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29 avril 2007

Le bouc


Une tradition religieuse hébraïque veut qu'on envoie dans le désert un bouc qui transporte sur son dos le péché des hommes pour aller mourir sur les terres d'Azazel, un démon sauvage.  Si vous aimez lire la Bible, vous verrez cette coutume dans l'histoire d'Aaron, dans le livre des Lévitiques. Pour symboliser la confession et l'expiation des fautes commises, Aaron posa les deux mains sur la tête du bouc et l'envoya dans le désert "le bouc emportera sur lui toutes leurs fautes en un lieu aride". C'est de là que vient l'expression "bouc émissaire".

 

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Pendant des années et des années, parfois même aujourd'hui, Dieu a été pour moi une sorte de souffre-douleur, quelqu'un à qui je réservais toute ma colère. Et j'étais vraiment en colère, d'une colère d'enfant, entière et sans concession, violente et absurde. Je n'accusais pas Dieu, je l'exécutais. Tous les soirs, je menais son procès, un procès que je gagne toujours. Il montait sur l'échafaud pour que je fasse tomber la guillotine. Et au milieu de mes larmes, je voyais sa tête divine rouler sur le sol froid. Chaque soir, j'assassinais Dieu. Chaque matin, il revenait
 
J'ai encore beaucoup de mal à m'expliquer certaines choses et je suis parfois ahurie et désarmée par ma propre brutalité car quand même, j'étais en train de tenir tête à Dieu. Mais aujourd'hui voici ce que je pense: pour bâtir une foi, il faut parfois savoir en douter pour avancer. Est-ce que quelqu'un qui n'a pas douté ou qui ne doute pas peut être sûr d'avoir vraiment la foi? Je ne sais pas. Mais, je le dis, tout en sachant ce que le doute comporte de malaise, de regrets, de remise en question et de désillusions. Je l'ai fait. Je n'en suis pas plus heureuse, mais je sais que je n'aurais pas pu continuer mon chemin si je  ne suis pas passée par là.
 
Aujourd'hui, et même si il me reste quelques bribes d'incompréhensions et quelques questions sans réponses, même si certaines choses me révoltent toujours, j'apprends à trouver la force de changer les choses que je peux changer, à trouver la sérénité et l'humilité pour accepter que je ne pourrais pas tout changer et de dire merci, pour le peu que j'aurais pu faire avec ce que j'ai. 
 
Et finalement, je me dis qu'avoir la foi, c'est accepter qu'il y a des choses qui nous échappent. C'est accepter de mettre ses doutes et ses colères dans d'autres mains. C'est accepter qu'on n'est pas Dieu. Et avoir le courage enfin de lâcher le bouc.

 

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26 avril 2007

Gasy?

medium_LEMIREJeanBaptisteRanali.jpgOn parle beaucoup ces derniers temps d'origine, d'identité, de racines et du fameux article 46 de la Constitution réformée. Et je suis toujours un peu amusée  et finalement très perplexe quand j'entends (et je l'entends partout ) le discours très engagé des "vrais" Gasy. Ne me demandez pas de quoi ils parlent, j'ai du mal à faire la différence entre l'identitaire et le folklore. C'est vous dire que j'ai baissé les armes depuis longtemps. Tout ce chauvinisme rigide et rugueux a fini par avoir raison de ma très grande volonté de me remettre en question et comme je le disais aux Yltpiens, "safiotra, fa Gasy foana." 
 
 
 

medium_aquarelle.jpg"Les Malgaches accusent un sérieux lacune sur la connaissance de leur histoire." C'est l'argument massu, sans cesse répété, (d'autant plus chiant qu'il n'est pas faux :)) ) Moi, je dis, OK ary e. Et donc je fais le chemin inverse, écumant fièvreusement les livres poussièreux d'Ambohijatovo pour combler ce vide, ouvrant l'oeil et scrutant les cieux, à la rencontre de ce passé que je ne connais pas. Mais, horreur!!! Je ne me reconnais pas, dans ce passé. Je ne suis pas de cette culture quadrillée de tabous et d'interdits alambiqués. Je ne suis pas de ces gens qui accordent le respect aux "fotsy volo" en se disant que la sagesse vient avec l'âge. J'ai horreur de cette manie de ne voir dans le dialogue qu'un système de "fananarana", de leçons et d'exemples à donner d'un père à un fils, d'un aîné à un cadet, d'un grand à un petit. J'ai un sens très limité de la famille et n'ai qu'une notion de base de l'hospitalité...

 

medium_p48-3.jpgEt pourtant. Quand rentrant d'un long voyage, je revois les contours de Manjakamiadana à l'horizon... Quand je reviens d'ailleurs et que les lumières d'Antananarivo clignotent devant mes yeux alors que l'avion atterit sur Ivato et que j'entends l'horrible voix nasillarde de l'hôtesse annoncer qu'il fait 25°C à l'extérieur... Quand un jour à après 48h de vol, fatiguée et leo be de parler un anglais approximatif et scolaire, j'ai les larmes aux yeux entendant une Malgache m'interpeller : "Aty ny lalana e!"...Quand je passe un week-end chez Dada et Neny à Ilafy et qu'ils me servent du vary amin'anana au matin...Quand après la pluie, une bonne odeur de terre et d'herbe fraîchement coupée rentre dans la maison de mes parents... Quand je m'esclaffe en lisant l journal intime de Raobisaona qui "naka vehivavy tamin'ny volan'ny tsena"... Quand je tombe sur un vieux livre de mon enfance, Tefy et Tiana... Quand je souris en entendant mes petits neveux, hauts comme trois pommes, donner du "ianareo" à mon frère... Quand je lis "Fofombadiko" d'E.D Andriamalala que je suis sans doute la seule à trouver érotique... Quand les femmes de ce petit village Mahafaly nous ont apporté un plat de riz blanc et de bengy, juste parce qu'on passait là, au déjeuner... Quand on a bu du toaka gasy sur le sommet d'Andringitra et qu'on a partagé le kitoza bien grillé des guides qui nous parlent dans un patois incompréhensible... Quand j'écoute Mahaleo...A chacun de ces moments précieux, je sais que je suis Malgache. Voilà tout. 

Alors ces grandes théories sur l'identité avec un "I" majuscule... Merci bien, mais une autre fois.