01 septembre 2007
Les grands esprits se rencontrent...
Mialy est une journaliste vraiment très paumée ( Signe particulier : paumée. Y a pas photo). Anselme, un prof un peu trop largué. (Signe particulier : francophone confirmé, une faillite incroyable, une première femme partie à l'île Maurice, une seconde femme restée à Imamba et six enfants dont deux à Maurice et 4 à Mada...) On s'est rencontré il y a un an, alors que la mairie a décidé de faire son "grand ménage" et de renvoyer les 4'mis ( SDF, on dit aussi Lemizo, chez nous, mais bon...). Anselme faisait partie de ceux qui devaient rejoindre l'Imamba (et qui a "fugué" plus tard, n'ayant pas trouvé son bonheur...) Il avait fait un joli pied de nez à Mme l'autorité suprême du Bureau municipal d'hygiène d'Antananarivo qui avait apparement cultivé l'idée qu'un 4'mi, c'est forcément un idiot. Je lui avais promis que j'allais faire un papier sur lui. Il m'a dit "Rejoins-moi sur le boulevard de l'Europe, à n'importe quel jour de cette semaine. On va parler..." Je n'y suis jamais allée, je n'ai jamais fait le reportage. Et en fait, j'ai totalement zappé Anselme pour me consacrer à ma précieuse petite vie de journaliste paumée. Aujourd'hui, je suis allée me promener du côté du palais de la Reine et je suis tombée sur l'ancien prof de lycée au jardin d'Andohalo. Lui m'a tout de suite reconnue et me demande " Comment ça va, le boulot?". Ma première réaction a été celle d'une tsalovavy berk be, "furieusement" dégoutée devant cet homme qui sent l'alcool plein nez. Rassurez-vous, ça m'a juste pris une seconde et je me suis secouée. Après tout, on se connaissait, non? Je me suis assise sur un banc et lui, à côté de moi. J'ai bien fait: Anselme m'a fait la discussion "édifiante" de la semaine. Comme quoi, ny olona tsy ampoizina, amin'ny fotoana tsy ampoizina ary amin'ny fomba tsy ampoizina foana no mampifoha amin'ny torimaso.

Tiako ary tena faniriako,
Raha ialahy no mba namana,
Mety handray ireto tanana...
- Et le canard. ça va.. L'Express, c'est ça?
- Les Nouvelles.
- Pourquoi pas l'Express? C'est bien, l'Express. Non?
- Vous n'aimez pas trop Les Nouvelles...
- Non, je ne connais pas, c'est tout. Avant je lisais l'Express.
- Avant quoi?
- Avant.
- Vous n'êtes plus à Imamba, alors...
- Non. Ma femme est restée là-bas. Ca vaut mieux.
- Pour qui?
- Pour rien.
- Qu'est-ce que vous faites, maintenant?
- Je vais, je viens. J'étais prof. Je te l'ai dit, ça? J'enseignais l'histoire.
J'aurais pu te faire la classe, toi. C'était quoi ta matière préférée à l'école?
- La philo.
- La philo! Du vent, tout ça! La philo...Planez, planez demoiselle...
Aoka aho,
Mba ho tompon-tsafidy,
Mba tsy havela hihidy
Ity vavako miteny...
- Vous ne regrettez pas d'être parti?
- Elle m'a dit de partir. Elles me disent toujours de partir.
- Moi, c'est eux qui partent.
- Mais toi, tu as une sale tronche.
- Merci, c'est sympa. Vous aussi.
- J'ai 57 ans et je suis alcoolique. Toi, tu n'as aucune excuse.
- C'est votre tour d'être méchant aujourd'hui?
- Jolie expression. "Le tour d'être méchant"...
Ce serait bien commode, s'il y avait un tour.
J'aurais pu te dire que c'est mon tour de devenir un enfoiré.
J'aurais eu une excuse.
- La vie est parfois étrange.
- On est ce qu'on choisit d'être, il n'y a rien d'étrange.
Louise est partie à Maurice. Avec un métis vazaha. Je te l'ai déjà dit? C'est son choix.
- Et vous, votre dernier choix, c'était quoi?
- Est-ce qu'on a le choix, quand on n'est plus libre? La liberté, c'est avoir le choix.
Est-ce que tu es libre, toi?
- ...Oui...
- Tu ferais bien de le rester.

Iandrasana, hitondra takaitra,
Zay 'ngamba ialahy vao taitra
Sao dia mba tara loatra....
- Ils vous manquent, vos enfants?
- Non. Oui. Peut-être...
- Comment ça?
- Je n'y pense pas. Plus. J'espère qu'ils vont bien, c'est tout. Qu'ils vont mieux.
- Vous n'avez pas d'autre famille?
- Je suis un cousin de Tsilavina Ralaindimby, de la famille...
- Vous ne voulez pas aller le voir? Voir s'il pourrait vous aider?
- Je suis une brebis galeuse. Je suis une âme perdue. Very ambiroa.
- C'est affreux, ce que vous dites...
- N'attends pas de perdre ton âme pour comprendre que c'est affreux.
F'izaho sy ialahy
Hamafy hafaliana,
Hanome fanampiana
Ny mitovy amiko...
- Qu'est-ce que tu vas écrire, dans ton article?
- Je ne sais pas.
- C'est bien, d'être journaliste?
- Ouais. Ca dépend, si on veut vraiment devenir un bon.
Si on a vraiment de la passion
- Tu veux devenir une bonne journaliste ?
- Oui.
- Tu es sur la voie?
- Non.
- Quand penses-tu te remettre sur les rails?
- Je ne sais pas.
- Tu ne sais rien de rien.
-...
- Sale tronche et ignare. Tu ne sers à rien. On ne te l'a pas dit ça?
Qu'est-ce qu'on t'a dit de plus vrai, ces derniers temps?
- "Je ne m'affiche pas avec toi".
- Tu m'étonnes. Avec ta tronche de fayotte!
- Vous êtes vraiment culotté, dans le genre.
- Dans le genre 4'mi.
- Mais je suis bien une ignare, moi, dans le genre journaliste paumée...
- Ce n'est pas comme ça que tu y arriveras.
- Je sais. Je ne compte pas y arriver comme ça.
- On y arrivera pas comme ça. Ce pays est fichu, tu sais.
Entre les mains des rapaces, il est fichu, ce pays...

Raha eo ialahy
Hiteny ireo nangiana...
Fahafahana no iriana,
Ho an'ny Taniko
- Dis-leur, quand tu vas écrire...
- Que voulez-vous que je leur dise?
- Qu'ils se trompent. Moi, je suis Anselme, le prof. Pas Anselme, le 4'mi.
Dis-leur.
- Je leur dirai.
- Ne verse pas dans le cliché. Il y a trop de cliché dans ce pays.
Je suis Anselme, le professeur d'histoire. Tu es...
- Mialy.
- Tu es Mialy, la journaliste. Dis-leur.
- Je leur dirai.
- C'est comme ça, qu'on y arrivera.
- Je peux vous demander une chose, Anselme?
- Dis toujours.
- Comment êtes-vous passé à la rue?
- Et toi, comment es-tu devenue cette journaliste paumée?
-...
-N'attends pas. N'attends pas. Ne plane pas. Pas trop haut. Et dis-leur.
Ka ny fanahiko,
Hitovy amin'ny vorona...
- Je m'en vais, Anselme. Il se fait tard...
- Va devant, je reste un peu.
- Ok. Au plaisir de me refaire traiter de sale tronche.
- Je suis méchant, comme ça, mais je dis vrai.
Tu n'es pas très jolie, comme fille. 'Te fais pas d'illusion.
- Ok. Je m'en souviendrais.
- Mais moi, mes fonds de culottes sont troués.
- Moi aussi.
- Sale tronche. Culottes trouées.
- Au revoir, Anselme. Bonne chance.
- Eh, fillette!
-... Oui?
- Je m'affiche.
- Pardon?
- Moi, je m'affiche avec toi.
22:00 Ecrit par Mialy | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
Commentaires
Je ne sais pas si c'est du lard ou de l'art ton histoire-là, mais ce Anselme même aviné il mérite une statue. Pour sa lucidité.
Et toi tu mérites un gros bisou pour ce témoignage plein d'humilité et d'humanité.
Bonne journée !
Ecrit par : Vola | 03 septembre 2007
Répondre à ce commentaireEcrit par : Journaliste tsy nouvelles | 03 septembre 2007
Répondre à ce commentaireEcrit par : Zina | 03 septembre 2007
Répondre à ce commentaireEcrit par : Mialy s'en fout | 03 septembre 2007
Répondre à ce commentaireEcrit par : Scott | 03 septembre 2007
Répondre à ce commentairejoli.
Ecrit par : Scott | 03 septembre 2007
Répondre à ce commentaireLà où j'ai été un peu largué, c'est quand vous parlez du "je ne m'affiche pas avec toi"... Je n'ai pas très bien saisi.
Je spécule donc que votre petit copain (ou votre ex, peu importe) vous aurait dit cela. Le conditionnel est de rigueur, car j'ai déjà pu constater que les jeunes femmes tirent très souvent cette conclusion du "je ne m'affiche pas avec toi" même si dans la plupart des cas, le gars ne le lui a pas dit ou n'y a même pas pensé tout simplement. Cela résulte de l'ambiguité et du manque de courage pour la discussion des hommes. Faut pas nous en vouloir. Mais il ne faudrait pas non plus en conclure que nous n'aimons pas nous afficher avec vous gentes dames.
Quoiqu'il en soit, l'idéal serait de ne pas trop dramatiser. Le m'as-tu-vu (mais dans la main, becoter en public...) ne vaut pas un profond sentiment bouillonnant à l'intérieur et qui s'exprime par des gestes, des regards, des sons autrement plus discrets mais qui produisent des effets beaucoup plus adorables.
Je théorise, c'est sûr. Mais à y voir plus près, s'entêter à "s'afficher" pour être sûr de retrouver un peu de réconfort et de confiance en soi, c'est faire le choix de se passer d'instants de bonheur. Ca pousse aussi l'autre à se sentir harcelé et à "ne pas s'afficher" ad vitam aeternam, et à s'en aller tout simplement.
A propos des destins brisés, comme celui d'Anselmne, cela arrive tous les jours. Il ne faut jamais se dire que "ça n'arrive qu'aux autres." Que nous fassions ou pas de mauvais choix dans la vie, rien n'est joué d'avance. Le bonheur comme le malheur peut se réaliser sur des cumuls comme sur une seule grosse cagnotte.
Ecrit par : perudenconjecture | 04 septembre 2007
Répondre à ce commentaireLe "je ne m'affiche pas avec toi" c'est un truc qu'on m'a dit un jour et qui m'a marqué mais pas pour la raison que vous évoquiez, (parce que finalement tout ça, on s'en fout). Je vous en parlerai, une autre fois. J'attends que vous vous retrouviez dans vos conjonctures...
Et voila comment le blog devient le rendez-vous des psys en herbe. Huhuhu
Ecrit par : Mialy s'en fout | 04 septembre 2007
Répondre à ce commentaireEcrit par : Zina | 05 septembre 2007
Répondre à ce commentaireEcrit par : Rajiosy | 05 septembre 2007
Répondre à ce commentaireEcrit par : Rajiosy | 05 septembre 2007
Répondre à ce commentaire"N'attends pas. N'attends pas", j'ai cru entendre Bebe... Sûrement un des meilleurs talismans.
Ecrit par : Nath | 10 septembre 2007
Répondre à ce commentaireBonne semaine
Ecrit par : Nivo | 10 septembre 2007
Répondre à ce commentairede 'zay le hoe raha mba nanana elatra sa ?
Ecrit par : elsifaka | 14 octobre 2007
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