28 février 2007

La France déconne

Article paru chez Les Nouvelles, le 1er mars 2007.  

Sur le blog de Karl Zéro, un Malgache de France témoigne sur la discrimination à l’embauche

Faites que vos pérégrinations cybernétiques vous conduisent à cette adresse, http://leweb2zero.tv ; vous êtes chez Karl Zéro. Et Karl Zéro vous parle d’un fait qui touche beaucoup de monde, dont un Malgache d’An-dafy : la discrimination à l’embauche. Preuve à l’appui, vous y visionnerez le témoignage de la victime que vous verrez aussi à cette adresse: www.dailymotion.com/francediscrimination.

« Faut pas déconner »

9 février, Paris. Un jeune homme, d’origine malgache, française et grecque, postule pour un poste de commercial au sein de Pulpmédia international, « un start up spécialisé dans les conseils aux entreprises, dans les domaines comme le marketing et le publicitaire », d’après son témoignage. Deux heures après l’envoi de sa demande, la société répond via le mail. Réponse courte et concise, décidément révélatrice d’une autre France : « Commercial malgache, Pulp, c’est international mais faut pas déconner non plus ;))))). » Aux explications demandées plus tard à l’employé indélicat, une boutade : « C’était une blague. » Une blague qui aurait pu être drôle si on n’y pensait pas et finalement discriminatoire, si on y réfléchit. « Mais voilà, je ne déconnais pas », réplique le jeune homme dans sa vidéo. Il porte plainte.

Plainte

Cette plainte pour discrimination à l’embauche est déposée le 23 février. Suite à une conversation téléphonique, il a obtenu du P-DG de la société la sanction qui s’applique à pareil écart : un licenciement. « Mais à ma connaissance, l’employé n’est pas encore licencié. » La discrimination n’est pas un fait nouveau. Bien au contraire, elle est présente partout et fait une pléthore de victimes. Ce don d’ubiquité en fait un bastion sérieux du racisme au quotidien et en milieu de travail. La discrimination est parfois méconnue parce qu’elle est souvent assimilée aux conditions que l’employeur peut légalement exiger et qui ont un lien avec le poste proposé. Mais souvent, l’omerta l’emporte car, étranger vivant à l’extérieur, on ne se reconnaît pas le droit de revendiquer. Jusqu’à ce qu’Internet devienne le moyen d’en parler.

Mialy Randriamampianina.

27 février 2007

Alter phobie

A Alex et Joêl, avec mon coeur de petite fille...J'espère que vous rirez en me lisant, j'ai écri cet édito "avec le majeur debout"

medium_gay_pride.JPG« Pelaka ! », hurlait ce jeune homme qui « ne les aime pas et qui veut les insulter. » Et parce que la cible de l’invective, des travestis prostitués, n’appartient pas à la noble caste des gens «  normaux », le geste n’encombre personne. Bien au contraire, on approuverait sans conteste car qui oserait s’insurger contre la voix de la sagesse populaire ?

Longtemps nourri de l’idée que l’homosexuel est un rescapé de la cage aux folles, on se plait à n’y voir au mieux une « maladie génétique », au pire, une « défaillance sexuelle et mentale», mais y voir un choix ou même l’absence d’un complexe, ciel, quelle hérésie ! Et la conscience collective, bourgeoise et insolente, se targue de la bienséance  morale pour justifier une violence gratuite et stupide. Une bienséance qui ignore sournoisement l’autre, la personne et l’humain au profit d’une mesquinerie inutile. Et qui se réveille un matin, ébahi de voir que même les « pelaka » ont eu leur part dans l’Histoire. Et que désormais, ils en auront toujours, non pas parce qu’ils sont homosexuels mais parce qu’ils sont des êtres humains.  

A une époque, la « haine sociale » crachait son venin sur les mères célibataires, les femmes sportives, les suffragettes, les handicapés, les libres penseurs, les agnostiques, les animistes…, bref tout ce qui est différent et qui n’entend pas s’en cacher. A Salem, on brûlait les sorcières, comme sur les hauteurs d’Ampahamarinana, on jetait les corps des premiers chrétiens. En l’an 2006, on n’a pas trouvé mieux que d’injurier des gens, juste parce qu’ils sont différents.


medium_vu_accueil.jpg N’est-ce pas, que ce XXIème siècle, l’ère du dialogue par excellence est aussi celui des paradoxes ? Aujourd’hui, à une époque où on prône plus que jamais le respect, la liberté et l’égalité dans les quatre coins du monde,  il suffit d’être homosexuel pour se faire injurier dans la rue par un inconnu. Tout comme hier, il suffisait d’être Juif, Noir, Hutu, Tutsi, femme ou « mécréant avec sa gueule de métèque ». La différence a toujours choqué et bien qu’elle nous ait mené vers notre plus grande décadence, on ne peut se passer d’édifier l’exclusion comme seul moyen de s’exprimer.

Que la différence « dépasse l’entendement », on n’aura certainement pas le toupet d’exiger plus que ce que l’on peut donner. Personne n’exige la compassion, la pitié, ni même la compréhension. Du respect et un dé à coudre de bon sens, ça ira, merci. Un brin de jugeotte qui dans dix ans évitera à nos fils et nos filles le ridicule d’injurier quelqu’un juste parce que son nez est de travers.  

Mialy Randriamampianina. 

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26 février 2007

Histoire de Q

 


medium_torse-homme-nu-accroupi.2.jpg

 

 

Q.I 


Même si j'en ai vu des culs
C'est son Q.I qui m'a plu
Je vis le choc de cul...ture
La belle aventure

Même si je suis dans son lit
C'est son Q.I qui me lie
À lui pour la vie entière
Bien que solitaire

Et moi j'en ai vu des culs
Mais c'est son "Q.I" qui eut
Le dernier mot pour m'avoir
Là, sur le plongeoir

Bien sûr j'en ai vu des cons
Mais son Q.I me rend com-
-plétement occise de désir
Quitte à en mourir

Sa bouche est sanctuaire
La plus sacrée des prières
S'alanguir est pour moi
Le pire des effrois, c'est froid

Sa bouche est sanctuaire
Le plus sacré des mystères
Il est l'ange pour moi
Je lui dis tout bas...

Qu'il a les rondeurs d'un "Rodin"
J'aime ! Ça m'incite à...
Il sait la douceur de mes reins
Qui oscillent...
Il sent la tiédeur de mes mains
J'aime ! Ça l'incite à...
Longue est la route de nos plaisirs...
...sémantiques !

Même si j'en ai vu des cas
Son Q.I moi, me rend coi...
Devant telle érudition
Langue morte, oh non !

Et quand je suis dans son lit
C'est son Q.I qui me lit
La physique des quantas
Quant à moi, je crois que...

Ton Q.I, mon cul est, ton Q.I
C.Q.F.D.

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18 février 2007

Une journée dans le camp des sinistrés d’Ankasina

La pluie et le beau temps n’ont jamais été aussi importants pour les 12.000 sinistrés d’Antananarivo. Chaque jour apporte l’espoir d’une journée sèche, mais le climat reste versatile. Quand au dénuement s’ajoute l’inquiétude, ce sont des familles épuisées qui essaient tant bien que mal de réorganiser leur existence.  

                                                                                                                                                                                                               Joséphine Razafindrazay scrute le ciel. Les nuages, gris de plomb, ne présagent rien de bon. Depuis un mois que les siens ont quitté leur maison d’Ankasina, complètement inondée, elle a pris l’habitude d’observer le temps. « La moindre averse peut-être fatale, la maison s’écroulerait, nous serions perdus pour de vrai », confie-t-elle, inquiète.

Chez soi, dans un coin

Joséphine Razafindrazay et ses quatre enfants font partie des 676 sinistrés, vivant sous les tentes d’Andohatapenaka depuis un mois. Dans cet abri de moins de 20 m2, qu’ils partagent avec une centaine de personnes, Joséphine et les siens ont leur petit coin. « On a un lit de paille, des couvertures, des  ustensiles de cuisine et des vêtements dans un sac. Chaque matin, je fais mon inventaire», explique-t-elle.

Matelas et lits de paille jonchent le sol, séparés par une allée au milieu de la tente où les enfants s’amusent au « tso-bato. » Au fond sont entassés des vêtements, des seaux, des chaussures. Une petite horloge égrène les heures, une radio donne le rythme à la journée des occupants. Sur des cordes tirées ici et là, des draps sèchent à la vapeur d’une dizaine de « fata-pera », réchauds à charbon, où le riz  cuit sous l’œil vigilant des mères de famille.

Tours de garde

En fin de soirée les hommes quittent le camp. « On monte la garde dans nos maisons de  peur qu’on nous vole le peu qui nous reste », explique Justin. Les uns partent avant le dîner et seront relayés par d’autres, un peu plus tard dans la nuit. Mais l’inquiétude de ces hommes est surtout de voir le niveau de l’eau augmenter encore. « Depuis cette semaine, l’eau est passée à hauteur de cuisse alors qu’elle frôlait à peine les genoux, il y a quelques jours », d’après Justin.

Dans les tentes, on s’apprête à dormir. Les corps s’étendent, ici et là. Il est impossible d’avancer sans heurter un pied ou une main. Des bébés hurlent, des mères consolent. Quelque part, on écoute la radio et on entend des conversations qui continuent jusqu’à tard le soir. Le camp s’endort, sous une pluie battante.

 

Quand l’hygiène n’est plus une priorité

  medium_P9_N_3.2.JPG« Je vous assure que cette eau est propre, c’est ici que tout le monde fait la lessive ! ». Patricia est debout dans le grand canal, près du camp. Sa cuvette de linge sur le bas côté, elle rince des tennis qu’elle venait de laver dans cette eau verdâtre. Des détritus, des épluchures et des ordures flottent à la surface. « Tous les matins, je fais la lessive de  mes cinq cadets qui sont trop jeunes pour la  faire tous seuls », explique cette adolescente de 14 ans.

C’est ce caniveau qui sert d’eau de lessive aux sinistrés depuis maintenant un mois, sous l’œil indifférent des passants. Mais les convaincre de n’utiliser que l’eau des bornes-fontaines est une cause perdue : « Ce n’est pas vous qui devez faire un détour tous les matins. Et puis, l’eau du robinet sert au repas, pour le reste, on fait avec ce qu’il y a ! », explique Razaimanana, excédée par «  des sermons qui n’amusent que les riche et qui nous auraient bien intéressés si on n’était pas dans cette situation. »

A côté, des enfants chantent à tue-tête près de deux WC publics de fortune entourés d’un marécage douteux. Des cabinets en bois sur pilotis, sous lesquels des demi-barriques qui servent de fosse et qui ne peuvent plus contenir les excréments. « Ne vous inquiétez pas, quelqu’un nettoiera sûrement tout ça dans la nuit », rassure Mariette. « Un médecin du centre d’Andohatapaneka vient nous voir tous les jours, soigne les malades et distribue les médicaments. Si jamais ce que vous voyez là est mauvais pour nous, il nous le dirait forcément. » 

 

 

Mialy Randriamampianina. 

Photo : Tiana Rakotomavo. 

 

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14 février 2007

M’aa et Xhi vous parlent d’amour

medium_mainsEnCoeur2.jpgLe couple mythique, M’aa sy Xhi, sonde les profondeurs d’une philosophie qu’ils ont découverte et nourrie ensemble. Ils vous parlent d’amour, à l’occasion de la St-Valentin. Des idées décalées, parfois incomprises, toujours surprenantes mais qui, à leur manière, répondent aussi à la question que tous se posent : Et finalement, l’amour, c’est quoi ?

Beaucoup voient dans la St Valentin une fête importée de l’Occident. M’aa et Xhi revendiquent cependant une origine malgache à la journée du 14 février.

Dans la culture occidentale, la St-Valentin fait allusion à un prêtre romain de l’an 270, et qui fut martyrisé. A première vue, le 14 février est donc une fête occidentale. Mais en s’y penchant bien, on se rend compte qu’il y a dans cette célébration une grande part de la culture malgache. Le mot valentin dérive du malgache « Valitiana ». « Valy » ou « vady » signifie conjoint. « Tiana » veut dire aimé ou chéri. Valentin est donc synonyme de conjoint chéri.

Le chiffre 14 quant à lui indique le 14ème jour du mois lunaire. C’est le « fenomanana » ou la pleine lune. La lune est divisée en deux quartiers, symbolisant l’homme et la femme, dont chacun apparaît tous les sept jours. Les deux s’additionnent et donnent le chiffre 14 c’est-à-dire le 14ème jour où la lune apparaît entière et, représentant ainsi le couple, homme et femme, elle devient le « volan-tantely » ou la lune de miel.

Enfin, le mois de février est le mois des coups de foudre, non ? L’Imerina a toujours été réputé pour les foudres qui s’y abattent fréquemment et qu’on peut expliquer scientifiquement. N’est-ce pas sur les hautes terres que l’on croise les « Mpilalao varatra », ces faiseurs de foudres ? Et c’est en février, mois des gros orages que la foudre nous tombe dessus.

medium_img071_1.jpgVous pensez donc que la St Valentin est une fête bien malgache ?

Oui. Et si elle n’est pas entièrement malgache, au moins on sait qu’une importante signification de cette célébration est de chez nous et on est en droit de la fêter. Les gens croient que le 14 février n’appartient pas à notre culture, mais savent-ils vraiment ce que sont notre culture et nos valeurs ?

La conception de l’amour est elle différente pour les Malgaches ?

Qu’est ce que l’amour pour un Malgache ? En cherchant sa moitié, le Malgache se pose des questions sur la naissance de celle-ci, son « vintana ». On symbolise cette quête par la main qui n’a que deux faces et qui ne font qu’une. Le pouce indique l’homme toujours représenté par un chiffre impair car il naît, vit et meurt comme une seule personne. Les quatre doigts représentent la femme qui suggère un nombre pair car quand elle attend un enfant, on sait qu’il y a deux personnes différentes en elle. L’homme et la femme, voilà donc les deux personnes qui constituent la main. Une main ? Cinq doigts, c'est-à-dire cinq enfants. On a donc le père, la mère et les cinq enfants : les sept personnes, les « Fito » qui composent la famille et qui sont à la base de l’amour, les « fito havana », le « fitiavana » !

medium_mains_coeur-2.gifCela suppose donc qu’il existe un idéal de cette famille née de l’amour ?

Bien sûr, et c’est l’histoire des Zazamarolahy ! En regardant une main, et en se souvenant que l’homme est du nombre impair et la femme, du nombre pair, vous verrez ceci : chacun des quatre doigts possède des articulations qui divisent le doigt en trois et qui est un chiffre impair. Ces quatre doigts représentent donc des garçons. Et le pouce a deux divisions, deux est un nombre impair, l’enfant est une fille. La famille idéale a donc quatre garçons et une fille, une famille de Zazamarolahy. Aujourd’hui, grâce aux moyens modernes comme l’échographie, on peut très bien créer ce genre de famille. 

Comment trouver cet amour ?

Rien ne vient au hasard, tout s’organise, car l’amour, c’est aussi une question de « vintana », de naissance. Toujours vérifier que les « vintana » des deux personnes correspondent l’un à l’autre, qu’elles peuvent former ensemble une main. Et ne jamais oublier que si ça ne marche pas, il y a toujours un choix ou deux à côté car c’est ce que les jeunes oublient souvent !

Propos recueillis par Mialy Randriamampianina pour Les Nouvelles

 

Ne dites plus  Xhi et M’aa !

Désormais, les époux se nomment M’aa et Xhi et pour cause, « nous sommes entrés dans une nouvelle étape car on est « lao-jafy », nos enfants nous ont donné un petit fils. » L’inversion des deux noms part d’une logique qui échappe au  commun  des mortels : « En naissant, l’enfant sort la tête en premier et donc affronte ses parents. Cet enfant plus tard aura un enfant, qui en naissant l’affrontera. Mais cet dernier se tournera vers les grands parents à qui il reportera sont attention, et ainsi de suite. En Malgache, on dit « mivadika ny rasa », l’ordre des choses s’inverse et d’inachevés on devient des êtres finis, des « antitra ». D’où l’inversion qui donne M’aa et Xhi. » Bref, la boucle est bouclée !

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03 février 2007

Ceci est un bouquet de fleurs...

medium_Bouquet_Passion_Rose.jpgUne vieille dame chinoise possédait deux grands pots, chacun suspendu au bout d'une perche qu'elle transportait, appuyée derrière son cou. Un des pots était fêlé, alors que l'autre pot était en parfait état et rapportait toujours sa pleine ration d'eau. À la fin de la longue marche du ruisseau vers la maison, le pot fêlé lui n'était plus qu'à moitié rempli d'eau. Tout ceci se déroula quotidiennement pendant deux années complètes, alors que la vieille dame ne rapportait chez elle qu'un pot et demi d'eau.

Bien sûr, le pot intact était très fier de ses accomplissements. Mais le pauvre pot fêlé lui avait honte de ses propres imperfections, et se sentait triste, car il ne pouvait faire que la moitié du travail pour lequel il avait été créé.

Après deux années de ce qu'il percevait comme un échec, il s'adressa un jour à la vieille dame, alors qu'ils étaient près du ruisseau. « J'ai honte de moi-même, parce que la fêlure sur mon côté laisse l'eau s'échapper tout le long du chemin lors du retour vers la maison. »

medium_Holland_Bouquet_R_.JPGLa vieille dame sourit : « As-tu remarqué qu'il y a des fleurs sur ton côté du chemin, et qu'il n'y en a pas de l'autre côté ? J'ai toujours su à propos de ta fêlure, donc j'ai semé des graines de fleurs de ton côté du chemin, et chaque jour, lors du retour à la maison, tu les arrosais.Pendant deux ans, j'ai pu ainsi cueillir de superbes fleurs pour décorer la table. Sans toi, étant simplement tel que tu es, il n'aurait pu y avoir cette beauté pour agrémenter la nature et la maison. »

 

Chacun de nous, avons nos propres manques, nos propres fêlures. Mais ce sont chacun de ces manques qui rendent nos vies ensemble si intéressantes et enrichissantes , chacun a quelque chose de bon en soi....

Donc, à tous mes amis fêlés, passez une superbe journée et rappelez-vous de prendre le temps de sentir les fleurs qui poussent sur votre côté du chemin !

 

Retrouvez ce texte ici : http://desoreillesaucoeur.hautetfort.com 

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01 février 2007

Logique adolescente des premiers amours

A l'approche de la St Valentin, j'ai envie de vous parler de petits souvenirs qui maintenant vous feront marrer, mais qui étaient, il y a à peine dix ans, de vrais principes immuables de la vie d'adolescents acnéiques et mal sapés (du dedans, comme du dehors). 

Dans la civilisation d'ados ( de mon temps en tout cas), une organisation tacite mais non moins incomprise s'est incrustée. D'abord les gars d'un côté, les filles de l'autre. Ensuite, chaque catégorie était subdivisée selon leur origine scolaire, qui est une véritable carte de visite. Donc, sur une échelle de 1 à 10, sachant que 1 équivaut à looser total et 10 à nec ultra et surtout sachant que le jury est composé de fidèles téléspectateurs et trices de Beverly Hills (ça compte beaucoup pour jauger le niveau du QI).

medium_BB_Fido_Dido.jpgChez les garçons:  

Les gars de l'Esca: ont la côte. Allant de six à huit. Tu dis que ton copain bosse à l'Esca, les antennes fureteuses s'activent tout de go...parce que ça veut dire que tu as tes entrées au paradis des cons... (au propre et au figuré)

Les gars de St A: Moins de cinq, généralement. Sauf cas exceptionnel, où on a eu des dix mais je ne vous dirais pas qui. 

Les gars de Sémigany: Huit à dix. La réputation de mauvais garçons est très porteuse... Tu sors avec un gars de St Michel, t'es classée parmi les "expérimentées"... et oui...

Les gars du Lycée Français et de l'Alliance Française : Neuf. Même moche et con, allez savoir pourquoi... Les filles ne disent jamais "Dix!", parce qu'elles ont peur qu'on leur dise :"Bin, il est riche et bien sapé donc, ça lui fait un dix?", mais en fait, ... huhu... 

Les gars des lycées privés et non confessionnels (Mascareignes, Peter Pan, CAA, La Source, Clairefontaine... ): Sept à neuf. Ils avaient même des mascottes qui rayonnaient jusqu'à Ouarzazate. Qui se souvient de John? et de Teddy? wahahahahahahahaha!!!!

Les gars des Lycées publics: Moins de six. La réputation de lycée public était malheureusement très mal acceptée, rapport au fait qu'on assimile très souvent le public au pauvre... Ne vous faites pas d'illusion, même aujourd'hui, ce genre d'idée reçue est monnaie courante.

 

medium_medium_agrippine.3.jpgChez les filles: 

La cote varie beaaaauuuuuuccccouuuuup chez les filles, suivant l'origine scolaire du jury, suivant qu'il soit un garçon ou une fille, suivant qu'il ou elle soit bien coté(e) dans son propre établissement..and so one. Comme je vous ai dit, c'est un algèbre très étrange... 

Les filles de l'Esca: Six à huit, selon le jugement généralisé des garçons . Moins de quatre, si c'est une fille mal cotée de son établissement qui fait le jury (mal cotée signifiant qu'elle a mauvaise réputation), quatre à six, si il s'agit d'une fille pas cotée du tout ( anonyme et transparente...). Les extrêmes comme 1 à 0 ou huit àdix sont systématiquement brandis par les filles très bien cotées dans leur école ( 1 à 0, quand la fille Esca est mieux cotée qu'elles en dehors et dans l'Esca. Et surtout 0 si la fille Esca sort avec un gars de l'école de la fille jury. Huit à dix, si la fille Esca est un peu moins jolie et n'en fait pas trop... )

Les filles de St A : Six à neuf, généralement, surtout chez le gars Semigany. Le côté filles en uniformes est vu comme un élément d'inoffensivité majeure et de fleurbleuisme à donf les baleines... Quoique! La fille St A est dans la lignée des petites bourgeoises en voie d'émancipation sexuelle et nicotinique. Jusqu'à ce qu'elle devienne la grande émancipée qu'elle sera, elle garde sa cote des six à neuf. Après elle devient ce qu'elle devient et bon... Comment savoir qu'elle l'est devenue? On l'a rangée dans la cote de la fille Esca... Ceci étant, bon nombre de filles St A affichent un triste 4 à 5 pour toute leur vie lycéenne. Ni moches, ni bêtes mais voila...

Les filles Semigany: Moins de cinq. Tout le monde a peur des filles de St Michel ou alors respectait les filles de St Michel. Elevées dans un collège de mecs, tout le monde les croit "élvées à la dure" (?).. Mais pour un gars de St A par exemple, ça le fait vachement d'avoir une copine de St Mika. Genre...

Les filles du Lycée Français et de l'Alliance Française: Deux catégories, moins de cinq toujours. Ou définitivement dix. Tout le coté gosse de riche, démalgachisée etc joue, mais fort, en faveur de la fille LFT. Mais elle a moins de cinq toujours, si bon bin, elle n'est pas forcément riche et pas forcément vazaha... C'est crétin, oui je sais...

Les filles des Lycées privés non confessionnels: Huit à dix. Même conne et nulle à chier. 

Les filles des Lycées publics: Entre quatre et huit, cote des gars. La fille Julf ou Galliéni a un petit genre "garçon manqué, fille réussie" qui plaît beaucoup. Elle joue aux cartes, elle fait la cuisine, elle rie fort et adore les sambos be menaka et en plus, elle est jolie et ne se maquille pas...

Mais, beware the mouche!!!  Ne jamais oublier que dans chaque école, la fille est toujours plus sévèrement cotée que le gars. Les filles sans uniformes sont toujours cotées, négativement ou positivement, mais cotée toujours, bien que celles, uniformisées sont mieux appréciées ( parce qu'on sait qu'elles n'attendent que ça, enlever leur uniforme !!!).

Et autour de cette hierarchie à se tordre de rire, il y avait aussi des traditions chez les filles, comme:  
 
medium_agrippine-03.2.jpg
-Filles St A sortent généralement avec gars St A pour commencer. Après, elles font le tour des autres bahuts, quand émancipées and so one. D'une manière, disons classique, elles vont piocher à l'Esca ou St Michel ( au cours d'un mercredi de natation? ) ou dans les Lycées privés non confessionnels (pendant une boum de 14h...). Et puis après, bin...
 
- Les filles qui veulent se faire coter doivent commencer par se faire prendre à la sortie de 16h30 par un gars d'un autre établissement. Ce petit stratagème fait office de bal de débutantes. 
 
- Les filles Esca sont mal vues en général. Parce que l'uniforme n'y étant pas de rigueur, elles sont définitivement plus sexy... Et les gars qui ont du mal à les avoir ne les aiment pas, les gars qui les ont eu font semblant de ne pas les aimer pour faire croire qu'ils ont vu mieux, et les filles bin, elles se jalousent entre elles, qu'est ce que tu veux...

 - Les filles cotées doivent avoir un copain d'une origine inconnue ou alors très connue (Un DJ, un Brad Pitt ou que ne sais-je). Et pas moche, en passant. Et surtout, elles doivent avoir des sorties en boîte à raconter et, très important, des phrases incompréhensibles du genre: "Ricky et Harvey sont allés chercher Brad et donc, avec Shirley, on est tous allés chez Steph pour mater le dernier Mariah Carey (artiste tristement en vogue, à l'époque)

 

medium_Mafalda.jpg

Et surtout, ce qui me fait rire, c'est que personne ne veut admettre que ces règles ont existé. On vous dira toujours, "nooooooooon, aizakoussalessyyy"... Mais maintenant, on me dit toujours :" Elà moa St A? Ah booonnnnnn...", et on enchaîne par "Tadidin'élà ve ianona? " C'est jamais Peta ou Bozy, c'est Ricky-Harvey-Brad-Shirley-Steph... Après quand malgré moi, je lâche un "putain de merde", on me rappelle "Lisany tao @ St A l'ty...". Ce qui fait que je ne dis plus trop "putain" mais "mazette"... Quoi que, quand une copine, Naly m'a dit, "Ah, mais il était chez Esca, ton copain!!!", je savais aussi ce qu'elle était incapable de me dire en face !!!! 

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