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28 octobre 2007

Oiseaux de Madagascar

Fait rare, un oiseau s'est posé sur ma fenêtre samedi matin. Très petit. Fody ve? Je n'en sais rien mais son apparition furtive m'a gardé un joli sourire  toute la journée. Je commence à exceller dans l'art du sourire idiot. Mais ma boule de plumes me rappelle qu'il y a des choses à raconter sur les oiseaux malgaches et ceux de l'océan Indien. L'encyclopédie sonore par exemple. Et le birdwatching aussi. 

3a6c41835c9a5d9abff1c872863ee196.jpgUn son rugueux. Six à huit notes sifflées en série, portant loin, émises alors que l'oiseau est dans son envol. C'est le chant du Ganga masqué de Madagascar, oiseau endémique connu sous le nom de Katakara. Le chant du Ganga a été capté en fin d'un après-midi de septembre 1983, à Ambararata, près de Morondava, par un passionné de l'avifaune, Pierre Huguet. Il enregistre les oiesaux depuis 30 ans. Cet enregistrement figure parmi les chants de 327 espèces d'oiseaux de Madagascar et des îles soeurs, regroupés dans la toute première encyclopédie sonore des oiseaux de l'océan Indien. Cette encyclopédie, un coffret de quatre compacts disques complété par un livret, a été présenté par WWF Madagascar à l'occasion de Birdfair, une manifestation consacrée aux oiseaux.Ces 327 espèces font partie des 344 dont le son a été scientifiquement déterminé. Il s'agit d'espèces nicheuses, de passage, introduites ou hivernantes à Madagascar, sur les îles Comores, Seychelles et La Réunion.

 

2df8a86ca115128f055ada9c59ca80c3.jpg A ce jour, aucune banque de données exhaustives n'est encore disponible en matière d'ornithologie dans l'Ouest de l'océan Indien. Ce guide sonore établit donc une classification affinée des espèces, une historique approfondie de l'évolution migratoire et morphologique ainsi que des mécanismes de transport des oiseaux sur une longue distance. Cette encyclopédie est d'ailleurs, pour l'avifaune malgache, un outil de référence. En effet, parmi les îles de l'océan Indien, Madagascar est la seule, dérivée du Gondwana: comparé aux oiseaux de Maurice, La Réunion ou les Seychelles, des îles nées de récentes formations volcaniques, le patrimoine ornithologique malgache est donc l'un des plus anciens et des plus authentiques.

 Birdwatching day 2007 

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Et sachez aussi que si vous êtes dans les parages, à partir du 30 octobre et pour quatre jours, vous pourrez découvrir et/ou redécouvrir les oiseaux de Madagascar. Ce sera à Taolanaro ( ou Taolagnaro, je ne sais plus, que quelqu'un me corrige) durant le « Birdwatching Day 2007 »  organisé, depuis 2001 dans cette région, par Qit Madagascar Minerals (QMM), Rio Tinto et Birdlife International.L'observation se fera au coeur de ce qu'on appelle « zone importante pour la conservation des oiseaux » (Zico), à  Tsitongambarika et Mandena.

 

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Mais c'est dans le village d'Ivorona ( le cas de le dire, n'est-ce pas?) que les organisateurs prévoient des séances d’observation d'oiseaux; amateurs et passionnés pourront se délecter du spectacle, appareil photos et jumelles en mains.Les birdwatchers auront aussi l'occasion d'explorer les forêts environnantes qui abritent  certaines espèces... Pô mal, nan?

 

 
Aaaaah, ireo vorona amin'ny sary faharoa sy fahatelo ireo dia hitanareo eny @ delta de Mahavavy. Ilay sary faharoa no atao hoe Sarcelle de Bernier izay tsy fahita afa-tsy eto Madagasikara. Ireo fahatelo kosa dia flamants roses, izay karazana vano betsaka indrindra. Fa tena tsy nahita sary aho, ho an'ilay ao Taolanaro. Sa Taolagnaro e? ( nisy niteny tamiko hoe efa misy fomba fanoratra raikitra io tanàna io fa tsy tadidiko hoe iza amin'ireo ilay marina...) Fa soloiko ilay sary, rehefa e. :))) 

23 octobre 2007

On est tous Africains

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« Tintin au Congo » n’est plus dans les librairies, du moins dans les rayons pour enfants. Motif : La B.D donnait une image de « sous-hommes » aux Africains. La première version, en noir et blanc a été publiée en 1931. 16 ans plus tard, Hergé a gommé des détails qui frisaient le colonialisme dans la seconde version, en couleurs. Une rectification qui ne suffit plus au XXI ème siècle qui se veut plus civilisé : « Tintin au Congo » est donc tombé en disgrâce. Mais le syndrome persiste…

 
Abonné aux déclarations provocatrices, le prix Nobel de médecine (1962) américain James Watson a récemment créé une polémique dans le Sunday Times. Se déclarant  « foncièrement pessimiste sur l’avenir de l’Afrique », ce scientifique a ouvertement contesté l’intelligence des Africains. Le Dr Watson s’est excusé mais le syndrome de « Tintin au Congo » retrouve dans ses préjugés toute sa gravité.

 
Dans un autre registre, tout aussi stupéfiant : le discours de Nicolas Sarkozy au Sénégal. Donneur de leçon, de « leçon de français », le président a sidéré lors de son passage à Dakar. La colonisation n’était «pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux, des génocides, des dictateurs, du fanatisme, de la corruption…», expliquait le n°1 français. La colonisation, cette « grande faute»  n’aurait donc pas été aussi sombre, si l’on s’en tient à Sarkozy : «Le colonisateur a pris, mais il a aussi donné…Il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des écoles.»  Une petite « révision » qui met un point d’honneur à oublier certaines « coopérations » peu recommandables autour de la période coloniale… 

Et de tels propos, on ne les dit qu’aux Africains. Oserait-on dire cela aux Américains ? aux Japonais ? aux Européens ? Les « héros » de l’Histoire, entrés dans les annales de la mémoire collective en vainqueurs, sont encensés. Mais, on donne des leçons aux perdants, on les ramène à leur niveau de « pays pauvres », ceux de ce continent noir. Ainsi, par exemple, lorsque Madagascar passe dans les journaux télévisés occidentaux, on voit les mêmes images de la précarité et on entend « la » phrase consacrée: « Ce pays, parmi les plus pauvres du monde… ».

Bien sûr, l’Afrique est pauvre. Bien sûr, le niveau d’éducation y est faible et les enfants peuvent encore y mourir de faim, de diarrhée, ou de paludisme. Mais tout cela, ce ne sont pas des problèmes « africains », ce sont des problèmes humains. On ne le voit peut-être pas, du haut de leur soi-disant piédestal de vainqueurs, mais l’Afrique est en train de se battre pour son avenir. On ne le voit peut-être pas, mais l’Afrique d’aujourd’hui est aussi un continent actif, qui forme des leaders, qui veut sortir « vainqueur ». Dans la vision tacitement approuvée de ce qu’est le développement, enfermée dans le carcan manichéen de ceux qui réussissent et de ceux qui échouent, on ne voit de ce continent que son visage défait. Si la « bienséance morale » voudrait que « l’homme pauvre à l’avenir sombre » soit un Africain, alors on a tous été, à un moment ou un autre de nos vies, des Africains…

Mialisoa Randriamampianina.


21 octobre 2007

Ah, Mafalda!

Je déjeune avec une amie qui me confirme que j'ai une tête de Mafalda. Qui signifie: "T'as une coupe qui commence à pas le faire du tout." Ou pire : "Tu commences à avoir une tête à claques..." Avoir les cheveux en vrille, c'est réparable. Mais avoir une tête à claques, c'est comme être chauve de naissance, tu l'as à vie, cette tête là! Aaaaarggggggghhhhhhh!!!!! :))) Du coup, à chaque fois que je vois une photo de moi, je pense à Mafalda. Et je me dis, merde, ma fille, t'aurais pu avoir cette tête à 4 ans. Pas à 26 ! Il y a des choses comme ça, qui prennent un demi-siècle pour montrer leur nez...
 
 
 
 
 
 
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17 octobre 2007

Non à la misère

974b45261a90490919ae391d7b9ca8dd.jpgAnselme Ratsimbazafy a vécu dans les rues d’Antananarivo pendant dix ans. Ancien professeur d’histoire, sa vie bascule à cause de l’alcool. Divorce, endettement, chômage…Il se retrouve à la rue, seul et démuni mais a choisi de remonter la pente. Voici le témoignage d’un ex-SDF, à l’occasion de la journée mondiale du refus de la misère, célébrée aujourd'hui.
 
 L.N : Qui êtes-vous, Anselme Ratsimbazafy ?

Anselme Ratsimbazafy : Un Malgache, un 4’mis, un professeur d’histoire, un homme de 47 ans, un père de famille…Faites votre choix ! Il fut un temps où j’étais un homme respecté car je représentais la réussite. J’ai fait des études, j’ai enseigné, je me suis cultivé. Après ma faillite, je suis devenu transparent. Je n’accuse personne mais j’ai aussi compris que l’argent pèse lourd dans le respect des autres. J’ai mes torts et je les assume mais la désillusion a été la plus forte, l’indifférence vous marque un homme.

Comment cette période de votre vie vous a-t-elle changée ?

L’instinct de survie est une chose extraordinaire. Seul, au bord du gouffre, vous savez que vous n’avez plus le choix, vous devez remonter la pente. J’ai compris que la vraie richesse des hommes libres, c’est d’avoir le choix.  Malheureusement, je ne l’ai compris que trop tard, mais prendre conscience de cette vérité m’a changé.

De quelle manière pensez-vous refaire votre vie ?

A un moment, je suis retourné à Imamba, ma région natale. Là-bas, je me suis défait de mon penchant pour l’alcool mais côté travail, ce n’était pas intéressant. Alors je suis revenu à Antananarivo. Au début, je vivais de petits boulots, « irakiraka ». Puis, mes patrons ont compris que je pouvais enseigner. J’ai fait faire des révisions à des enfants et des lycéens, donné des cours d’alphabétisation à des adultes, grâce à mes employeurs qui m’ont conseillé à leurs amis. Tout en étant l’homme à tout faire chez mes patrons, j’arrondis mes fins de mois, j’économise. Pour remonter la pente, il faut beaucoup d’humilité, n’est-ce pas ?

On vous sent très motivé.

Oui, je le suis. Quand on est le plus pauvre dans un pays très pauvre, soit on désiste face à la vie soit on choisit de se motiver…C’est la leçon que je tire de ces années de galère: la vie, il faut la vouloir, de toutes ses forces. On n’est que ce qu’on choisit d’être…A l’image de ce pays, de nous, Malgaches qui nous plaignons de ceci et de cela : il faut la vouloir, cette réussite, il faut se battre pour elle. Il ne s’agit plus de geindre, il s’agit de gagner. Les dirigeants vous déçoivent ? Les concitoyens vous fâchent ? Résistez, battez-vous, dites « non » à la misère de l’esprit et de la vie.

Propos recueillis par Mialisoa Randriamampianina.
 
 
 


15 octobre 2007

Overdose de gecko

Nous sommes d'accord: les bébés, c'est comme les grands : y a des beaux, des moins beaux et des pas beaux. Ce n'est pas parce qu'un être humain mesure 60 cm qu'il est forcément mignon. Le gosse de Marie-Gertrude me fait peur, aaargh!!! C'est son gosse et si elle l'adore, quoi de plus normal? Mais ne voila-t-il pas qu'elle me l'impose, me l'oppose, me l'expose et me le surexpose! Récit d'une overdose. Berk!
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J'ai déjà un éventail de parades, au cas où la discussion vire à la geckotittude, c'est vous dire que je suis bien préparée. Le phénomène est extraordinaire; quelque soit le sujet, quand Marie-Gertrude décide de vous geckoïser, vous êtes foutus." Ce soir, mini-Moi a mangé tout un bol de soupe", m'annonce-t-elle solennellement, alors que je venais prudemment de lancer le dialogue sur un terrain d'emblée neutre: "l'expression "aller souper" est-elle oui ou non obsolète?" Après avoir annôné le gecko-verset du jour, Marie-Gertrude me fixe toujours d'un air interrogateur. S'attendrait-elle à un applaudissement, un hourrah solidaire, un clin d'oeil complice, voire un traité d'amitié à vie. Que faut-il répondre à une déclaration d'appétit soupiesque geckoïque? La situation est critique car si les balises ne sont pas dressées dès les premières secondes, Marie-Gertrude me servira le menu du jour de sa bestiole, je suis traumatisée rien qu'à l'idée...
 
Trop tard, le temps que je cogite sur mon évasion, Marie-Gertrude a sorti l'artillerie lourde, "Tiens, sa photo. Au souper!", poursuit-elle dans une vague de fierté digne d'un Ché tandis que mes yeux réalisaient brusquement l'étendue de l'effort à déployer. Le gecko est là, imprimé sur papier glacé, la frimousse barbouillée d'un liquide visqueux, le teint vert, les yeux exhorbités. Mon cerveau tourne à toute allure, Marie-Gertrude me fait son regard de connivence, vite, une réplique polie, vite, vite, vite, aaarggggggghhhhhhh..."jolie grenouillère!"

Argggggggghhhh!!!! Je suis perdue, à moi! Car le gecko a une importante collection de grenouillères et un album-photos épais comme le bottin. Me voici, assistant malgré moi à la collection printemps-été du lézard, grenouillères roses, bleues, jaunes, rouges, à pois, à rayures, petits bateaux, petits avions, petits camions..."Et là, il se gratte le nez, il se barbouille de compote, il vomit la compote!", voyant un hypothétique encouragement dans mon sourire crispé, Marie-Gertrude s'enfonce, m'enfonce, me tord le cou. Biberons de 4h, visites chez le pédiatre, crèche, barboteuses, couches culottes, allaitement...Ma mort cérébrale est imminente. Je sombre dans le coma geckoîque. J'ouvre les yeux, je suis dans un lit d'hôpital. Silence autour de moi, je renifle, aucune odeur de reptile en vue, je souris, je suis délivrée. Soudain, la porte s'ouvre: "Saluuuuuuuuuuuut, tiens, je t'emmène mini-Moi pour te réconforter". Priez-pour moi, je vais faire un malheur!
 

11 octobre 2007

Rappelez-moi...

Si vous passez par là, rappelez-moi...


De me réveiller tôt, pour profiter de mes matins.

De ne pas me coucher tard, pour profiter de mes nuits. 

De ne boire qu'une et une seule tasse de café dans la journée.

De ne pas dire que j'arrête le café quand je sais que je ne tiendrais pas longtemps.

De dire à Dada et Neny que je les aime, le plus toujours possible.

De toujours bien faire mon travail, n'est-ce pas.

De sourire.

D'être reconnaissante.

De ne plus porter des jupes trop courtes, même si je sais que je les porterai quand même...

De ne plus me goinfrer de brownies.

De faire du sport, autre qu'aller de mon lit à la salle de bains, à pieds...

De ranger ce gentil foutoir qui est ma maison.

D'écrire en malgache...(Ce que je ne fais pas, effectivement...)

De me défaire de ma colère.

De ne pas rire toute seule, dans la rue. 

De prier.

De terminer ce truc, ce gros petit truc que j'ai commencé.

D'accepter que les morues sont des morues, quoi que je fasse. 

De cuisiner.

De ne pas parler le méchant.

De ne pas rire avant de terminer les blagues que je raconte.

De comprendre qu'il y a aussi des gens comme ça, malheureusement.

D'aimer à en crever, même si... 

De dire merci, "à qui de droit".

De toujours trouver la force de dire "Mialy s'en fout". Et de le penser.

07 octobre 2007

Lis, si ça te dit...

Tsy mamaky boky, « hono », ny Gasy.  Ce constat, on l’affirme généralement, d’une manière aussi dédaigneuse que possible pour mieux culpabiliser ces « déserteurs de la culture » qui préfèrent leur néant aux Immortels… Evidemment quand on vit dans un pays où le taux d’alphabétisation est assez bas, les rats de bibliothèque passent pour des élites. Alors si vous êtes comme moi, que vos lectures relèvent parfois du caprice, allant de la boulimie au désert total, si vous parvenez à lire tout un bouquin sans rien comprendre, si vous avez envie de lire les mêmes trucs à chaque fois, ou pire, vous ne finissez pas la lecture..., voici pour vous les droits du lecteur comme l'écrit  Daniel Pennac dans « Comme un roman ».  Parce que "le verbe lire ne supporte pas l’impératif » et parce que "les livres n’ont pas été écrits pour que mon fils, ma fille, la jeunesse les commentent, mais pour que, si leur cœur leur en dit, ils les lisent »



Le qu’en dira-t-on ou Les droits imprescriptibles du lecteur
 
 
Le droit de ne pas lire

Le droit de sauter des pages

Le droit de ne pas finir un livre
 
Le droit de relire

Le droit de lire n’importe quoi
 
Le droit au bovarysme
 
Le droit de lire n’importe où
 
Le droit de grappiller

Le droit de lire à haute voix
 
Le droit de nous taire

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Expédition en pays Zafimaniry

J'ai découvert Antoetra et le pays Zafimaniry grâce à un voyage que nous avons fait avec les Yltpiens et la Friedrich Ebert Stiftung. Une expédition qui sera à l'origine d'un petit réveil, après un siècle catatonique :) et qui m'a amené à revenir dans ce "bled perdu", à l'occasion d'un petit trek avec quelques amis.
 
 


Ceux qui désirent...
 
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Ralaibiha ouvre la porte de sa case, avec le sourire. A 84 ans, il est le patriarche d'Antoetra, le Tangalamena d'un village de 25 000 âmes. Sculpteurs de père en fils, génération après génération, il appartient à la tribu des Zafimaniry, la dernière à pratiquer et à vivre du travail du bois à Madagascar.

Ralaibiha est le chef spirituel, le représentant des ancêtres parmi les mortels. Les autorités locales s'adressent à l'Ampanjaka pour prendre les grandes décisions sur le village tout comme les villageois s'en remettent à sa sagesse pour leur quotidien. "C'est un ordre immuable qui maintient la cohésion de notre tribu" explique Kotoniaina Rafanomezana, maire du village. Lui-même a été "intrônisé" par Ralaibiha, malgré sa victoire aux urnes.

Les Zafimaniry ont été, de tout temps une tribu d’insoumis. « En général, les gens d’ici n’aiment pas les pressions, ils ont horreur du chantage. Ce sont des personnes que l’on ne peut pas manipuler », explique Rafanomezana. Un caractère fier qui a fait la gloire d’Antoetra en 1947. « Nous ne pouvions accepter que des étrangers s’emparent de la terre de nos ancêtres. Nos pères et nos grands-pères ont alors pris les armes et ont combattu. Le jour, nous nous réfugions dans les forêts, la nuit, les hommes attaquaient» se souvient le Tangalamena. Une époque gravée dans les mémoires: à l’entrée du village, une stèle salue le courage des rebelles, « en hommage à ces hommes et femmes qui ont acheté notre liberté au prix de leurs vie"


Orfèvres du bois
 
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Plus qu’une tradition ou un gagne-pain, le travail du bois est une manière d'être pour ces Tanala, les gens de forêts. " Nous imprimons dans chacun de nos gestes notre vision des choses, notre façon de concevoir la vie", confie-t-il. C’est même une cosmogonie très particulière: "Nous pensons que le bois est le gardien de nos esprits. Nous lui transmettons nos pensées, nos espoirs, nos craintes et nos bonheurs de tous les jours pour qu'il les garde à jamais comme il a gardé ceux de nos aïeuls." 

La case du patriarche, enveloppée d'une douce odeur de miel, est à l'image de ce savoir-faire. C’est une petite maison basse, à la tradition Zafimaniry. "Les jointures sont faites en bois, les cases sont ainsi démontables à volonté", comme l'explique Charles, guide touristique et enfant du pays. On les appelle les "trano mena", les cases rouges,"qui n'a rien à voir avec la couleur  mais au respect que nous accordons au travail de celui qui construit". Sur la lourde porte d'entrée, le soleil est représenté par des pétales de tournesol aux contours finement ciselés. Tous les pans de mur sont ornés par ces reliefs géométriques, minutieusement travaillés. Ici, chaque foyer est  "ouvert à ceux qui désirent notre amitié", nous dit Ralaibiha.
 
La fameuse "tana-paroratra", la toile d'araignée, et les "toho-tantely", les alvéoles d'abeille, sont les motifs de prédilection des Zafimaniry. La toile renvoie aux liens familiaux qui sont très forts: comme dans toutes les tribus malgaches, les Zafimaniry vivent et meurent ensemble. La ruche quant à elle rappelle la vie communautaire, la solidarité, l'entraide et le fihavanana...
 
La construction et l'agencement des cases obéissent à des règles très strictes. "Une seule et unique pièce dont le sol de terre battue est recouvert de "tsihy" en raphia. Le lit se situe toujours au Nord-Est, les étagères et autres meubles sont placés à l'Ouest. La cuisine est à l'intérieur de la case qui ne doit pas comporter de cheminée. Une petite fenêtre servira à faire échapper la fumée."

Le rituel du miel
 
 
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Le miel est l'une des "choses sacrées" des Zafimaniry. "C'est le présent de la forêt", explique Maharisoa, guide touristique. La collecte du miel relève d'un rituel séculaire que les sculpteurs aiment à représenter dans leurs oeuvres. "Le bon miel est celui de la forêt et seul l'homme fort peut le prendre, accompagné de son épouse. Ils apportent des "vatan-tantely", pots en bois sculptés et des "tady mahazaka", pour récupérer le miel. Le couple part en forêt et choisit la meilleure ruche. L'homme demande la bénédiction d'Andriamanitra et des ancêtres avant d'extraire le nectar. Il grimpe sur l’arbre et fait descendre le miel dans le "vatan-tantely", qu’il attache au bout de sa corde. Son épouse, restée à terre, reçoit le présent de la forêt et remercie Zanahary le créateur pour ce cadeau. »

Dans ce pays où l’agriculture subit les caprices d’un climat aride, le miel est une nourriture de base. Aux jours de fête, les familles Zafimaniry offrent  une assiette de miel sur laquelle sont disposés des « sonjos » accompagnés d’une côte de bœuf affûtée.


L'autre visage de Madagascar
 

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Antoetra, c'est aussi un étonnant paradoxe. Ici, le développement et la mondialisation ont commencé par briser les barrières des langues avant celles de la pauvreté. Habitués à côtoyer les touristes qui traversent le village pour visiter cette partie de l'île, les jeunes et les enfants ont généralement une assez bonne connaissance du français et de l'anglais, comprennent les basiques de l'italien et de l'allemand. C'est assez dépaysant de discuter en anglais avec un gamin haut comme trois pommes alors que moi-même, je baragouinais la langue de Shakespeare il n'y a pas très longtemps!

Mais l’autre visage de Madagascar, c’est aussi celle de la pauvreté qui est le quotidien  des Zafimaniry. Un paradoxe, lorsqu’on sait qu’ils sont les héritiers d’un savoir-faire classé patrimoine de l’humanité depuis 2003, que leurs chef-d’œuvres sont connus dans le monde entier et que le commerce de cet artisanat traditionnel ne leur profite pas. Un pot de miel, une chaise ou un bibelot taillé dans ce village se vend dix fois plus cher à Ambositra, à à peine une heure de route. Des articles qui n’échappent pas à la contrefaçon, sachant qu’un buffet à la Zafimaniry peut se vendre jusqu’à 1.600.000 Ar…

Le label « patrimoine de l’humanité » n’aura pas servi à grand-chose. Avec les feux de brousse, la déforestation galopante ( cette région de l’île a perdu 80% de ses forêts en 50 ans), et l’interdiction d’exploiter le bois, les Zafimaniry tentent de sauver leur richesse en misant sur un reboisement massif. Mais tant que le trafic illégal existe, leur talent est voué au massacre…

 

Où s’arrête le temps…

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Dressé fièrement sur sa colline, le village domine la vallée. Une ribambelle d'enfants court dans les ruelles. Ils dévalent les minuscules escaliers qui traversent le village. Les fins de semaine sont des moments de délassement. Régis, le musicien du village gratte son "kabaosy", tandis que les jeunes entonnent leurs chansons accompagnées d'une danse endiablée. Assis dans un coin de la place, les anciens devisent tranquillement en attendant le repas du soir.

Le tableau est saisissant, un voyage pittoresque dans ce qu'aurait pu être un hameau malgache il y deux ou trois siècles.  Allan et Sahoby parcourent les ruelles, leurs appareils photo en bandoulière. Pour réaliser ce petit projet ( zay ho tantaraiko rehefa vita soamantsara), nous avons utilisés de très vieux appareils, une tonne de pellicules, et une volonté à tout rompre. Nous voilà, assis sur les rochers, admirant les derniers rayons du jour sur les contours d'Antoetra…Et le temps s’arrête.

Acquis à la cause des Zafimaniry, un certain Bekoto (Mahaleo). Je vous parlerai de ce petit grand homme, une autre fois. Le temps que je me remette de ce petit voyage improvisé. :)))   

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