24 janvier 2009
Une quête de démocratie
Cette crise politique, si elle perdure, vous donnera assurément d’excellents dons de navigation. Mais une navigation à vue d’oeil ou à l’aveuglette. C’est un déjà-vu qui laisse perplexe : d’un côté comme de l’autre, les eaux sont troubles.

Pour l’heure, la fresque politique est faite d’un Marc Ravalomanana aux affres d’une impopularité furieusement grandissante après avoir été tout aussi audacieusement encensé ; d’un régime désormais mieux connu pour ses décisions contestables que ses efforts déployés ; d’une Opposition abstraite et fragile ; d’un Andry Rajoelina porté à bout de bras, malgré ses motivations imprécises et malgré certains membres de son entourage politique qui laissent à désirer. En définitive, de si peu d’hommes et de femmes politiques convaincants, d’une société civile plus ou moins entendue, d’une presse que l’on voudrait pravdaïsée et d’un « grand public » tiraillé entre les flots.
À défaut d’une véritable culture politique, ce grand public se rabat sur la bonne vieille offuscation des éternelles victimes, le ton toujours plus haut, la prudence toujours bradée. On hurle au scandale, on appelle au soulèvement, à la rue, à Dieu et aux saints. D’autant plus que dans ce bras de fer, les « mots de trop » entretiennent la zizanie, bien qu’ils soient en réalité plus divertissants que choquants.
Bien plus qu’un sursaut, cette crise est un rappel cruel des leçons que nous n’avons pas apprises de nos propres erreurs. Et visiblement, on s’apprête à sauter pieds joints dans le même panneau : il est clair maintenant que le bon Dieu sans confession ne devait pas être accordé au premier venu. Mais pourquoi devrait-il l’être au second ? Et surtout, devrait-il encore l’être à qui que ce soit ? Car curieusement, et malgré les déboires des chèques en blanc et des vestes retournées, les discours exaltés, partisans sans concession, affidés sans réserve, ont pris le relais. C’est tout blanc, c’est tout noir, c’est très bon ou très mauvais. Ainsi faisait-on en 2002, ainsi fait-on en 2009. Sept années n’ont apparemment pas suffi pour se faire un « sang-froid » : la rue est devenue le chemin forcé, la menace, le recours incontournable. Et au bout, une implosion qui n’est pas forcément utile.
Il y a sûrement une juste manière de se faire comprendre, en dehors des intimidations un peu trop faciles et de la condescendance maladroite. En attendant un peu de sang-froid, on en est tous là, en train de naviguer à vue d’œil ou à l’aveuglette. Et on appelle cela « une quête de la démocratie »…
Mialisoa Randriamampianina
08:00 Ecrit par Mialy dans Manchette | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : démocratie à la con
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