17 octobre 2007

Non à la misère

974b45261a90490919ae391d7b9ca8dd.jpgAnselme Ratsimbazafy a vécu dans les rues d’Antananarivo pendant dix ans. Ancien professeur d’histoire, sa vie bascule à cause de l’alcool. Divorce, endettement, chômage…Il se retrouve à la rue, seul et démuni mais a choisi de remonter la pente. Voici le témoignage d’un ex-SDF, à l’occasion de la journée mondiale du refus de la misère, célébrée aujourd'hui.
 
 L.N : Qui êtes-vous, Anselme Ratsimbazafy ?

Anselme Ratsimbazafy : Un Malgache, un 4’mis, un professeur d’histoire, un homme de 47 ans, un père de famille…Faites votre choix ! Il fut un temps où j’étais un homme respecté car je représentais la réussite. J’ai fait des études, j’ai enseigné, je me suis cultivé. Après ma faillite, je suis devenu transparent. Je n’accuse personne mais j’ai aussi compris que l’argent pèse lourd dans le respect des autres. J’ai mes torts et je les assume mais la désillusion a été la plus forte, l’indifférence vous marque un homme.

Comment cette période de votre vie vous a-t-elle changée ?

L’instinct de survie est une chose extraordinaire. Seul, au bord du gouffre, vous savez que vous n’avez plus le choix, vous devez remonter la pente. J’ai compris que la vraie richesse des hommes libres, c’est d’avoir le choix.  Malheureusement, je ne l’ai compris que trop tard, mais prendre conscience de cette vérité m’a changé.

De quelle manière pensez-vous refaire votre vie ?

A un moment, je suis retourné à Imamba, ma région natale. Là-bas, je me suis défait de mon penchant pour l’alcool mais côté travail, ce n’était pas intéressant. Alors je suis revenu à Antananarivo. Au début, je vivais de petits boulots, « irakiraka ». Puis, mes patrons ont compris que je pouvais enseigner. J’ai fait faire des révisions à des enfants et des lycéens, donné des cours d’alphabétisation à des adultes, grâce à mes employeurs qui m’ont conseillé à leurs amis. Tout en étant l’homme à tout faire chez mes patrons, j’arrondis mes fins de mois, j’économise. Pour remonter la pente, il faut beaucoup d’humilité, n’est-ce pas ?

On vous sent très motivé.

Oui, je le suis. Quand on est le plus pauvre dans un pays très pauvre, soit on désiste face à la vie soit on choisit de se motiver…C’est la leçon que je tire de ces années de galère: la vie, il faut la vouloir, de toutes ses forces. On n’est que ce qu’on choisit d’être…A l’image de ce pays, de nous, Malgaches qui nous plaignons de ceci et de cela : il faut la vouloir, cette réussite, il faut se battre pour elle. Il ne s’agit plus de geindre, il s’agit de gagner. Les dirigeants vous déçoivent ? Les concitoyens vous fâchent ? Résistez, battez-vous, dites « non » à la misère de l’esprit et de la vie.

Propos recueillis par Mialisoa Randriamampianina.
 
 
 


19:35 Ecrit par Mialy | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

Commentaires

J'aime bcp cet article, pareil, à l'opposé de mon dernier séjour dans mon cher pays, c'est plutôt vers ce côté du quotidien que je me tourne, même pas pressée de partir sur la côte.

On espère te voir ainsi que tes confrères ce soir à Antananarivo miblaogy alors?

Ecrit par : tattum | 18 octobre 2007

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je ne pourrais pas passer ce soir mais j'essaierai la prochaine fois. c pas ke je m'en fous, an...

Ecrit par : Mialy s'en fout | 18 octobre 2007

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Bravo pour cet article-témoignage, très poignant.
"La misère à Madagascar" a été l'illustration du JT de PPDA de cette journée. J'ai trouvé un peu dommage de toujours montrer les memes images des gens qui fouilent les "ordures" avec les commentaires du père Pedro ( que je respecte profondemment néanmoins ), une interview celle-ci aurait été bien plus "parlante" et "touchante" à mon avis....

Chapeau bas à ce monsieur, il n'est p-e pas riche matériellement, mais force est de constater qu'il a bcp de richesses en lui, pour ne citer que l' "HUMILITE" et le "COURAGE"...
Merci à toi pour ce post.

Ecrit par : Ladypooh | 19 octobre 2007

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>soit on désiste face à la vie soit on choisit de se motiver

Des paroles à méditer assurément.

P.S: Dis-donc, tu pourrais nous tenir informé est dire par exemple que cet interview a été repris tel quel dans un journal local dès le lendemain même :) Ce n'est peut-être pas grand chose, mais ne nous prive pas du plaisir futile d'avoir eu l'honneur de la primeur ;)

Ecrit par : tomavana | 19 octobre 2007

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