véritable club du « tout sauf Ravalomanana », qui englobe à la fois le vieux mouvement radical, et le mouvement modéré. Il ne jouit pas d’un large soutien, mais il a plongé de solides racines dans le secteur privé et la société civile. Ce que peut faire M. Ravalomanana, c’est changer le statu quo et ouvrir le gouvernement à la concurrence politique ».

SE : « Roland Ratsiraka, neveu de l’ancien Président, s’est allié à M. Rajoelina. L’émergence de l’opposition dans les grandes villes de provinces porte également à croire que les politiciens provinciaux de l’ère Ratsiraka se servent des événements actuels pour tenter un retour ».

RM : « Indirectement, [Didier Ratsiraka] est un facteur. C’est d’ailleurs parce qu’un discours de M. Ratsiraka a été diffusé sur Viva [le réseau radio/TV de M. Rajoelina] que la chaîne a été fermée par M. Ravalomanana en décembre. C’est cette mesure qui a marqué le début du conflit. Les vieux politiciens sont eux aussi des facteurs indirects. La “vieille garde” est trop vieille, mais M. Rajoelina est devenu l’élément fédérateur de la nouvelle génération d’opposition ».

Pression internationale

SE : « On ne sait pas si M. Rajoelina jouit d’un soutien international ; les puissances étrangères semblent soutenir le Président actuel, qui après tout a été légitimement élu et qui en outre ne risque guère d’être renversé, à court terme, semble-t-il ».

SR : « Les investisseurs vont se montrer plus prudents à l’avenir, c’est certain. Les partenaires internationaux ne peuvent pas soutenir un mouvement qui érige un gouvernement parallèle illégal ».

RM : « La décision de la Banque mondiale et de l’Union européenne de suspendre leur soutien budgétaire en décembre [2008] était un bon premier pas pour reconnaître le pouvoir de la communauté internationale et faire pression sur M. Ravalomanana afin de l’obliger à opter pour la réforme plutôt que pour une nouvelle centralisation. Le défi lancé par Andry TGV [le surnom de M. Rajoelina] est un début, pas une fin, et ce, même si celui qui a lancé le défi finit lui-même par être relégué [au rang d’acteur dans] un épisode de violence passagère ».

Changer le statu quo

RM : « Que pourrait faire M. Ravalomanana pour changer le statu quo et ouvrir la voie à la concurrence politique ? Il pourrait ouvrir grand les portes à un véritable audit du secteur minier et du secteur pétrolier émergent. Avant tout, peut-être, M. Ravalomanana pourrait cesser de modifier les institutions malgaches pour servir ses intérêts : au contraire, ce sont ses propres intérêts qui devraient changer de façon à renforcer les institutions, qui survivront bien au-delà de son mandat. Il pourrait par exemple assurer, dans le cadre des processus budgétaires, plus de transparence et de cohérence entre les autorités étatiques, régionales et communales. Il peut faire beaucoup de choses.

« L’autre approche que le président Ravalomanana pourrait adopter serait de réduire encore davantage la transparence et la concurrence. Cette attitude de fermeture limiterait les contestations futures de son autorité, mais c’est un jeu dangereux. Il risquerait de radicaliser une opposition qui n’a pas d’objectif central, pas de consensus entre ses dirigeants, et pas les moyens de participer à un processus institutionnel.

« S’il est vrai que M. Rajoelina a perdu son impulsion, et qu’il se dirige déjà vers l’isolement, il est en revanche possible qu’une opposition radicale fasse perdre au gouvernement son pouvoir de gouvernance sans prévoir de mode de succession clair ».



Ici le lien : http://www.irinnews.org/fr/PrintReport.aspx?ReportId=83044

Ecrit par : Mialy s'en fout | 23 février 2009

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