27 juin 2008

L'Afrique en proie à la violence

En proie aux conflits incessants qui laissent ses populations dans la détresse, l’Afrique a fait de la sécurité un défi de tous les instants. Comprendre l’explosion des conflits armés sur le continent, c’est aussi saisir la complexité des Etats africains…

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 « Ces 25-30 dernières années ont fait apparaître un nouveau concept de défense en Afrique. C’est un changement radical, conséquence de cette violence croissante qui mine le continent, du monopole d’Etats dans plusieurs régions ainsi que du recours systématique à la force plutôt qu’au dialogue ». Le Pr Medhane Tadesse, du centre de recherches politiques d’Addis Abeba, résume ainsi la position délicate du continent noir au cours de ce dernier quart de siècle.  


Faillite de l’Etat

Pour expliquer la recrudescence de la violence en Afrique, le Pr Medhane Tadesse évoque l’absence de culture démocratique et remet surtout en cause « la nature de l’Etat africain» : « Dans le fond, je ne dirai pas que c’est un problème de démocratie mais un problème lié à la nature même de l’Etat africain lorsqu’il est illégitime, non représentatif et donc peu crédible. Beaucoup d’Etats en Afrique se considèrent comme un messie pour leur population et  font fi du processus et de la culture démocratiques. C’est une façon de faire non démocratique que l’on exécute au nom de la démocratie. »

Le Dr Tony Karbo, enseignant chercheur à l’université de la paix de la capitale éthiopienne, adhère à cette idée. Il explique : « L’Afrique a toujours eu du mal à se créer un Etat solide. Dans ce continent, beaucoup d’éléments comme les problèmes ethniques, les intérêts économiques, les partenariats politiques, les lobbyings sur le foncier… prennent le pas sur la volonté de développer les pays. L’ethnie reste une des grandes causes de conflits en Afrique. Les génocides rwandais témoignent de l’ampleur des rivalités qui naissent entre les populations d’origines différentes».

Une économie désorganisée


Cette faillite de l’Etat se conjugue avec celle de l’économie. Dans l’impasse, plus d’un se voit incapables d’assurer les biens et services à la population et empruntent plus qu’ils ne peuvent rembourser. La dette perpétuelle devient alors un important facteur de crise économique, qui aboutit à une instabilité sociale. « C’est un cycle de pauvreté qui a amené certains pays, comme le Mozambique, à une véritable insécurité », affirme le Dr Karbo. Mais cet enseignant chercheur pointe aussi le doigt sur la négligence des gouvernants. « Les signes de ces crises se font percevoir 10, 20 voire 30 ans à l’avance comme c’est le cas de l’inflation galopante au Zimbabwe. Mais les initiatives pour les freiner sont lentes, parfois inexistantes », critique-t-il.

Chômage, problème d’éducation, absence d’infrastructures prioritaires comme les hôpitaux, les routes, les canaux d’adduction d’eau … Les conditions sont réunies pour que germent les conflits sociaux. Des conflits appuyés par la prolifération d’armes qu’alimente l’exploitation illégale des ressources minières telles que les pierres précieuses.
 

« Blood diamond »


L’exploitation illicite des ressources naturelles et minières est à l’origine de nombreux trafics d’armes sur le continent. Dans les sites d’extraction, la violence, l’esclavagisme et la torture sont les maîtres mots. Ces dix dernières années, le trafic de diamant équivaut à 40 millions de dollars par an, illégalement investis dans l’acquisition d’armes. Des armes, devenues autant une nécessité pour ces Etats en faillite que pour la population aux abois, à l’exemple de la Somalie qui, entre 1997 et 1999, a importé quelque 18 milliards d’armes accessibles aux simples citoyens. Durant la guerre froide, le continent entier a mobilisé un peu moins de 20 millions de dollars pour l’achat de petites armes. « Lorsque des armes sont à la portée d’une population privée de tout et insatisfaite de ses conditions d’existence, l’insécurité a trouvé son plus sérieux bastion », conclut le Dr Tony Karbo.
 
Appel à la responsabilité des membres de l'Union  
 
Créée en 2000, l’Union africaine qui compte 53 membres remplace l’ancienne Organisation de l’unité africaine (Oua). Fondée sur le modèle de l’Union européenne, cette organisation est la première responsable du maintien et de la sauvegarde de la sécurité sur le continent. Elle dispose d’un Conseil de paix et de sécurité (CPS) composé de 15 États dont la mission est de préserver la paix et la sécurité dans ses frontières et de promouvoir la diplomatie préventive.

Contrairement à l’OUA qui prônait le respect de la souveraineté de ses Etats membres et la non-ingérence, l’UA s’accorde le droit d’ingérence dans certaines situations extrêmes tels que les crimes de guerre et les génocides. « De fait, l’Afrique est à ce jour le seul continent à posséder une politique commune de reconstruction post-conflit ou PCRD», affirme Dr Naison Ngoma, l’un des experts du PCRD au sein de l’ISS de Pretoria, Afrique du Sud.

Mais l’Union africaine manque de moyens humains et financiers pour assumer une telle mission, ce qui handicape largement ses capacités à agir sur le terrain. En raison de l’étendue des conflits, « le PCRD s’avère plus lourd pour le budget de l’Union africaine que si l’on avait misé sur la prévention des violences », souligne l’expert.



Payez les cotisations !

Cette insuffisance de moyens rend l’organisation vulnérable. « Il faudrait, que les Etats membres prennent leur responsabilité et s’acquittent par exemple de leur cotisation. C’est une volonté politique dont nous avons besoin ». », rappelle le Dr Ngoma. « Ces problèmes financiers font que, pour pouvoir décider et agir, l’Union africaine reste dépendante de ressources étrangères, de l’Union européenne et des Nations unies. »

Une dépendance qui rend la pacification encore plus difficile, dénonce le Dr Abdel Haireche, expert de l’Union africaine. « Les Nations unies, pour leur part, ne sont pas assez proactives dans la prévention des conflits en Afrique. Les réactions sont tardives, les négociations prennent du temps. On a parfois l’impression que les émissaires ne sont envoyés que là où la paix est en voie d’être rétablie. Ce qui est un comble quand on sait qu’à travers sa Charte, l’organisation a toute légitimité pour agir ».
 

08:50 Ecrit par Mialy dans AfriK | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note

Commentaires

Et que fait l'UA dans tout ça?

Ecrit par : Anna | 27 juin 2008

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tu peux attendre deux secs? mametraka an'lé tohiny za fa elaela lé izy. lasa lava be le billet avy eo fa bof.

Ecrit par : Mialy s'en fout | 27 juin 2008

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voila c fait Anna, ça ne répond pas à ta question, mais la situation de l'UA actuellement explique pourquoi tu as l'impression qu'il faut que tu poses cette question :) Personnellement, je ne vois pas tellement la différence entre l'Union africaine telle qu'elle est aujourd'hui et l'OUA.

Madagascar, à cause (et grâce à ) son insularité de Madagascar a toujours été préservé de ces combats continentaux. Mais nous appartenons à l’Union africaine et accueillons d'ailleurs le sommet de 2009. Aujourd'hui, il me semble irresponsable de toujours se considérer hors d'atteinte de cette vague d'insécurité dans la mesure où le contexte régional et international représente de nouveaux enjeux. Les terres, l’eau, la production agricole, incarnent le nouveau visage de l'insécurité actuelle. Une insécurité qui s'appelle aussi "crise alimentaire", "pétrole cher", "immigration massive" et "biocarburant".

Ecrit par : Mialy s'en fout | 27 juin 2008

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Ceci étant, ne croyez pas que les choses stagnent. On a des solutions. Parmi ces solutions, on a par exemple le système de veille médias qui est très actif. Il s'agit d'une cellule basée à Addis Abeba, et qui concentre des spécialistes et analystes d'infos dont le métier consiste à décortiquer, analyser, synthétiser les infos publiés par les journalistes ( principalement ceux de l'Union Africaine, Sadc etc...). La cellule a accès à toutes les bases de données de la région et est fonctionnelle 24h sur 24h, ce qui rend la prévention des conflits un peu plus efficace qu'il y a dix ans.

Ecrit par : Mialy s'en fout | 27 juin 2008

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24h/24 a ? fa tsy mahovoka momba ny zimbabwe : asaivo amboarin'ny gasy anie fa enim-bolana io dia vita e ?

Ecrit par : Rajiosy | 27 juin 2008

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le biocarburant n'est pas vraiment un risque pour Madagascar, non? La superficie des terrains utilisée pour la culture destinée aux biocarburants sont infimes et ne risque pas de créer des obstacles sur la production agricole. on peut encore dire que l'île est à l'abri de la crise alimentaire

Ecrit par : Stael | 28 juin 2008

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Sur les 60% environ des terres arables de l’île, 6%, un peu plus ou un peu moins, sont utilisés pour la culture destinée à la filière biocarburants. Mais le souci de Madagascar à propos des biocarburants, ce n’est pas la superficie mobilisée, c’est la loi. Un projet de loi sur les biocarburants passera devant les Chambres. C’est un texte qui règlemente le circuit en aval : de la transformation de la matière première au commerce. Les écologistes et les experts disent que ce texte répond aux normes internationales ; n’étant pas connaisseuse, je me fie à leur jugement.

Cependant, nous ne disposons pour l’heure d’aucune loi qui réglemente la production en amont : c’est-à-dire entre la culture et la transformation. Chaque exploitant fixe ses propres conditions et « se fait approuver » aux instances responsables. Comme en toutes choses où la loi n’existe pas, j’imagine ( hum) que les « lobbyings massifs » sont monnaie courante.

Nous en sommes à 6% de terres mobilisées parce que la filière biocarburant est à ses premiers pas. Si cette loi en amont n’est pas établie, rien ne nous garantit que la culture destinée aux biocarburants ne prendront pas le pas sur la production agricole. Cette négligence en matière de loi peut s’avérer dangereuse, la balle est du côté des parlementaires. Encore faut-il que ceux-la se réveillent de leur torpeur :-)

Ecrit par : Mialy s'en fout | 29 juin 2008

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Ceci étant, à Madagascar, en matière d’insécurité comme dans beaucoup trop de domaines, la loi est toujours à la traîne. Soit elle est obsolète, soit elle n’est pas appliquée, soit elle n’existe pas. L’insécurité est une question à peine frôlée. Les médias n’en parlent que dans le contexte d’un article à sensation ( din, le gros crachat dans la soupe :-)))) , la société civile brille par son absence dans les débats et les parlementaires ont décidé de ne pas être trop pointilleux sur le sujet.

Sous la seconde République par exemple, la Défense était exempte de rapport à l’Assemblée nationale et donc de contrôle parlementaire. Aujourd’hui, sous le régime de Ravalomanana, la gendarmerie et l’armée sont normalement soumises à une inspection générale rattachée à la présidence. C’est une disposition qui existe sur le papier mais qui n’a jamais été appliquée. De même pour le contrôle financier au sein de l’armée.

80% des ressources allouées au ministère de tutelle sont consacrés aux salaires et émoluments. Quand le déséquilibre prend une telle proportion, cela s’appelle « mauvaise gestion ». Et comme les contrôles ne sont pas dûment effectués, qu’est ce qui nous garantit qu’il n’y a pas corruption ??? Bref.

Ecrit par : Mialy s'en fout | 29 juin 2008

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ha, d'ailleurs, au cours d'un atelier organisé par la FES récemment, on a "sollicité" l'avis d'une députée qui participait à l'atelier à propose de ces fameux 80% et du contrôle parlementaire en général. Elle nous dit : "On a aussi demandé au ministre les raisons d'un tel déséquilibre, hier au cours de la séance de question-réponses" ( on était en pleine période de rapport gouvernemental). "Qu'est ce qu'elle a répondu?" lui demandions-nous en choeur. Et ne voila-t-il pas que notre députée de Madagascar nous répondit, désinvolte; "Je ne sais pas, je n'ai pas écouté." Plus poilant encore: aucun, MAIS AUCUN des députés et sénateurs présents n'ont été à même de trouver quoi dire. Dia ho gaga ianareo raha sahirana ity firenena ity, quand même les parlementaires n'en ont rien à foutre.

Ecrit par : Mialy s'en fout | 29 juin 2008

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Eny re eee, manaiky koa aho fa misy andraikitra "tsy voarain"'ny médias ihany koa, tsy amin'ny fandriampahelamana ihany fa amin'ny zavatra betsaka. Afaka mitoraka voatabia amin'izay ianareo !!!! :-)))

Ecrit par : Mialy s'en fout | 29 juin 2008

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Tsy dia tena ao anatin'ilay resaka loatra ity fa mampihomehy ahy ny fivadihan'ny tantara ao anatin'ity blogy ity. vehivavy tsy virjiny, mivadika afrikana, mivadika opéra. ;) milay ka!

Ecrit par : Resadresaka | 29 juin 2008

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:-) chépakoirerépondre resadresaka!!!

Rajiosy : "24h/24 a ? fa tsy mahovoka momba ny zimbabwe : asaivo amboarin'ny gasy anie fa enim-bolana io dia vita e ?"

c'est vrai! dia tsy nahita signe avant coureur mihintsy ve kanefa mahazo accès amin'ny vaovao rehetra e? Ny Afrikana koa aloha henjana raha hihanahana e ( isika Gasy koa, parfois lol) ! Efa am-balahàna foana ny rano vao taitra ! Dia tena imprévisible ve izao zava-mitranga izao, scénario tsy mba efa tokony nomanin'ny opposition ve izao hita izao? Tsy maintsy piégé foana ve??? Et Tsvangarai qui crie "à l'initimidation!", "à la manipulation", mais comment a-t-il pu penser que le contraire irait de soi?

Le Pap ( mission d'observateurs du Parlement panafricain) vient d'annoncer un scrutin "ni libre ni équitable", et appelle à de nouvelles élections. Ahahahaha, quel scoop ;)))

Ecrit par : Mialy s'en fout | 29 juin 2008

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Elle vient du Sud et par tous les chemins, elle y reviendraaaaaaaaaaaaaaaaaa
MDR

Ecrit par : Anna | 29 juin 2008

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"un atelier organisé par la FES" !!! ouais, lapabe izany ? izay no tsy naha-concentré an'ilay razoky député !

Ecrit par : Rajiosy | 30 juin 2008

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Ô ry Mialy a, za l'ty te hamaky ny soratan'élà fa tena tsy vitako a. Soratra izany, soratra izany!!!

Ecrit par : Klem | 30 juin 2008

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Analyse très intéressante pour la française que je suis.

Mialy, peut-on se contacter par mail ?

Ecrit par : Justine | 01 juillet 2008

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Mba te hiréagir mikasika an'ilay texte mikasika an'i Aimé Césaire aho fa tsy azo hanoratana ao ka mba ataoko eto. Satria mantsy izaho dia isan'ireno mitovy @ Césaire ka hitako hoe takizay foana nijanona ho colonie, natao département frantsay isika dia mba nandroso. Ireo route nationale, ireo chemins de fer sy ny hafa ireo dia tsy azontsika raha tsy ny vazaha, izao isika 48 ans ny fahaleovan-tena nefa mbola izao ihany. Sady mifanojo indray mikasika an'ity sujet Afrique ity koa: jereo fa izay mitaky rehetra ny fahaleovantenany dia simba foana. Fantatro fa mety somary teritery ny fiainana t@ voalohany fa raha niaritra teo ve tsy mba tojo fandrosoana ihany???

Ecrit par : Lanja | 02 juillet 2008

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Lanja ve Ianja diso tsipelina??

Ecrit par : Anna | 02 juillet 2008

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efa tara train kosa nareo ry Lanja. t@ 1958/1960 angamba afaka niady hijanona zanatany fa @ izao andron'ny Madarail izao, tsy misy hanenenana an'ilay lamasinina botry kely intsony : roso toy ka tsa mipody koa leroa a !

Ecrit par : Rajiosy | 02 juillet 2008

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