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07 octobre 2007
Expédition en pays Zafimaniry
J'ai découvert Antoetra et le pays Zafimaniry grâce à un voyage que nous avons fait avec les Yltpiens et la Friedrich Ebert Stiftung. Une expédition qui sera à l'origine d'un petit réveil, après un siècle catatonique :) et qui m'a amené à revenir dans ce "bled perdu", à l'occasion d'un petit trek avec quelques amis.

Ralaibiha ouvre la porte de sa case, avec le sourire. A 84 ans, il est le patriarche d'Antoetra, le Tangalamena d'un village de 25 000 âmes. Sculpteurs de père en fils, génération après génération, il appartient à la tribu des Zafimaniry, la dernière à pratiquer et à vivre du travail du bois à Madagascar.
Ralaibiha est le chef spirituel, le représentant des ancêtres parmi les mortels. Les autorités locales s'adressent à l'Ampanjaka pour prendre les grandes décisions sur le village tout comme les villageois s'en remettent à sa sagesse pour leur quotidien. "C'est un ordre immuable qui maintient la cohésion de notre tribu" explique Kotoniaina Rafanomezana, maire du village. Lui-même a été "intrônisé" par Ralaibiha, malgré sa victoire aux urnes.
Les Zafimaniry ont été, de tout temps une tribu d’insoumis. « En général, les gens d’ici n’aiment pas les pressions, ils ont horreur du chantage. Ce sont des personnes que l’on ne peut pas manipuler », explique Rafanomezana. Un caractère fier qui a fait la gloire d’Antoetra en 1947. « Nous ne pouvions accepter que des étrangers s’emparent de la terre de nos ancêtres. Nos pères et nos grands-pères ont alors pris les armes et ont combattu. Le jour, nous nous réfugions dans les forêts, la nuit, les hommes attaquaient» se souvient le Tangalamena. Une époque gravée dans les mémoires: à l’entrée du village, une stèle salue le courage des rebelles, « en hommage à ces hommes et femmes qui ont acheté notre liberté au prix de leurs vie"

La case du patriarche, enveloppée d'une douce odeur de miel, est à l'image de ce savoir-faire. C’est une petite maison basse, à la tradition Zafimaniry. "Les jointures sont faites en bois, les cases sont ainsi démontables à volonté", comme l'explique Charles, guide touristique et enfant du pays. On les appelle les "trano mena", les cases rouges,"qui n'a rien à voir avec la couleur mais au respect que nous accordons au travail de celui qui construit". Sur la lourde porte d'entrée, le soleil est représenté par des pétales de tournesol aux contours finement ciselés. Tous les pans de mur sont ornés par ces reliefs géométriques, minutieusement travaillés. Ici, chaque foyer est "ouvert à ceux qui désirent notre amitié", nous dit Ralaibiha.
La fameuse "tana-paroratra", la toile d'araignée, et les "toho-tantely", les alvéoles d'abeille, sont les motifs de prédilection des Zafimaniry. La toile renvoie aux liens familiaux qui sont très forts: comme dans toutes les tribus malgaches, les Zafimaniry vivent et meurent ensemble. La ruche quant à elle rappelle la vie communautaire, la solidarité, l'entraide et le fihavanana...

Dans ce pays où l’agriculture subit les caprices d’un climat aride, le miel est une nourriture de base. Aux jours de fête, les familles Zafimaniry offrent une assiette de miel sur laquelle sont disposés des « sonjos » accompagnés d’une côte de bœuf affûtée.
L'autre visage de Madagascar

Antoetra, c'est aussi un étonnant paradoxe. Ici, le développement et la mondialisation ont commencé par briser les barrières des langues avant celles de la pauvreté. Habitués à côtoyer les touristes qui traversent le village pour visiter cette partie de l'île, les jeunes et les enfants ont généralement une assez bonne connaissance du français et de l'anglais, comprennent les basiques de l'italien et de l'allemand. C'est assez dépaysant de discuter en anglais avec un gamin haut comme trois pommes alors que moi-même, je baragouinais la langue de Shakespeare il n'y a pas très longtemps!
Mais l’autre visage de Madagascar, c’est aussi celle de la pauvreté qui est le quotidien des Zafimaniry. Un paradoxe, lorsqu’on sait qu’ils sont les héritiers d’un savoir-faire classé patrimoine de l’humanité depuis 2003, que leurs chef-d’œuvres sont connus dans le monde entier et que le commerce de cet artisanat traditionnel ne leur profite pas. Un pot de miel, une chaise ou un bibelot taillé dans ce village se vend dix fois plus cher à Ambositra, à à peine une heure de route. Des articles qui n’échappent pas à la contrefaçon, sachant qu’un buffet à la Zafimaniry peut se vendre jusqu’à 1.600.000 Ar…
Le label « patrimoine de l’humanité » n’aura pas servi à grand-chose. Avec les feux de brousse, la déforestation galopante ( cette région de l’île a perdu 80% de ses forêts en 50 ans), et l’interdiction d’exploiter le bois, les Zafimaniry tentent de sauver leur richesse en misant sur un reboisement massif. Mais tant que le trafic illégal existe, leur talent est voué au massacre…
Où s’arrête le temps…

Le tableau est saisissant, un voyage pittoresque dans ce qu'aurait pu être un hameau malgache il y deux ou trois siècles. Allan et Sahoby parcourent les ruelles, leurs appareils photo en bandoulière. Pour réaliser ce petit projet ( zay ho tantaraiko rehefa vita soamantsara), nous avons utilisés de très vieux appareils, une tonne de pellicules, et une volonté à tout rompre. Nous voilà, assis sur les rochers, admirant les derniers rayons du jour sur les contours d'Antoetra…Et le temps s’arrête.
Acquis à la cause des Zafimaniry, un certain Bekoto (Mahaleo). Je vous parlerai de ce petit grand homme, une autre fois. Le temps que je me remette de ce petit voyage improvisé. :)))
20:45 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : ZAFIMANIRY, ANTOETRA
Commentaires
Excellent ce reportage. Merci pour cette incursion en pays Zafimaniry. J'ai hâte de lire la suite sur Bekoto. :)
Ecrit par : Vola | 08 octobre 2007
Yltpiens ? Bekoto en est donc un ?
miandry ny tohiny izahay
Ecrit par : Rajiosy | 08 octobre 2007
je trouv ke tu devrai metr plus de reportag sur ton blog, pour k'on puisse connaître ton pays! on en veut encore! :) bonne continuation
Ecrit par : Kilim | 10 octobre 2007
Très joli billet : ). Bien que je connaisse le pays Zafimaniry, c'est comme si je le redecouvre une nouvelle fois car cette fois je le regardais avec tes yeux.
Ecrit par : crjo | 15 octobre 2007
Les commentaires sont fermés.