18 février 2008
Bulletin météorologique
Ivan ( le terrible?) est entré en terre malgache dimanche matin, par le nord-est, via Ste Marie. C'est un début de saison plutôt inquiétant, quatre autres cyclones sont attendus jusqu'à ce que la période des pluies ne s'achève, comme l'annonce la station météorologique d'Ampasapito.Ste Marie est ravagée "à 90%". Elle est complètement enclavée. A l'heure où je vous écris ( 12h.00) radio, BLU, internet et électricité sont encore coupés. Le réseau des téléphones mobiles reste aléatoire. Neuf personnes ont été ensevelies dans les décombres d'un hôtel situé à Ankirihiry qui s'est effondré: je ne suis pas en mesure de vous en dire plus long sur ce sujet, le Bureau national de la gestion des risques et catastrophes (BNGRC) et le chef de région sont injoignables. Et la ville est inondée.
La partie Est de Madagascar est fortement touchée: Atsinanana, Analanjirofo, Alaotra Mangoro. Cette dernière avance un bilan provisoire d'un peu moins de 500 sinistrés ce matin, principalement dans le district d'Andasibe à cause de la crue des eaux. Aux dernières nouvelles relayées par la radio nationale grâce à son fameux "Ampitapitao" ( oui, l'émission existe toujours), la route nationale 2 qui joint la capitale à Toamasina est inondée, aucune navette n'est possible. Ce matin, certaines coopératives de transport régional à Ambodivona ont annulé provisoirement les liaisons. Ivan est attendu aujourd'hui à Anjozorobe, au nord d'Antananarivo après avoir traversé Tsaratanana hier soir à une vitesse de 15km à l'heure et des rafales de vent de 150 km/h. 11 districts sont encore frappés d'un avis de danger imminent.
Le cyclone s'affaiblit mais la pluie persiste. Antananarivo boit la tasse ( comme vache qui pisse, me dit Anselme ) depuis samedi, vers 1h du matin. Aucune éclaircie en vue, la capitale est ses environs passent leur temps entre petite pluie et averses hargneux, coups de vents, coups de froid, boue et flaques. Tôt ce matin, j'ai pris le bus pour me rendre au pont d'Anosizato d'où l'on peut voir l'Ikopa et je suis passée par la digue, du côté d'Andohatapenaka où, il y a un an, on recensait le plus grand nombre de sinistrés de la capitale. Si l'autorité pour la protection contre les inondations des plaines d'Antananarivo ( Apipa) annonce qu'Ikopa, Sisaony et Imamba ne sortiront pas de leurs lits, les habitants sont sur le qui vive. "L'eau monte à vue d'oeil", me confie un riverain, "pas besoin d'averse, mais rien q'une fine pluie et dès demain, on y est". Comme quelques uns de ses voisins, il est candidat aux premiers déménagements qui ont commencé depuis samedi soir du côté d'Anosizato. Plus téméraires, les habitants d'Andohatapenaka ne semblent pas vraiment disposés à quitter les lieux. C'est d'autant plus dangereux que leurs habitations, des maisons de torchis batis au milieu des rizières, seront sans nul doute les premières victimes de la crue menaçante...
Bref. Nous en sommes là, en ce matin du 18 février.
Pour vous dire. J'ai une peur panique des cyclones. Fille de famille "nomade" ( à cause du travail de Dada), une bonne partie de mon enfance a été traversé par les tempêtes tropicales. J'ai vu le jour à Ambatondrazaka, dans l'Alaotra. Ensuite on a vécu un bout de temps à Brickaville, puis Morondava, puis Antsiranana. Et entre chaque escale, Dada nous trimbalait dans chacune de ses missions à des kilomètres et des kilomètres, si bien qu'à dix ans, j'avais déjà une assez bonne vision des régions côtières de l'île. Et comme vous le savez, le littoral est la trajectoire privilégiée des cyclones de l'océan Indien. On a vu passer Camus le sans-pitié, Honorine la furie, Géralda l'hystérique et entre temps, plusieurs "petits" cyclones, cléments envers toutes les régions, sauf celle où nous habitons. Une fixette, je vous le dis! Aujourd'hui, les secours sont plus ou moins mieux organisés que dans les années 80-90 où ils étaient nos pires cauchemars. En 1988, à Morondava, un cyclone a frappé si fort que la ville s'en était trouvée pratiquement terrassée. Les petites habitations étaient inondées, inhabitables et détruites pour une bonne partie. Les rues jonchées de troncs cocotiers, de toitures, de briques et de parpaings. Les seules maisons épargnées étaient la bâtisse de la BTM où nous vivions ( Andakabe), celle de la Cnaps ( juste en face), celle de la BFV ( vers la cité des Travaux) et l'église luthérienne ( Andabatoara). La mairie s'est trouvée submergé de demandes de logements, si bien qu'il a fallu mettre les maisons de particuliers en dur et à étages à contribution pour accueillir les sinistrés. Pendant une semaine, nous avons donc hébérgé nos voisins qui du haut de notre véranda pouvaient regarder les tristes ruines de leurs maisons : une expérience hallucinante. A l'époque, Morondava avait véritablment une allergie aux intempéries. Dès qu'une faible pluie pointe son nez, les écoles et les bureaux administratifs ferment leurs portes de peur d'une intempérie. On a chômé pas mal à cause d'un orage de début de journée ! Mais cela se comprend: Les plaines de Namahora et Ankisirasira ne mettaient pas longtemps à s'inonder, on n'était jamais certain d'avoir une pirogue disponible pour rentre chez soi. S'il y a une raison pour laquelle je refuse de vivre en province, c'est vraiment celle-la. Brrr!!!
11:15 Ecrit par Mialy | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : madagascar, cyclone, mÉtÉo, apipa, ivan
Commentaires
Le pire souvenir de cyclone que j'ai eu je pense, c'était à Ambila.. Mais on l'a pris avec dérision, vu que face à force Nature, il ne reste plus grand-chose à dire pour s'énerver..
Ecrit par : Tattum | 18 février 2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : Vola | 18 février 2008
Répondre à ce commentaireayant pas mal nomadisé aussi je comprends très bien ta torpeur d'hier soir et un de mes pires souvenirs était d'avoir vécu 3 mois à Mananjary dans une maison (qd mm joliment coloniale) mais avec le ciel à découvert sur le salon !!! ou la fois ou la maison (joliment au bord de l'eau ) s'est retrouvée inondée jusqu'aux genoux...je m'étonne pas d'être aussi placide devant mes projets para-cyclonique.
on attend la suite !
Ecrit par : jogany | 18 février 2008
Répondre à ce commentaireEcrit par : tomavana | 18 février 2008
Répondre à ce commentaireOn ne peut qu'esperer que Mada survive encore a des milliers de ces monstres. Reconstruire a chaque fois, c'est dur dur.
Ecrit par : miangaly | 19 février 2008
Répondre à ce commentaireOn ne peut qu'esperer que Mada survive encore a des milliers de ces monstres. Reconstruire a chaque fois, c'est dur dur.
Ecrit par : miangaly | 19 février 2008
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