18 février 2007

Une journée dans le camp des sinistrés d’Ankasina

La pluie et le beau temps n’ont jamais été aussi importants pour les 12.000 sinistrés d’Antananarivo. Chaque jour apporte l’espoir d’une journée sèche, mais le climat reste versatile. Quand au dénuement s’ajoute l’inquiétude, ce sont des familles épuisées qui essaient tant bien que mal de réorganiser leur existence.  

                                                                                                                                                                                                               Joséphine Razafindrazay scrute le ciel. Les nuages, gris de plomb, ne présagent rien de bon. Depuis un mois que les siens ont quitté leur maison d’Ankasina, complètement inondée, elle a pris l’habitude d’observer le temps. « La moindre averse peut-être fatale, la maison s’écroulerait, nous serions perdus pour de vrai », confie-t-elle, inquiète.

Chez soi, dans un coin

Joséphine Razafindrazay et ses quatre enfants font partie des 676 sinistrés, vivant sous les tentes d’Andohatapenaka depuis un mois. Dans cet abri de moins de 20 m2, qu’ils partagent avec une centaine de personnes, Joséphine et les siens ont leur petit coin. « On a un lit de paille, des couvertures, des  ustensiles de cuisine et des vêtements dans un sac. Chaque matin, je fais mon inventaire», explique-t-elle.

Matelas et lits de paille jonchent le sol, séparés par une allée au milieu de la tente où les enfants s’amusent au « tso-bato. » Au fond sont entassés des vêtements, des seaux, des chaussures. Une petite horloge égrène les heures, une radio donne le rythme à la journée des occupants. Sur des cordes tirées ici et là, des draps sèchent à la vapeur d’une dizaine de « fata-pera », réchauds à charbon, où le riz  cuit sous l’œil vigilant des mères de famille.

Tours de garde

En fin de soirée les hommes quittent le camp. « On monte la garde dans nos maisons de  peur qu’on nous vole le peu qui nous reste », explique Justin. Les uns partent avant le dîner et seront relayés par d’autres, un peu plus tard dans la nuit. Mais l’inquiétude de ces hommes est surtout de voir le niveau de l’eau augmenter encore. « Depuis cette semaine, l’eau est passée à hauteur de cuisse alors qu’elle frôlait à peine les genoux, il y a quelques jours », d’après Justin.

Dans les tentes, on s’apprête à dormir. Les corps s’étendent, ici et là. Il est impossible d’avancer sans heurter un pied ou une main. Des bébés hurlent, des mères consolent. Quelque part, on écoute la radio et on entend des conversations qui continuent jusqu’à tard le soir. Le camp s’endort, sous une pluie battante.

 

Quand l’hygiène n’est plus une priorité

  medium_P9_N_3.2.JPG« Je vous assure que cette eau est propre, c’est ici que tout le monde fait la lessive ! ». Patricia est debout dans le grand canal, près du camp. Sa cuvette de linge sur le bas côté, elle rince des tennis qu’elle venait de laver dans cette eau verdâtre. Des détritus, des épluchures et des ordures flottent à la surface. « Tous les matins, je fais la lessive de  mes cinq cadets qui sont trop jeunes pour la  faire tous seuls », explique cette adolescente de 14 ans.

C’est ce caniveau qui sert d’eau de lessive aux sinistrés depuis maintenant un mois, sous l’œil indifférent des passants. Mais les convaincre de n’utiliser que l’eau des bornes-fontaines est une cause perdue : « Ce n’est pas vous qui devez faire un détour tous les matins. Et puis, l’eau du robinet sert au repas, pour le reste, on fait avec ce qu’il y a ! », explique Razaimanana, excédée par «  des sermons qui n’amusent que les riche et qui nous auraient bien intéressés si on n’était pas dans cette situation. »

A côté, des enfants chantent à tue-tête près de deux WC publics de fortune entourés d’un marécage douteux. Des cabinets en bois sur pilotis, sous lesquels des demi-barriques qui servent de fosse et qui ne peuvent plus contenir les excréments. « Ne vous inquiétez pas, quelqu’un nettoiera sûrement tout ça dans la nuit », rassure Mariette. « Un médecin du centre d’Andohatapaneka vient nous voir tous les jours, soigne les malades et distribue les médicaments. Si jamais ce que vous voyez là est mauvais pour nous, il nous le dirait forcément. » 

 

 

Mialy Randriamampianina. 

Photo : Tiana Rakotomavo. 

 

19:50 Ecrit par Mialy | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

Commentaires

Chère Maily,
Ton témoignage est accablant et boulversant. Que dire sinon de transmettre à tous ces sinistrés notre compassion et du respect pour leur dignité et leur volonté de continuer leur quotidien malgré cette souffrance. Nous viendrons surement à Ankasina en famille, aider Soeur Thérèse et soulager le quotidien des enfants abandonnés, nous partagerons leurs difficultés pour le dire combien nous nous sentons concernés par leur solitude. Respect aux habitants d'ANKASINA - Natalie Michael John et Madison.

Ecrit par : Natalie SMEIR | 11 mai 2007

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Wow quel article!
La réalité est bien reportée dans cet article très touchant et finalement qui a atteint son but : nous décrire les choses telles qu'elles sont et ne sont pas du tout maquillées sous des faux tons scientifico-alarmistes.
La dernière ligne est un shoot direct là ou ça fait mal car finalement l'impuissance de ces gens face à la nature n'a d'égal que le statut de sous-citoyen dans lequel on les relègue. Ils n'ont bien sûr aucun contrôle sur demain ni hier mais leur aujourd'hui demeure un combat de longue haleine...
On est tous là à pronostiquer sur un Mada meilleur pour tous un peu plus juste pour les uns, plus riche pour les autres. Merci de nous remettre les pendules à l'heure et faire défiler les images de la vérité .

(man je n'ai trop pas l'habitude de faire dans la dissert à croire ces derniers temps que je suis inspiré...pffff c'Est le w-e...c'est tout!)

Ecrit par : jogany | 09 septembre 2007

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Mialy,

Voilà, nous sommes revenus de Tana, et nous avons "vécu Ankasina" au Centre de Betania auprès de Soeur Brigitte durant 15 jours... Partager des moments intenses auprès des enfants, visité ces familles dans les rizières et nous revenons transformé de cette action humanataire en famille.
Nous avons laissé une partie de nous dans ce merveilleux pays, à la fois touchant et attachant, mais aussi boulversant et profondemment déchirant...

Tous ces enfants nous offerts un acceuil tellement chaleureux et pleins de joie de vivre en décallage avec leurs situations si précaires et difficiles... Nos coeurs ont eu "des bleus à l'âme" mais nous sommes aujourd'hui profondemment nostalgique de ces quelques jours passés à Tana, malgrés les moments difficles que nous avons traversés, souvent entre rires & larmes...

Nous y avons laissé un peu de nous même, et le premier sentiment qui prime c'est "cette impossibilité" de partager ces moments forts de partage et de vécus... Il est difficile de mettre des mots sur ce que nous avons vu, traversé et ressenti ...
En espérant un jour te rencontrer à Tana, toute notre amitié,
Natalie, John (14ans), Michael et Carla

Ecrit par : Natalie SMEIR | 20 novembre 2007

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Bravo Nathalie pour ton action. Cela fait du bien de voir des personnes qui se dévouent de nos jours et en famille en plus !! C'est très dur mais certainement très enrichissant et tellement pour nos jeunes en manque de repères et qui sont loin d'imaginer comment tourne notre monde aujourd'hui !!

Bon courage pour la suite ...

Evelyne

Ecrit par : evelyne | 29 novembre 2007

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