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19 avril 2008
Les enfants de Césaire
« Nègre, nègre, depuis le fond du ciel immémorial ». C’est ainsi qu’Aimé Césaire se qualifiait. Et dans la bouche de ce poète qui nous a quitté jeudi, le mot « nègre » n’avait plus ce relent de basse provocation raciste qui s’employait jadis et qui s’emploie encore aujourd’hui malheureusement. Dans une « Lettre à l’aîné de la tribu », hommage au poète de la négritude, l’écrivain Emmanuel Dongala remercie Césaire : « Ce mot 'nègre' qu'on te lançait, que dis-je, qu'on nous lançait comme une insulte, comme une provocation, tu l'as ramassé, tu l'as positivé et tu l'as flanqué fièrement à la figure de ceux qui le proféraient. » Car pour Césaire, l’aîné de la tribu, être nègre, c’était « la conscience d'être noir, simple reconnaissance d'un fait qui implique acceptation, prise en charge de son destin de noir, de son histoire et de sa culture ». Jacques Rabemananjara, écrivain et homme d’Etat malgache a compris très tôt cet appel et partagea cette vision, en empreignant à son tour ses œuvres, comparables sans nul doute à celles de Césaire, d’une fière « malgachitude ».
Avec sa disparition, le monde littéraire et celui des humanistes se posent la même question : l’œuvre de ce géant a-t-elle été saluée comme elle le mérite ? L’écriture du « grand mapou » a été et restera l’une des meilleures références de la littérature francophone, comme rares écrivains ont pu le faire. Césaire avait le don de « manier la langue française comme il n'est pas aujourd'hui un blanc pour la manier », disait l’écrivain André Breton. C’est, cependant, un talent qui ne sera pas salué à sa juste valeur : Césaire n’a jamais fait son entrée à l’Académie française, contrairement à son frère d’arme, l’ancien président Léopold Sedar Senghor, premier Africain à siéger dans cette illustre institution. D’autres auteurs africains, comme l’écrivain et philosophe sénégalais Cheikh Hamidou Kane, « regrette qu’il n’ait pas été honoré, consacré, salué comme il le méritait au plan international (…), avec un prix Nobel, de la paix ou de la littérature”. Un honneur qui aurait été taillé à la mesure de l’homme.
Mais il y a peut-être plus grand honneur à lui rendre en reprenant le flambeau désormais passé aux nouvelles générations. Et, ce même si d’autres n’y croient pas… Car bien sûr, certains ne manqueront pas de rappeler le déséquilibre entre le poète engagé et l’homme politique qu’il était. Entre cet écrivain qui revendiquait la liberté du peuple noir et une voie politique qui ne corroborait pas toujours son engagement littéraire.
"Prenez ma poésie comme une revanche sur ma politique !" clamait Aimé Césaire. Et peut-être est-ce la bonne manière pour le comprendre, dans ce siècle de la mondialisation et des identités diluées. Le chemin des héritiers de Césaire, c’est sans doute celui de la fierté d’une identité et d’une culture. Et surtout, la compréhension que le combat du poète était pour la décolonisation des cultures. Les générations qui l’auront compris, celles-là seront les enfants de Césaire.
Mais il y a peut-être plus grand honneur à lui rendre en reprenant le flambeau désormais passé aux nouvelles générations. Et, ce même si d’autres n’y croient pas… Car bien sûr, certains ne manqueront pas de rappeler le déséquilibre entre le poète engagé et l’homme politique qu’il était. Entre cet écrivain qui revendiquait la liberté du peuple noir et une voie politique qui ne corroborait pas toujours son engagement littéraire.
"Prenez ma poésie comme une revanche sur ma politique !" clamait Aimé Césaire. Et peut-être est-ce la bonne manière pour le comprendre, dans ce siècle de la mondialisation et des identités diluées. Le chemin des héritiers de Césaire, c’est sans doute celui de la fierté d’une identité et d’une culture. Et surtout, la compréhension que le combat du poète était pour la décolonisation des cultures. Les générations qui l’auront compris, celles-là seront les enfants de Césaire.
00:33 Publié dans Rat de bibliothèque | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note


Commentaires
tsy misy inona fa hitako tsy misy olona ato dia asiako soratra fa mampalahelo
Ecrit par : Gasy | 23 avril 2008
resin'ny frezy i Césaire?
Ecrit par : Gasy | 23 avril 2008
J'adore raconter cette anecdote parce que je souris a chaque fois que j'y pense. C'était en terminale a Saint A. Notre prof de français - madame Vololona elle s'appelle. une coquine ! avait lance a sa classe somnolente: "car bien sur nous sommes tous des nègres ". Le tout sur un air innocent, tu vois : en battant les paupières et tout. Et d'un coup on voit une foret de bras qui se lèvent ...
Pour représenter la malgachitude, je ne citerais pas Rabemanajara moi. Il n'est revenu au pays que pour essayer de se faire élire et pour y être enterre. Aucune commune mesure avec Aime Cesaire qui est retourne auprès des siens après une incursion en métropole et ne les a jamais quitte.
Quand au choix politique d'Aime Cesaire, si l'on voit aujourd'hui ou en est la Martinique et ce que devient Haiti, on se dit qu'il devait avoir de bonnes raisons ...
Ecrit par : Rondro | 24 avril 2008
Dear,
J'ai laissé un message chez toi. J'attends de voir euh... que tu approuves mon petit coucou? hahahahahaha je te mets sur la lichte, miss ottawa
Ecrit par : Mialy s'en fout | 24 avril 2008
j'ai approuve le petit coucou. Je sais pas comment on fait pour que ca s'approuve tout seul. ha!ha!ha! Je n'ai pas la science infuse en ce qui concerne le web 2.0 Still work on it comme dirait l'autre. Déjà pour monter (oh le grand mot !) ce petit blog de rien du tout, je te raconte pas le jeu de l'oie que j'ai du faire !!! Je te laisse deviner qui est l'oie) Mais bon, c'est parti comme c'est dit
Ecrit par : Rondro | 24 avril 2008
est-ce qu'on peut avoir une photo d'Emmanuel Dongalahy ?
Ecrit par : Rajiosy | 24 avril 2008
Rondro a, afaka débloquéna io, tu décoches l'option "contrôler les commentaires"...
Ecrit par : Klem | 24 avril 2008
Si ce n'est pas Rabemananjara, ce serait qui? Rabearivelo ve?
Ecrit par : mirana | 24 avril 2008
@ Klem : merci, c'est vraiment chou a la crème de ta part
@ Mirana : oui, tout a fait, bien sur, oui, trois fois oui.
Ecrit par : Rondro | 25 avril 2008
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