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16 novembre 2006

Ambonisono, visage de Madagascar

 

Je viens de passer une semaine dans un bled perdu dans le fin fond fu Sud-Ouest malgache, un village resté au temps de Tsiranana, plus de 40 ans après l'Indépendance... 

 A l’heure où les Malgaches se préparent à élire un président, où le contrôle des listes électorales bat son plein, Ambonisono, petit village  Mahafaly du Sud-Ouest, révèle les réalités d’une population enclavée dans une région aride. En 2006, à quelques semaines des élections présidentielles, ces villageois vivent comme auraient vécu leurs aînés, il y a un siècle. La marche vers le développement n’est pas passée par ces contrées lointaines. 

 
"Veloma ao amin’Ingahy Tsiranana ao!” (" Passez notre bonjour à Monsieur Tsiranana"). 46 ans après le retour de l’indépendance, alors que le pays s’apprête à élire de nouveau un président en cet ère de troisième République, c’est une phrase qui paraît incongrue. Mais elle est encore d’actualité pour certains habitants d’Ambonisono, petit village d’une cinquantaine de toits dans le Sud-Ouest. Un hameau traditionnel en terre Mahafaly, enclavé et  inconnu du reste du pays. Ambonisono vit son quotidien en marge de la civilisation et de l’histoire, complètement décalé des réalités d’un troisième millénaire en quête de nouvelles technologies.
 
Un village oublié

Ambonisono se trouve à 425 km de Toliara dans la commune rurale d’Itampolo, en empruntant une route nationale 10 dans un état catastrophique, et en bifurquant à l’entrée du plateau Mahafaly. Les habitants de ce village, comme dans bien d’autres dans cette région littorale, ne sont enregistrés nulle part.. C’est une localité qui n’existe pas, pour ainsi dire. Naissances, mariages, décès se succèdent dans l’ordre des choses. Ici, tout ce qui rappelle le XXIème siècle passe pour insolite : une voiture, un klaxon, un appareil photo, des bouteilles d’eau minérale, une radio. Des gamins sont littéralement cloués face à leur reflet dans le rétroviseur : c’est la première fois qu’ils se voient dans un miroir…
 
La majorité des habitants sont analphabètes et les enfants ne vont pas à l’école. « Nilay i Ramose ! », disent les enfants. L’instituteur est parti. Ceci résume bien la situation. «  Découragé par le genre de vie dans notre village, les instituteurs ne restent jamais. Les écoles disponibles sont trop loin, les enfants sont trop petits  pour faire une longue route », explique Velomiova. L’eau potable a aussi été depuis longtemps le gros souci du village qui devait s’approvisionner à Nisoa, un village voisin, un trajet qui demande une demi-journée de marche à pied. Dans ces terres arides, la pluie est capricieuse. Fort heureusement, les habitants ont localisé une nouvelle source d’eau, qu’ils ont inaugurée la semaine dernière.
 
Sans écoles et sans médecins

Comme les instituteurs, les médecins font aussi défaut. La situation est telle que le premier réflexe des villageois, quand un étranger est de passage au village, est de demander des médicaments. Les femmes accouchent dans le village même, dans des conditions d’hygiène lamentables. A l’exemple de Baomaro qui a 15 ans, ou plutôt  qui croit qu’elle a 15 ans. Son bébé, Kokoandraza, est né il y a trois mois ici dans l’une de ces petites cases. « C’est ma grand-mère qui m’a fait accoucher. Ça n’a pas été très dur ». Son enfant, tout comme elle, n’a pas de copie de naissance. Toutes sortes de rumeurs circulent d’ailleurs autour de ce document administratif : « On n’a pas le droit d’avoir une copie tant que les enfants ne sont pas vaccinés. Et comme les enfants ne sont pas vaccinés, ils n’ont pas ce papier. »  Les grossesses précoces sont courantes, favorisées par la tradition et le mode de vie. Il n’est pas rare de croiser dans les champs des jeunes adolescentes allaitant leur nourrisson.

Bien évidemment, le village n’est pas électrifié. Les informations sont une denrée rare. Si les présidentielles ne compteront pas avec ces habitants, c’est aussi parce que ces derniers n’en entendent pas parler. Tout ce qui relève des autorités nationales ou locales est pratiquement inconnu. « Depuis qu’on est ici, et on a toujours été ici, on n’a jamais vu un député dans le coin. On ne serait pas étonné qu’ils ignorent qu’on existe », s’exclame Repony, qui préside le conseil communal d’Itampolo.

Le pays avance et tourne les pages de son histoire en marge de ce village. Un village parmi tant d’autres, car Ambolisono n’est sans doute pas l’unique localité vivant dans de telles conditions. Là où le bât blesse, c’est que la situation est devenue une constante, une existence quasiment normale, à force de n’en avoir jamais connu mieux.

Mialy Randriamampianina.